Quand on se présente au bureau de circonscription du député Marc Carrière, à Gatineau, on n'est pas accueilli par un adjoint quelconque. Onfait plutôt la rencontre d'Arthur, un gros chien noir âgé de 14 ans.

De Boubou Macoute à député

Habituellement, quand on entre dans le bureau d'un député, nous sommes accueillis par un adjoint, une adjointe, un attaché de presse ou un membre du personnel. Mais pas dans le bureau du député libéral de Chapleau, Marc Carrière.
Parce qu'au bureau de circonscription du député Carrière, à Gatineau, nous sommes plutôt accueillis par Arthur. Un gros chien noir âgé de 14 ans, abandonné à un jeune âge, retrouvé et adopté par M. Carrière. Un vieux chien sage qui suit docilement son maître et qui égaie les lieux par sa simple présence.
« Il était bien élevé quand je l'ai trouvé, dit le député. Il était perdu, selon toute évidence. J'ai cherché son propriétaire par tous les moyens possibles, mais sans succès. Je l'ai donc adopté. Le vétérinaire m'a dit à l'époque qu'il était âgé d'environ 10 mois. Il a 14 ans aujourd'hui, mon vieux Arthur. »
Arthur a donc vu son maître gravir tous les échelons de la politique municipale et régionale avant d'être élu député provincial.
De conseiller municipal de Val-des-Monts, de 1992 à 1996, Marc Carrière a ensuite été élu maire de cette municipalité rurale. Un poste qu'il a détenu pendant 12 ans, de 1996 à 2008. Il a de plus occupé le poste de préfet de la MRC des Collines-de-l'Outaouais et celui de président de la Conférence régionale des élus de l'Outaouais (CRÉO) jusqu'à son élection à l'Assemblée nationale, il y a six ans.
Donc plus de 21 ans en politique. Et dire que Marc Carrière voulait devenir joueur de baseball professionnel...
« Je ne me dirigeais pas vers la politique, mais pas du tout, dit-il. Je rêvais plus de devenir joueur de baseball que de devenir politicien. Mais à l'âge de 25 ou 26 ans, des citoyens de Val-des-Monts, où j'ai grandi, m'ont approché pour que je me présente comme conseiller municipal. Je les ai envoyés paître, je leur ai dit que j'étais beaucoup trop jeune pour ça et qu'il n'en était pas question. Mais à la toute dernière journée des mises en candidature, j'ai changé d'idée et j'ai posé la mienne. Et j'ai été élu. Il y a plus de 21 ans de ça. Le temps passe vite, ça n'a pas de bon sens.
- Et aujourd'hui, vous avez quel âge ?, que je lui demande.
- J'ai 49 ans. J'aurai 50 ans en septembre... »
Puis il a ajouté un mot à la fin de sa réponse qu'on ne peut publier dans un quotidien, mais dont son ancien collègue libéral, Norm MacMillan, aurait été tellement fier...
Bobo l'athlète
On ne devinerait pas que Marc Carrière approche la cinquantaine, lui qui est droit comme un chêne avec un gabarit de joueur de football.
« Je suis en pleine forme, dit-il. Je m'entraîne sept jours par semaine. Je fais de deux à deux heures et demie de musculation et de cardio dans mon gym à la maison ou dans celui de l'Assemblée nationale, quand je suis à Québec. »
Lève-tôt, son entraînement quotidien de plus de deux heures prend fin vers 7 h le matin. Il doit ensuite nourrir ses trois chevaux sur la terre qu'il exploite dans le secteur Poltimore de Val-des-Monts. Suivront ensuite quelques heures de coupe de bois, ou encore une courte partie de chasse au chevreuil ou au dindon sauvage. Tout ça lorsqu'il est chez lui, évidemment.
Et bien qu'il ait abandonné il y a des lunes son rêve de devenir joueur des Expos, il joue toujours à la balle-molle et est membre de l'équipe du Québec, qui dispute des tournois au Canada et aux États-Unis.
« Ça fait 20 ans que je fais partie de cette équipe, dit-il. On a gagné le championnat canadien à cinq ou six reprises. Le dernier qu'on a remporté se déroulait à Edmonton. On va aussi jouer des tournois à Boston, à Hartford, en Floride et un partout aux États-Unis. Notre camp d'entraînement se tient habituellement à Orlando, en Floride, mais il est en République dominicaine cette année. Mais je n'y serai pas. Je n'ai pas vraiment le temps. Et je vieillis, ajoute-t-il d'un ton résigné.
- Êtes-vous le plus vieux joueur de l'équipe ?
- Ouais... L'été dernier, un jeune coéquipier m'a demandé : "Bobo ! Quel âge as-tu ?" Je lui ai répondu : "Je vais avoir 49, pourquoi demandes-tu ?" Et lui de répliquer : "C'est pas pire, mon père a 45." Ça ne me rajeunit pas des commentaires comme celui-là ! (Rires.)
- Heu... Excusez-moi M. Carrière, mais... Bobo ! ?
- C'est mon surnom. Ça vient de mon enfance, de la balle, du sport.
- Pourquoi Bobo ?
- Laisse faire, répond-il en souriant. On va passer à la prochaine question si tu veux bien. »
On ne le saura jamais, quoi. Parce que j'ai beau insister, il n'a jamais voulu m'expliquer l'origine de son sobriquet Bobo...
De Bobo à Boubou
Détenteur d'un baccalauréat en sciences de l'administration de l'Université d'Ottawa, Marc Carrière a débuté sa carrière professionnelle au fédéral, avant de se joindre, au début des années 1990, au gouvernement du Québec à titre de vérificateur au ministère de l'Emploi.
« J'étais ce que les médias appelaient péjorativement un Boubou Macoute», lance-t-il.
Boubou Macoute, c'était le surnom donné aux inspecteurs spécialement mandatés par le gouvernement du premier ministre Robert Bourassa pour dépister les fraudeurs de l'aide sociale. L'expression tire son origine des Tontons Macoutes, la police secrète haïtienne des Duvalier père et fils, et du surnom de Robert Bourassa, Boubou.
«Dans ce poste, j'ai vu les deux extrêmes. J'ai vu de vrais fraudeurs de l'aide sociale et j'ai vu des gens qui en avaient réellement besoin. J'allais souvent faire des visites à domicile et j'ai vu des choses qui ne se racontent pas. J'ai fait ça pendant quelques années et j'ai démissionné durant ma deuxième année à la mairie de Val-des-Monts, en devenant politicien à temps plein. »
Marc Carrière a été élu député de Chapleau pour un troisième mandat le 7 avril dernier. Et si les contribuables de Gatineau le veulent bien, il représentera ces derniers à Québec pour encore plusieurs années.
Ce n'est donc pas pour demain la retraite. Ni pour lui, ni pour Arthur.