Le chef Thierry Deletrez et sa conjointe Annie Maisonneuve.

Dans la cuisine de Thierry Deletrez

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Jeune cuisinier dans sa ville natale de Lille, dans le nord de la France - ou au pays des Ch’tis, comme il dit - Thierry Deletrez rêvait de l’aventure, de l’évasion, de voir le monde.

«J’ai décroché mon premier emploi comme cuisinier à Paris, raconte-t-il. Un jour, alors que j’étais en congé et que je n’avais pas d’argent pour partir en vacances, je sillonnais Paris à la marche lorsque je suis passé devant les bureaux du Club Med. C’était un lundi. Je suis entré et on m’a dit de revenir le jeudi avec mon c.v. pour assister à une séance d’information pour les gens qui veulent être cuisiniers au sein de cette entreprise. Je suis retourné le jeudi et, le lundi suivant, j’étais dans l’avion pour la Roumanie. J’avais 19 ans.»

Et l’aventurier en lui allait être servi à souhait alors qu’il a cuisiné dans des Club Med de la Roumanie, l’Espagne, l’Égypte, le Sénégal, l’Italie et ailleurs dans le monde.

«Quand t’es cuisinier, dit-il, tu peux littéralement fermer les yeux, poser ton doigt sur une carte et décider d’y aller. Et peu importe ta destination, tu vas te trouver un emploi. Partout.»

Et en 1995, il a posé son doigt sur la province de Québec. Et par pur hasard, c’est à Gatineau qu’il a déposé ses valises.

«J’étais dans l’avion en route pour Montréal, se souvient-il. J’avais auparavant passé un été à Québec en vacances et j’avais beaucoup aimé ça, ça m’avait marqué. Mais là, je revenais au Québec pour travailler. Et dans l’avion, on distribuait des journaux du Québec. Et dans les petites annonces de l’un de ces journaux, il y avait un restaurant du nom de L’Eau vive qui cherchait un cuisinier. J’ai posté mon c.v. à mon arrivée à Montréal et, trois semaines plus tard, j’étais embauché à L’Eau vive. C’était la première fois que je posais les pieds en Outaouais.»

Le chef Thierry Deletrez a travaillé à L’Eau vive pendant trois ans, pour ensuite décrocher un poste au Casino du Lac-Leamy, là où il a rencontré Annie Maisonneuve, celle qui allait devenir son épouse et la mère de leurs deux garçons âgés de 13 et de cinq ans.

Et qui prend femme prend pays...

«Thierry n’a jamais perdu le goût de l’aventure et des voyages, de dire Annie. Il a fallu que je l’attache à un poteau pour qu’il cesse de bouger», ajoute-t-elle dans un éclat de rire.

Le pari
En fait, Thierry Deletrez et son épouse allaient se lancer dans une tout autre aventure. Une aventure beaucoup plus risquée que d’aller cuisiner dans un luxueux Club Med à l’autre bout du monde. En 2008, les deux tourtereaux ont fondé l’École culinaire pour tous. Un pari fort risqué dans lequel ils ont investi toutes leurs économies.

«Je ne reprendrais pas un risque comme celui-là aujourd’hui, de laisser tomber le chef Deletrez. Les banques ne voulaient pas nous prêter d’argent. C’était comme aller jouer au casino. Ça passait ou ça cassait. Nous n’avions aucune certitude, aucune étude de marché, rien. Mais on pensait qu’il y avait un marché pour ça à Gatineau puisqu’il n’y avait pas d’école de cuisine dans la région. Mais c’était risqué, nous n’avions pas de lousse, comme on dit.»

Thierry et Annie ont bien joué leur jeu. Le chef Deletrez s’est fait connaître à travers ses chroniques dans Le Droit, à la radio de Rouge FM et de Radio-Canada, ainsi qu’à l’émission télé (Bouffe Resto et cie) qu’il a animée avec Chantale Richer à MAtv pendant deux ans, et la popularité de ses cours de cuisine n’a jamais cessé de croître.

Et cette année, l’École culinaire pour tous fête ses dix ans d’existence.

Souper en ligne
«C’est Annie qui gère tout, de dire Thierry Deletrez. La comptabilité et tout ça, c’est elle. Oui, j’ai hérité du sens des affaires de ma mère, mais je ne suis que le cuisinier dans tout ça. Annie est le cerveau et la ministre des finances. J’ai cependant compris une chose en affaires: si tu ne progresses pas, tu régresses.»

Et leur entreprise a progressé au fil des ans en offrant des camps de jour culinaire pour les enfants. Puis en 2012, ils ont ajouté à leur offre de service des plats cuisinés et un service traiteur, tout en renommant leur entreprise Chef Thierry.ca.

Et en cette ère d’Amazon et de magasinage en ligne, Chef Thierry.ca offrira dès cet automne un «menu» en ligne et des repas livrés à votre porte.

«Le prêt-à-manger est de plus en plus populaire au Canada, mais il n’y a pas grand-chose en qualité, souligne le chef. Nous, notre problème, c’est l’accessibilité. Les gens doivent se déplacer pour venir ici (boulevard St-René Est, secteur Gatineau) ou dans nos points de vente pour se procurer nos plats cuisinés. Et la région est immense, souvent les gens ne prendront pas la peine de se déplacer. Mais si tu peux faire quelques clics sur ton ordi ou ton téléphone intelligent et que t’as ton souper à ta porte, ça commence à être beaucoup plus facile. Donc à compter de septembre, les gens pourront commander en ligne et leur repas leur sera shippé chez eux dès le lendemain. On travaille sur ce projet depuis un an et demi.»