Damien Robitaille

Damien et les voix de la francophonie

L'Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM) a qualifié le style musical de Damien Robitaille comme «une musique groovy aux accents funk, rocksteady, pop et soul, avec un petit côté rétro-kitsch 70's chic et chaud».
À vous de déchiffrer ce que ça veut dire...
Chose certaine, la musique de ce Franco-Ontarien de 32 ans, originaire du village de Lafontaine sur les rives de la Baie Georgienne, plaît aux francophones de partout au Canada. Beaucoup.
Ses innombrables prix Trille Or décernés par l'APCM le prouvent, tout comme sa douzaine de nominations au Gala de l'ADISQ pour ses albums L'Homme qui me ressemble, Homme autonome et Omniprésent, ce dernier album étant aussi en nomination aux prix Juno 2014 dans la catégorie «Album francophone de l'année».
Damien Robitaille a été choisi cette année comme porte-parole des Rendez-vous de la francophonie qui se déroulent jusqu'au 23 mars.
LeDroit l'a rencontré.
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LeDROIT : Vous êtes issu d'une famille exogame, votre père est francophone et votre mère est anglophone. Quelle langue parlait-on à la maison, à Lafontaine?
DAMIEN ROBITAILLE : D'abord, je dois dire que ma mère est francophile et qu'elle a appris le français à l'âge de 18 ans. Mais pour répondre à la question, on parlait un peu les deux langues à la maison. C'était vraiment mélangé. (Rires.) J'ai deux frères avec qui je parle juste en anglais. J'ai deux soeurs avec qui je parle juste en français. Disons que chez nous, l'anglais et le français ne font qu'une seule langue!
LD : Et à l'école ? Avez-vous fréquenté des écoles de langue française?
DR : J'ai fait toutes mes études en français. Sauf mes deux années d'études universitaires en piano classique à Waterloo, à l'université Wilfrid-Laurier, où c'était en anglais. Et c'est pendant mes deux années là-bas que j'ai réalisé que j'étais Canadien français. Je prenais conscience du fait que j'étais Franco-Ontarien. Pour la première fois de ma vie, il n'y avait pas de français qui m'entourait. Et je me suis vite aperçu que ça me manquait énormément.
LD : Est-ce que vous et vos parents étiez militants franco-ontariens à Lafontaine?
DR : Non, pas du tout. Dans ma famille, c'était plus l'amour de la langue française. Ma mère représente parfaitement cet amour pour notre langue. Elle a appris le français et elle donne maintenant des cours privés de français. Elle a toujours eu cet amour pour la communauté francophone de chez nous. Donc j'ai un peu les deux côtés. Celui de mon père qui est francophone de souche. Et celui de ma mère qui adore la langue française.
LD : Vous habitez Montréal depuis environ 10 ans. Est-ce que les artistes francophones hors Québec doivent poursuivre leur carrière à Montréal pour pouvoir percer et faire leur marque dans le showbusiness québécois et francophone?
DR : Un artiste a toujours le choix. Et tu peux gagner ta vie en restant chez toi, en Ontario. Tout dépend de tes buts. Et tout et possible. Mais dans mon cas, j'ai trouvé ça plus facile d'exporter ma musique à partir de Montréal. C'est là que ça se passe dans le milieu de la musique. Montréal est comme l'aéroport international de la musique et c'est de là que tous les départs se font. Quand j'avais 18 ans, j'avais une blonde originaire de Montréal. Ses parents nous emmenaient au Festival de jazz et je trouvais ça bien cool. Et juste le fait que je puisse aller au restaurant et commander en français m'a séduit. On n'avait pas cette option à Lafontaine. À Montréal, le français est vivant partout. Tandis que chez nous, à Lafontaine, le français est vivant à la maison et dans les institutions, mais pas dans la rue.
LD : Vous avez accepté cette année de succéder à l'humoriste Boucar Diouf à titre de porte-parole des Rendez-vous de la francophonie. Pourquoi?
DR : Depuis que je suis au Québec, je me suis donné le mandat de sensibiliser les gens au fait que des Canadiens français vivent d'un bout à l'autre du pays. Qu'on s'ouvre les yeux, qu'on brise les frontières et qu'on se dise que nous sommes tous, à la base, des Canadiens français. On devrait être comme une grande famille. C'est une grande richesse que nous avons et nous devrions avoir plus de ponts entre les communautés francophones du Canada. Quand j'étais à Lafontaine, je ne connaissais pas le Québec, ni les francophones de l'ouest canadien. Mais avec mes tournées et mes spectacles, j'ai eu la chance de les rencontrer et de les connaître. Et j'ai réalisé qu'on vient tous de la même place. C'est la raison pour laquelle j'ai accepté d'être porte-parole des Rendez-vous de la francophonie. Ce rôle me va comme un gant.
LD : Donc vous vous dites toujours fier Franco-Ontarien?
DR : Bien sûr ! Et partout où je vais, on me présente comme l'Ontarien. (Rires.) Notre sympathique Ontarien et tout ça. Et c'est important pour moi qu'on souligne mes origines franco-ontariennes lorsqu'on me présente. Il faut que les gens sachent qu'on existe. Quand je suis arrivé au Québec en 2003, j'étais surpris de constater que plusieurs, plusieurs Québécois ne savaient même pas que des francophones existaient à l'extérieur de leur province. Ils n'avaient jamais visité Toronto ou Ottawa. Pour eux, traverser la frontière était inconcevable. C'était quasiment comme aller en territoire ennemi. (Rires.)»
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Damien Robitaille quitte pour une série de spectacles et une tournée de la France qui débutera mardi, à Paris. Son prochain spectacle en Outaouais sera présenté le mardi 6 mai prochain, à la Maison de la culture de la Vallée de la Gatineau, à Maniwaki.
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Les Rendez-vous de la francophonie se déroulent jusqu'au 23 mars. Pour le calendrier des activités et des renseignements sur cet événement annuel : www.rvf.ca