Quand on lui demande s’il est Québécois ou Franco-Ontarien, Claude Brûlé répond qu’il a toujours ses racines à Trois-Rivières, mais qu’il est fier d’être ici à Ottawa depuis plus de 20 ans.

Claude Brûlé, un Franco chez les Anglos

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Québécois natif de Trois-Rivières et Franco-Ontarien d’adoption, Claude Brûlé a été nommé, le mois dernier, président-directeur général du Collège Algonquin, à Ottawa. Il devient ainsi le premier francophone à la tête de cette institution d’enseignement anglophone depuis (feu) Laurent Isabelle, qui a dirigé ce collège de 1973 à 1982.

M. Brûlé n’est pas un nouveau venu au Collège Algonquin, lui qui compte 20 ans d’ancienneté au sein de l’administration de l’endroit, d’abord comme chef du département de l’informatique, ensuite comme doyen de la faculté des technologies et des métiers, puis comme vice-président académique de 2012 jusqu’à sa nomination récente à la présidence et la direction générale.

Titulaire d’un baccalauréat en génie physique du Collège militaire de Kingston et d’une maîtrise en mathématiques, c’est au sein des Forces armées canadiennes que Claude Brûlé a fait carrière avant de se joindre au collège de l’avenue Woodroffe d’Ottawa en 1999.

Mais durant son adolescence à Trois-Rivières, il rêvait plutôt d’une carrière en architecture.

« J’aimais bien le côté artistique de l’architecture, dit-il. J’avais une certaine facilité dans le domaine des arts plastiques. J’aurais bien pu me diriger dans ce domaine, mais c’était surtout un passe-temps. Ça m’a cependant permis de pouvoir faire bâtir ma maison à Ottawa avec les plans que j’ai moi-même dessinés. J’ai remis mes croquis à un architecte et j’ai aujourd’hui une maison construite selon mes plans », ajoute-t-il en souriant.

Alors pourquoi s’être tourné vers une carrière dans les Forces armées canadiennes ?

« J’étais membre des cadets durant mon enfance et mon adolescence, répond-il. Un jour, un recruteur (des Forces armées) est venu à notre école. J’ai vu cette opportunité (au Collège militaire de Kingston) comme une façon pour subventionner mes études. Mes parents n’étaient pas les plus riches et je ne voulais pas être un fardeau pour eux. Alors j’ai décidé de m’enrôler. Ça allait voir à mes besoins éducationnels. »

« J’ai donc été au Collège militaire de Kingston et ça m’a permis d’obtenir un baccalauréat, et d’ensuite de faire une carrière de 22 ans dans les Forces armées canadiennes qui m’a emmené à plusieurs endroits au Canada où l’on fait de la formation. Nous avons des écoles militaires qui forment les étudiants pour divers métiers. J’ai été étudiant dans ces écoles, j’y suis retourné comme instructeur, puis comme professeur, notamment au Collège militaire de Kingston. De là le lien avec le Collège Algonquin. »

Ce fut difficile de passer de Trois-Rivières à Kingston, c’est-à-dire d’un milieu francophone à une ville et un milieu majoritairement anglophone ?

« Pas vraiment puisque le Collège militaire de Kingston est devenu bilingue en 1976, et je suis arrivé en 1978. La plupart des cours étaient offerts en français. Pas tous, mais la plupart. Et durant ma carrière dans les Forces armées, j’ai enseigné en français. »

Et aujourd’hui, vous dites-vous Québécois ou Franco-Ontarien ?

« Disons que ce n’est pas quelque chose qui me passe par l’idée (rires). On a toujours nos racines à la maison, évidemment. Mais je suis très fier d’être ici à Ottawa depuis plus de 20 ans et de pouvoir contribuer à ma communauté. »

Existe-t-il une certaine rivalité ou une certaine compétition entre le Collège Algonquin et le Collège La Cité ?

« Non, je ne crois pas. En fait, on s’entraide beaucoup entre collèges puisqu’on vient un peu de la même souche. Avant la construction et l’inauguration de La Cité, en 1989, les cours collégiaux en français étaient offerts ici, au Collège Algonquin. Nous avons une belle collaboration avec La Cité. Nous avons d’ailleurs des programmes qui utilisent leurs équipements. Du côté de notre programme des services d’incendies, par exemple, on utilise les installations de La Cité. Il y a eu un temps aussi où nous n’avions pas notre propre laboratoire biotechnique. Donc nous avons fait notre première année chez eux. On s’entraide comme ça et c’est bon pour les deux collèges de travailler ensemble. »

Le Collège Algonquin compte sur ses trois campus (Ottawa, Pembroke et Perth) plus de 22 000 étudiants à temps plein, près de 35 000 étudiants à temps partiel et quelque 4 000 employés.

« Un village en soi », de dire le nouveau président-directeur général.

Claude Brûlé succède à Cheryl Jensen à la tête du Collège Algonquin et il entrera officiellement en fonction ce lundi pour un mandat de cinq ans.