Gilles Desjardins est indissociable du développement résidentiel en Outaouais et en Ontario. Récemment, l’APCHQ lui a décerné le Prix Grand Bâtisseur de l’Outaouais.

Bâtisseurs de père en fils

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / « La décision fut aussi rapide qu’unanime ».

Lorsque l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) de la région de l’Outaouais et Nord-Ouest a décidé cette année de décerner, pour une première fois, le Prix Grand Bâtisseur de l’Outaouais, le choix du lauréat allait de soi. En fait, un seul nom a été proposé : Gilles Desjardins.

Ce prix était décerné selon deux critères : la contribution de l’entrepreneur à l’industrie de la construction et son engagement envers sa communauté.

Pour sa contribution à l’industrie de la construction, la réputation de Gilles Desjardins n’est plus à faire. Et en ce qui a trait à son engagement envers sa communauté… disons qu’il est l’un des plus grands mécènes au pays.

De la Fondation Santé Gatineau (don de 1,5 million $), au théâtre de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins à Ottawa (1 million $), en passant par les fondations de l’Hôpital Montfort, du collège La Cité et de l’UQO, la Maison Mathieu-Froment-Savoie, la Société canadienne du cancer et des dizaines d’autres organismes, Gilles Desjardins a fait preuve d’une générosité sans borne au fil des ans.

Son nom était gravé sur ce prix avant même qu’on le crée.

Mais pour le président fondateur du Groupe Brigil, une entreprise qui fête cette année ses 35 années en affaires, cet honneur qu’il a reçu vendredi dernier est une marque de reconnaissance envers toute son équipe et sa famille.

« Ce n’est pas juste moi qui mérite ce prix, dit-il. C’est aussi mon personnel, mes deux fils Jessy et Kevin, mes proches, mes amis et, bien entendu, mon épouse Céline. Nous sommes ensemble depuis 1984, Céline et moi, et nous avons démarré notre entreprise en 1985. Il y a énormément de gens qui ont participé à ce succès-là.

«Vendredi soir dernier, des gens m’ont dit : «on te souhaite 35 autres années». Mais pourquoi juste 35 ans ? J’ai des projets pour les 400 prochaines années ! Ils ne se débarrasseront pas si vite de moi», ajoute-t-il dans un éclat de rire.

Il venait de répondre à ma question «commencez-vous à songer à la retraite ?» avant même que je lui la pose…

«Je ne pense pas à la retraite, reprend l’entrepreneur de 54 ans. Être entrepreneur, ça dure toute une vie. Mais je vais prendre un peu plus de temps de qualité et penser à ma santé parce que je veux le faire longtemps. En 1992, à l’âge de 26 ans, je me suis dit que j’allais faire ça toute ma vie. Mais j’ai aussi commencé à travailler sur la relève en 1992.

«Grands bâtisseurs» en herbe

Et cette relève chez Brigil semble assurée. Le fils aîné de Gilles Desjardins, Jessy, est titulaire d’un baccalauréat en finances de l’Université d’Ottawa. Le cadet, Kevin, a pour sa part obtenu un baccalauréat en architecture de l’Université Carleton.

Lorsque j’ai demandé à M. Desjardins ce qu’il planifiait construire au Village Place Cartier du boulevard Saint-Joseph qu’il a acquis l’an dernier, il s’est tourné vers son fils Jessy qui prenait part à l’entrevue pour lui demander : «Toi Jessy, comment tu vois le Village Place Cartier ?».

«Ce sera une communauté qui attirera beaucoup de commerces de proximité, a-t-il répondu. Notre vision est de s’éloigner des chaînes typiques américaines et de vraiment mettre l’emphase sur les entrepreneurs et les artisans de la région. On veut être capable de travailler avec eux pour leur offrir des loyers commerciaux plus abordables que la moyenne afin qu’ils puissent demeurer en affaires et développer des concepts intéressants. S’ajouteront le commercial, le résidentiel et, éventuellement, plus de bureaux.

«Notre but est de créer un milieu de vie où l’on peut travailler, se loger et se divertir, a-t-il poursuivi. Au Québec, la plus grande source de pollution est l’automobile. Alors, si on est capable de non seulement améliorer la construction de nos bâtiments pro-environnement, mais de vraiment avoir un impact sur le style de vie des gens qui y habitent, ça améliorera l’environnement. Donc avec Village Cartier et toutes les autres communautés qu’on mettra de l’avant dans le futur, on va vraiment voir que l’automobile va perdre sa place et que les piétons et les cyclistes reprendront leur place.

— Donc tu te vois à la tête du Groupe Brigil dans 10, 15 ou 20 ans ?

— Kevin et moi sommes deux frères très proches l’un de l’autre. Et on partage la même vision, soit celle de faire une différence pour l’environnement et pour la communauté. Kevin étudie en architecture et il a une vision incroyable de l’espace public, en plus d’avoir un intérêt particulier dans la psychologie des gens. Donc ensemble, on veut apprendre le plus possible de l’entreprise. Et si le temps fait bien les choses, on se voit les deux travailler ensemble.»

Comme quoi le nom Desjardins fera partie du paysage de l’Outaouais pour encore très longtemps. Ce qui réjouit Gilles Desjardins.

«Que mes fils soient intéressés à me succéder est le summum pour moi, laisse-t-il tomber. Je suis gâté à l’extrême. Ils ont une belle vision et de bonnes valeurs. L’argent n’est pas une priorité pour eux. Ils veulent travailler pour faire une différence pour l’environnement et pour la communauté de Gatineau et d’Ottawa. On a fait de belles choses au cours des 35 dernières années et ce n’est pas fini. On a le goût de faire de plus grandes choses, de plus belles choses. On a la capacité de faire une différence. Et d’avoir mes fils dans l’entreprise me motive. On est heureux.

— En terminant, M. Desjardins, comment voudriez-vous que les gens se souviennent de vous ?

— De quelqu’un qui est parti à zéro, qui avait des rêves, et qui n’a jamais cessé de rêver et de travailler pour les atteindre.»