Une greffe du foie a sauvé la vie de Samuel Blais Gauthier, lui qui a été terrassé par une cirrhose dû à l’abus de boissons énergisantes alcoolisées.

À un cheveu de la mort

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Le Gatinois Samuel Blais-Gauthier, 32 ans, est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a d’abord œuvré dans les hebdos de l’Est ontarien, puis comme correspondant régional au Droit. Il est ensuite passé à TFO avant d’accepter un poste comme correspondant en Outaouais et pupitreur pour le Journal de Montréal.

Et au cours des deux dernières années, alors qu’il cumulait ces deux fonctions au quotidien montréalais, il carburait aux boissons énergisantes alcoolisées. Ces boissons sucrées avec une haute teneur en alcool vendues jusqu’à tout récemment dans les dépanneurs du Québec et dont les fabricants ciblent ouvertement une clientèle jeune avec des noms de marque tels que FCKD UP et Four Loko.

« Je ne buvais pratiquement que ça depuis deux ans, avoue Samuel Blais-Gauthier. J’en buvais de deux à quatre par jour. »

Et il s’est presque tué. Il a frôlé la mort et on a dû lui greffer un foie pour lui sauver la vie.

« Deux ans de consommation de ces boissons m’ont scrapé un foie qui était en pleine santé, lance-t-il. Je me suis laissé embarquer par ces boissons. Ce n’est pas cher, c’est accessible, c’est quelque chose qui se boit vite et qui donne rapidement un gros buzz. Mais c’est incroyable les ravages que causent ces putains de boissons-là. C’est un poison. Je n’ai jamais fumé de ma vie. Je n’ai jamais pris de drogue non plus. J’étais en forme, je faisais du sport, je n’avais jamais eu de problème au foie, et personne dans ma famille non plus. Mais il n’a suffi que deux ans de consommation de ces boissons-là pour me donner une cirrhose du foie. Et j’en suis presque mort. »

Samuel Blais-Gauthier s’est rendu à l’Hôpital de Hull le 28 juillet dernier. « Je souffrais de douleurs intenses à l’abdomen depuis un certain temps et j’avais des vomissements le matin depuis quelques semaines. Mais j’attribuais ça au stress, au travail et à la fatigue. Mais ce matin-là, je n’en pouvais plus. J’ai réveillé ma copine, Mélanie, et je lui ai demandé de m’emmener à l’urgence. Et à la salle de tri de l’hôpital, à peine quelques secondes après mon arrivée, l’infirmière m’a demandé : ‘Est-ce que vous buvez ?’. Elle a bien vu que ça n’allait pas du tout. J’étais jaune. J’avais l’air de Bart Simpson. Quand je lui ai répondu que oui, je buvais, elle a tout de suite su par la couleur de ma peau que j’avais une cirrhose du foie. Puis après des tests et des prises de sang, j’ai rencontré le médecin et il m’a dit : ‘M. Blais, vous êtes en train de mourir’. J’ai immédiatement été hospitalisé et les médecins ne me donnaient que 25 % de chances de passer l’hiver. Seule une greffe de foie pouvait me sauver. »

Mais avant de pouvoir inscrire son nom sur la liste d’attente pour un don d’organe, Samuel Blais-Gauthier a dû passer une batterie de tests physiques et psychologiques. « C’est un processus très rigoureux d’une durée d’au moins six mois, dit-il. Donc pendant six mois, j’ai été in and out de l’hôpital et j’ai dû me rendre au CHUM (Centre hospitalier de l’Université de Montréal) à plusieurs reprises. J’ai aussi fait plusieurs hémorragies internes, mais heureusement, les transfusions de sang et de plasma m’ont gardé en vie. En janvier, comble du malheur, je me suis fracturé une hanche. Disons que l’hiver a été très, très long. Mais Dieu merci, j’ai su vers la fin de l’hiver que j’étais admis sur la liste d’attente. »

Samuel Blais-Gauthier avoue aujourd’hui qu’il croyait qu’il était trop tard. Il ne pensait pas pouvoir survivre assez longtemps pour être sauvé. L’hiver l’avait presque anéanti. Ses jours étaient littéralement comptés et il en était bien conscient.

« Les dernières semaines, je me voyais dépérir à la vitesse grand V, dit-il. Ce n’était même plus de jour en jour, c’était devenu d’heure en heure. Je n’étais même plus capable de me lever du lit tellement j’étais faible. Mon foie ne fonctionnait plus et je ne croyais plus vraiment qu’un donneur allait être trouvé. Je ne croyais plus à l’appel du CHUM. Et je m’étais fait à l’idée que j’allais bientôt mourir. »

Puis l’appel est venu. Le 25 avril dernier, en soirée. « M. Blais, dit la voix au bout du fil, nous croyons avoir trouvé un foie pour vous. Êtes-vous en mesure de vous rendre au CHUM tout de suite ? »

« J’étais euphorique, se souvient Samuel. J’ai crié de joie. Et en moins de cinq minutes, Mélanie, mes parents et moi étions dans la voiture en route pour Montréal. Et le lendemain matin, je me suis réveillé avec le foie d’un autre. Et je suis demeuré au CHUM pendant cinq semaines. »

Samuel Blais-Gauthier se porte mieux. En fait, il se porte merveilleusement bien. Si bien qu’il a repris l’entraînement et qu’il parcourt maintenant cinq kilomètres par jour en patins à roues alignées.

« C’est hallucinant en ce moment comment j’ai l’appel de la vie, lance-t-il. Je profite de chaque moment. Chaque moment est un cadeau de la vie. Je suis un homme transformé et je suis sobre depuis presque un an. La vie m’a donné une deuxième chance et je veux tellement honorer le geste de mon donneur. Je suis tellement reconnaissant. Je ne veux pas que ce don soit gaspillé. Et j’ai la ferme intention d’en parler. D’ailleurs, je viens tout juste de compléter les formulaires nécessaires chez Transplant Québec pour être conférencier afin de parler de l’importance du don d’organes.

«Mais mon combat est sur deux fronts, ajoute-t-il. Je veux parler de l’importance du don d’organes, mais aussi des dangers des boissons énergisantes alcoolisées. Les médecins ont déterminé que ma cirrhose du foie a été directement causée par ces boissons. Je me suis détruit le foie en deux ans avec ces boissons-là. C’est du poison. »