Le comédien Pierre Gendron.

« Fumer est un mode de mort »

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Le Conseil québécois sur le tabac et la santé se cherchait un porte-parole pour sa campagne annuelle La semaine pour un Québec sans tabac, qui se déroulera du 20 au 26 janvier.

On a trouvé en la personne du comédien Pierre Gendron. Un ex-fumeur — ou ex-« gros fumeur », dira-t-il — qui a réussi à « écraser » pour de bon il y a quelques années à la suite du décès soudain d’un ami, victime d’un arrêt cardiaque à l’âge de 44 ans.

Pierre Gendron, fait partie du paysage culturel québécois depuis plus de 20 ans. À la télévision, il a récemment joué dans la populaire série District 31, mais on l’avait auparavant vu dans de nombreuses émissions telles que La vie, la vie, Le parc des Braves, Lance et compte, Le grand remous, Rumeurs, Virginie et plusieurs autres, récoltant deux nominations (meilleur acteur et meilleur acteur de soutien) au Gala des prix Gémeaux.

Au cinéma, il a tout récemment joué dans À tous ceux qui ne me lisent pas, et il a fait partie de la distribution de nombreux longs métrages au cours des deux dernières décennies. Côté théâtre, il a joué dans une vingtaine de pièces au cours de sa carrière, notamment dans l’adaptation québécoise de la conférence théâtrale Les hommes viennent de mars, les femmes de Vénus.

Mais ces jours-ci, c’est Pierre Gendron le citoyen engagé qu’on peut voir et entendre sur les tribunes publiques, lui qui s’est donné le mandat de nous faire réfléchir sur les méfaits du tabac et les terribles maladies attribuables au tabagisme.

Pourquoi a-t-il accepté ce rôle de porte-parole de la Semaine pour un Québec sans tabac ?

« Arrêter de fumer est l’une des choses que j’ai réalisées et dont je suis le plus fier, répond-il. Ne pas fumer, pour moi, est un mode de vie. Tandis que de fumer est un mode de mort. Les statistiques sont troublantes. On dit que 100 fumeurs par jour développent une maladie respiratoire. Par jour ! Et la moitié peuvent en mourir d’ici 10 ans.

«Mon père, que j’ai accompagné dans les dernières années de sa vie, a vécu ses deux dernières années à vivre avec une bonbonne d’oxygène. Je ne souhaite ça à personne. C’est vraiment l’enfer, c’est une fin de vie atroce.

«Je fumais un paquet par jour, j’étais un gros fumeur, poursuit-il. Il fallait que j’arrête. Mais il m’a fallu un autre événement dramatique pour que j’écrase enfin. Un de mes bons amis — un gars de 44 ans, un fumeur — allait reconduire par la main sa fille à un cours de danse et il tenait sa plus jeune fille de deux ans dans ses bras. Puis il s’est soudainement effondré. Et il est mort, juste là. Moi qui venais d’avoir un enfant, je me suis dit : «ce n’est pas vrai». Et le lendemain de ce tragique décès, j’ai arrêté de fumer et je n’ai jamais fumé depuis. Mais il m’a fallu cet événement dramatique et la mort de mon père pour que je laisse enfin la cigarette.

«Mais ce qu’il faut retenir, ajoute le père de quatre enfants, c’est que les bienfaits reviennent rapidement lorsqu’on cesse de fumer. Le corps se régénère rapidement, le sang circule mieux, la nourriture a meilleur goût. C’est comme le printemps qui revient et tu te sens renaître un peu. La première semaine sans tabac est difficile. Tu ne fais que penser à ça, il faut se concentrer. La deuxième semaine, on se sent un peu mieux. Et la troisième semaine, le bateau est parti. Je me sentais tellement bien rendu à la troisième semaine. Je me sentais aussi en forme que P.K. Subban, laisse-t-il tomber dans un éclat de rire.

— Oui, j’ai lu quelque part que vous êtes un grand sportif.

— Vrai, j’ai toujours fait beaucoup de sports. Mais je m’entraînais et je sortais du gym avec une cigarette au bec. C’était tellement ridicule, mon affaire. Et je le regrette aujourd’hui. J’étais comme Guy Lafleur qui fumait entre les périodes.» (Rires).

Le fédéraliste

Pierre Gendron, 55 ans, a reçu d’élogieuses critiques en 2008 pour son interprétation de l’ancien premier ministre canadien, Pierre Trudeau, dans la minisérie télévisée René : Le destin d’un chef qui portait sur la carrière politique de l’ex-premier ministre du Québec, René Lévesque. Un rôle qui lui allait bien puisque Pierre Gendron n’a jamais caché ses couleurs politiques, voire fédéralistes. Quitte à déplaire à certains.

«Je ne regrette pas d’avoir affiché mes couleurs par le passé, dit-il. Pas du tout. J’ai étudié au Canada, au Banff School of Fine Arts, en Alberta, ainsi qu’en théâtre à l’Université d’Ottawa. J’ai adoré côtoyer les gens de ces endroits. Je ne regrette rien.

«Il y a tellement de clivage maintenant entre les groupes (politiques) que beaucoup d’artistes craignent de se faire boycotter ou de se faire carrément haïr s’ils affichent telle ou telle position. Et je sens aussi que quelque part, les gens sont «tannés» de se faire donner l’heure par les artistes. Je crois qu’on peut exprimer son point de vue sans nécessairement avoir un petit côté hautain. Il y a moyen, selon moi, de participer à l’échange public de façon peut-être un peu plus humble.

— Nous sommes en année électorale au Canada. Prédisez-vous une réélection du premier ministre Justin Trudeau ?

— Oui. Je suis très satisfait du gouvernement de M. Trudeau. Mais dernièrement, je suis un peu plus accroché à Donald Trump et ses niaiseries. Je crains beaucoup pour la démocratie. Toutes les faussetés qu’il véhicule sur internet et sur Twitter, c’est fort inquiétant. Mais enfin, quand on se compare, on se console, laisse-t-il tomber en souriant.

— Reverra-t-on bientôt Pierre Gendron au petit écran ou au cinéma ?

— C’est tranquille ces temps-ci, je développe des projets à la maison, mais je n’ai rien à annoncer pour l’instant. Notre milieu, tout comme le journalisme, est en mouvance. Ce n’est pas aussi facile que déjà. Il faut se garder occupé, développer ses propres projets et demeurer actif. Aujourd’hui, avec l’internet, l’argent ne revient pas nécessairement aux créateurs. Il va à Monsieur Zuckerberg (Facebook) et à Monsieur Google. Mais à un moment donné, il faudra que l’argent soit redistribué aux créateurs. C’est une période à traverser, je suppose. Vous vivez la même chose en journalisme.»