Les grandes entrevues

Le long chemin de Michel Kasongo

CHRONIQUE / Le directeur général de la Soupe populaire de Hull, Michel Kasongo, ne voit pas son rôle comme un travail, mais bien comme une vocation et une façon de redonner à la société qui l’a si chaleureusement accueilli, il y a neuf ans.

Originaire de la République démocratique du Congo, il a fui son pays natal en 2005 pour se réfugier au Kenya. « J’ai été obligé de quitter mon pays à cause des problèmes politiques là-bas, dit-il. J’ai dû quitter et j’ai pleuré. »

Trois ans plus tard, en novembre 2008, Michel Kasongo a immigré au Canada. À Gatineau, plus précisément. Mais pourquoi Gatineau ?

« Pendant ma conversation avec l’agent d’immigration à l’ambassade du Canada au Kenya, répond-il, je lui ai dit que d’aller vivre dans un endroit où on parle français faciliterait mon intégration. A-t-il tenu compte de ça pour me diriger vers Gatineau ? Possiblement. Alors je suis venu ici. Rien ne m’attendait, j’étais seul et je ne connaissais personne. Mais je suis vite tombé en amour avec Gatineau et ses gens. »

Il a d’abord été accueilli par Accueil-Parrainage Outaouais, où les intervenants l’ont aidé à se trouver son premier appartement. Puis, les intervenants de Carrefour Jeunesse Emploi ont pris la relève pour l’aider à préparer un curriculum vitae et l’accompagner dans sa recherche d’emploi.

« Et en mars 2009, se souvient Michel Kasongo, j’ai décroché mon premier emploi comme animateur communautaire chez Adojeune. Et j’ai été chanceux, puisque la même semaine, on m’a embauché ici, à la Soupe populaire de Hull, toujours comme animateur communautaire. J’avais donc deux emplois. Puis six mois plus tard, en septembre 2009, j’ai obtenu un troisième emploi à la Maison Fraternité, à Ottawa. Et j’y suis toujours à titre d’intervenant social. Mais je suis en congé sabbatique de mon poste là-bas depuis que je suis devenu directeur général de la Soupe, en septembre dernier », ajoute-t-il, lui qui est titulaire d’un baccalauréat en sciences sociales obtenu dans son pays natal.

Ses trois emplois lui ont permis de parrainer l’immigration de son épouse, Thérèse, qui était restée au Congo et qui est venue le rejoindre à Gatineau en 2013. Ils sont aujourd’hui parents de quatre filles.

Le premier hiver

Mais revenons en novembre 2008, à son arrivée au Canada, alors que l’hiver était à nos portes. L’humoriste Boucar Diouf a-t-il un peu raison lorsqu’il dit à la blague que les immigrants venus des pays chauds subissent « un choc thermique » à leur premier hiver au Canada ?

« Ah oui !, répond Michel Kasongo en souriant. Mon premier hiver ici a été très difficile. J’avais eu des informations sur les hivers canadiens, mais c’était de la théorie. Il fallait maintenant le pratiquer. Et ce n’était pas facile. Surtout l’habillement. Comment doit-on s’habiller durant l’hiver ? Je l’ignorais. Mais les Gatinois ont été si gentils avec moi.

«Lorsque, par exemple, j’ai acheté ma toute première paire de bottes d’hiver, je suis arrivé à la caisse et j’avais choisi des bottes de construction. Je croyais que c’était des bottes d’hiver. Alors la caissière m’a demandé : ‘travaillez-vous en construction ?’. Et quand je lui ai répondu ‘non’, elle a vite compris et elle m’a dirigé vers le rayon des vraies bottes d’hiver.

«Et à ma première visite chez Maxi, j’ai croisé un homme qui m’a demandé si je venais d’arriver au Canada. Et quand je lui ai répondu ‘oui’, il a répliqué en me disant : ‘choisis tout ce qu’il te faut dans l’épicerie, je vais payer’. Je n’en croyais pas mes oreilles. Je ne connaissais pas cet homme. Ces gens et plusieurs autres, par leur gentillesse et leur générosité, m’ont tout de suite fait sentir comme si j’étais chez moi ici, comme si je faisais partie de la communauté. Et aujourd’hui, Gatineau est ma ville. Je me sens réellement à la maison. Et c’est à mon tour de redonner à la société.»

***

La Soupe populaire de Hull vit des moments difficiles et serait en mode survie depuis plusieurs mois. Le nombre d’usagers augmente d’année en année, mais le financement stagne. Michel Kasongo croit cependant pouvoir redresser le navire avec l’aide des partenaires, des élus et de la communauté.

«Quand je suis arrivé en 2009, dit-il, on servait de 60 à 70 assiettes par jour au dîner. Aujourd’hui, nous servons en moyenne 220 dîners par jour. Et il faut ajouter à ça la centaine de soupers que nous servons quotidiennement. Et le financement que nous obtenons ne répond pas à cette augmentation d’utilisateurs. La Soupe est devenue un centre de ressources où les gens avec des besoins variés viennent pour obtenir de l’aide. Mais on fait tellement bien notre travail que nous sommes un peu devenus victimes de notre succès. Parce que nous n’avons pas assez de moyens pour répondre à tous ces besoins-là. 

«Nous avons cependant préparé un plan de redressement et on travaille avec nos partenaires pour identifier des pistes de solutions durables. Et actuellement, nous ne sommes plus en mode panique comme nous l’étions il y a quelques mois. Nous sommes en mode solution. Et la réponse de nos partenaires, des élus et de la communauté est très bonne. Et nous sommes confiants que nous serons en mesure de trouver des solutions durables, car la Soupe populaire de Hull a encore son importance dans la communauté. Même plus que jamais», conclut Michel Kasongo.

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La politique dans le sang

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Elle a été technicienne en santé animale pendant plusieurs années dans des cliniques vétérinaires de la région. Elle est retournée aux études en techniques policières. Elle a découvert une passion pour le droit dans le cadre de ses études pour devenir policière et elle est aujourd’hui titulaire d’un baccalauréat en droit de l’Université d’Ottawa et diplômée de l’École du Barreau. Avocate, elle a occupé le poste d’attachée politique du député fédéral du Pontiac, William Amos. Et dimanche dernier, Audrey Bureau, 30 ans, a été élue conseillère municipale du district d’Aylmer, à Gatineau.

Mais malgré son expérience et son impressionnant parcours, les Gatinois la connaissent d’abord et avant tout comme la fille de l’ancien maire de Gatineau, Marc Bureau, et de l’ancienne conseillère municipale de Hull, Christiane Gourde-Bureau.

« Je m’attendais à ce que les gens m’identifient comme la fille de l’ancien maire, dit-elle. Et c’est normal, c’est bien correct. Et au cours des prochaines années, je devrai faire mon nom afin que les gens apprennent à me connaître. Ceci étant dit, ce n’est pas parce que je veux faire mon nom que je ne suis pas fière de ce que mes parents ont accompli et des valeurs qu’ils m’ont transmises. Bien au contraire. »

Audrey Bureau, à l’instar de ses parents, est mordue de politique municipale. Et comme Obélix le Gaulois, elle est « tombée dedans quand elle était petite ».

« Quand j’ai accepté le poste d’attachée politique au fédéral, dit-elle, c’était clair que j’allais poser ma candidature aux élections municipales (de novembre 2017). Dès mon embauche en avril 2016, j’ai averti mes patrons que je quitterais à la prochaine campagne électorale. Et pour moi, ce n’est pas tant la politique qui me passionne, mais bien l’engagement social. Ce n’est pas de faire de la politique, c’est d’aider la communauté. Je suis assez directe, je dis ce que je pense et ce n’est pas une game pour moi. Pour moi, la politique, c’est aider les gens.

“Tout ça vient clairement de la façon dont j’ai été élevée, poursuit-elle. J’avais cinq ou six ans quand ma mère a été élue. Et je me souviens d’avoir travaillé durant sa campagne, d’avoir distribué des dépliants et tout ça. Et je l’accompagnais souvent aux réunions du conseil municipal. Et ensuite, ce que j’aimais quand mon père était maire, c’est que sa secrétaire imprimait son agenda pour la semaine et elle nous en remettait une copie. De cette façon, mes deux sœurs, mon frère et moi pouvions identifier les activités qui nous intéressaient cette semaine-là et on accompagnait notre père à ces activités. J’adorais ça. Et c’était la façon qu’on pouvait passer du temps avec lui parce que mon père travaillait tout le temps. Il était à son bureau à la Maison du citoyen dès 5 h le matin, tous les matins, et il rentrait tard le soir.”

Marc Bureau était certes un bourreau de travail. Mais il a essuyé son lot de critiques durant ses huit années à la mairie de Gatineau. Et Audrey Bureau avoue que c’était parfois très difficile pour la famille d’entendre et de lire certains commentaires émis à l’endroit de son père.

“C’était extrêmement difficile, laisse-t-elle tomber. Tellement que nous nous sommes désabonnés du Droit à un moment donné. Ma mère ne voulait pas qu’on commence nos journées en lisant des choses comme ‘votre père est un cave’ et ‘votre père ne sait pas de quoi il parle’. C’était trop dur pour la famille. Je ne pense pas que ce l’était pour mon père, mais il ne voulait pas nous faire vivre ça. Et c’était la même chose quand il arrivait à la maison le soir, nous n’écoutions pas les nouvelles. Et de toute façon, mon père détestait se voir à la télé et s’entendre à la radio”, ajoute-t-elle en souriant.

Audrey Bureau sera assermentée mardi à titre de conseillère municipale du district d’Aylmer pour succéder à Josée Lacasse, une conseillère qui a été plutôt discrète et effacée durant son seul et unique terme. 

Audrey Bureau sera conseillère indépendante, faut-il souligner, car elle se dit contre la présence de partis politiques au niveau municipal.

“Ce n’est pas nécessaire au municipal, dit-elle. Et dans mon district d’Aylmer, ça ne passe pas, un parti politique. Ça ne passe absolument pas. Je le sais, ça fait un an que je fais du porte à porte, les gens me l’ont dit et j’ai obtenu 77 % des voix.

‘Les gens d’Aylmer attendaient un candidat qui allait démontrer qu’il allait être présent. Et je pense que j’ai répondu à cette crainte que les gens avaient, cette crainte d’élire quelqu’un qui allait les sous-représenter à nouveau. Et je pense que le travail de terrain que j’ai fait pendant un an a rassuré les gens.

— Comptez-vous siéger à la table du conseil municipal pendant plus d’un mandat ?

‘Si les électeurs de mon quartier le veulent, oui.’

— Puis ensuite, la mairie ?

‘Je me remets à peine de mon élection. Une chose à la fois !’, conclut-elle d’un éclat de rire.

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L’avocat du peuple

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Lawrence Greenspon, 63 ans, est l’un des avocats les plus connus et réputés à Ottawa et au pays, lui qui a été au cœur d’innombrables procès hautement médiatisés au cours de sa carrière de 37 ans.

C’est vers lui que s’est tournée la famille d’Abdirahman Abdi pour obtenir justice. 

M. Abdi est cet homme de 37 ans souffrant de problèmes de santé mentale qui a perdu la vie à la suite d’un affrontement avec deux agents du Service de police d’Ottawa (SPO) en juillet 2016. 

Lawrence Greenspon a défendu en justice le sénateur Mike Duffy. Et il a récemment défendu Roxanne Carr, une résidente d’Ottawa brutalisée par des agents du SPO en 2008. Il a gagné cette cause et Mme Carr recevra une indemnité d’approximativement 500 000 $. 

Ce ne sont que quelques causes qui ont récemment défrayé les manchettes et dans lesquelles était impliqué cet avocat originaire de Laval.

« Lawrence Greenspon est celui qui se lèvera pour défendre monsieur et madame Tout-le-Monde contre les institutions, les gouvernements, les compagnies d’assurance et les multinationales », peut-on lire dans sa biographie mise en ligne par sa firme d’avocats Greenspon, Brown & Associates.

« C’est mon père qui m’a transmis ces valeurs, dit-il. En fait, j’ai eu deux pères. Mon père biologique, qui était homme d’affaires. Puis mon beau-père, celui avec lequel ma mère s’est remariée et avec lequel j’ai grandi. Il était un survivant d’Auschwitz, de l’Holocauste. Il a été emmené au camp de concentration à l’âge de 14 ans, et il a été libéré par les Américains à l’âge de 18 ans. Il pesait 60 livres lorsqu’il a été libéré. Sa sœur et ses parents ont été tués à Auschwitz.

«C’est lui qui m’a transmis les valeurs fondamentales de la vie. Il me disait : «si tu veux lever le nez sur les gens, grimpe sur une chaise. Mais n’abaisse jamais personne». C’est mon beau-père qui m’a enseigné à me lever pour défendre la veuve et l’orphelin.»

Philanthrope, Lawrence Greespon n’hésite jamais à s’impliquer pour une bonne cause, pour changer le monde. La liste d’organismes et d’œuvres de bienfaisance qu’il a appuyés et représentés au cours des 37 dernières années est exhaustive. Et il y a deux ans, il a accepté de présider la campagne de financement «Pour toi mon cœur» de la Fondation de l’Hôpital Montfort dont l’objectif était d’amasser 2,5 millions $ pour l’achat d’un tomodensitomètre qui permet de déceler rapidement la plupart des maladies et des troubles cardiaques les plus graves.

«J’avoue que ça m’a surpris lorsque Montfort m’a demandé de présider cette campagne, dit-il. C’est peut-être parce que plusieurs dans la communauté pensent que Montfort est un hôpital uniquement francophone alors que 51 % des patients de cet hôpital ne sont pas francophones. Donc j’imagine qu’on cherchait un francophile bilingue connu dans les communautés anglophone et francophone pour présider cette campagne. Et j’ai dit «oui» tout de suite. Je suis souvent venu à Montfort pour visiter des gens, dont mon bon ami (feu) Mauril Bélanger quand il était aux soins intensifs. J’ai passé plusieurs jours à Montfort avec Mauril et j’ai vu le professionnalisme incroyable du personnel de l’hôpital. Donc de participer à une campagne à Montfort qui vise à sauver des vies, j’ai tout de suite embarqué.

«Mais j’ai un ami qui a parfaitement résumé la situation. Je tenais une campagne de financement pour Montfort dans la communauté italienne, il y a quelques semaines, et mon ami m’a dit : «je pense qu’il y a juste à Ottawa où tu peux avoir un juif qui organise un événement dans la communauté italienne pour amasser des fonds pour un hôpital francophone et catholique». Il avait tout compris !, ajoute-t-il en s’esclaffant.

— Vous qui côtoyez les deux communautés (francophone et anglophone) d’Ottawa, Me Greenspon, croyez-vous que la Ville d’Ottawa devrait être officiellement bilingue ?

— Absolument ! J’ai rencontré les gens du mouvement pour une capitale bilingue et je leur ai dit de m’appeler si je peux aider d’une façon ou d’une autre dans cette cause. D’ailleurs, je croise souvent Jim Watson (le maire d’Ottawa), on se connaît bien lui et moi, et je devrai lui en parler. Je ne sais pas pourquoi il s’oppose au bilinguisme officiel pour la capitale du pays. Ça ne coûterait pas plus d’argent, c’est quoi le problème ?

— Et la question qui tue, Me Greenspon, vous qui êtes de la région de Montréal. Les Canadiens ou les Sénateurs ? (Rires)

— Mon beau-père était Européen, originaire de la Pologne. Quand j’avais six ans, je lui ai dit que je ne voulais pas être comme tous mes camarades de classe qui étaient partisans du Canadien. Alors il m’a dit qu’il y avait un très bon joueur européen du nom de Stan Mikita chez les Blackhawks de Chicago. Alors je suis devenu partisan des Blackhawks, et je le suis toujours. Mais je suis aussi un très grand partisan des Sens.» 

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Madame la présidente

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Soukaina Boutiyeb était jeune adolescente lorsqu’elle a quitté le Maroc, son pays natal, pour venir s’établir à Ottawa avec sa mère et sa sœur aînée. Elle s’est vite intégrée à la communauté franco-ontarienne. Si bien qu’aujourd’hui, à l’âge de 28 ans, Soukaina Boutiyeb est présidente de l’ACFO d’Ottawa et directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne.

« Je me considère Franco-Ontarienne, dit-elle. Quand je vois le drapeau vert et blanc, ça m’interpelle. Et quand tu fais partie d’une communauté, tu veux aider ta communauté et faire partie de la solution. Oui, les titres de présidente et de directrice générale interpellent un plus grand rôle. Mais le point en commun, c’est la francophonie. C’est de faire vivre cette francophonie et de s’assurer que nos droits soient respectés et qu’ils ne deviennent pas des enjeux du jour au lendemain. »

Soukaina Boutiyeb affirme que l’intégration à son nouveau pays et à sa nouvelle vie, ici, n’a pas été difficile, il y a 14 ans. Qu’elle s’est faite presque naturellement.

« C’est sûr que les premières années sont toujours difficiles pour les immigrants, dit-elle. Mais j’avais 14 ans, j’étais adolescente et c’était plutôt facile pour moi de m’intégrer. Je fréquentais l’école secondaire publique Omer-Deslauriers qui est très multiculturelle. Les étudiants venaient de partout au monde et nous formions un tout. Mes soucis, à cet âge-là, étaient les mêmes soucis que toutes les autres jeunes adolescentes. Mes études, faire du sport, avoir des amis. Une adolescence normale, quoi.

«Ma mère, par contre, a eu beaucoup de courage de tout laisser derrière elle au Maroc et de juste penser à ses enfants. Elle était enseignante là-bas et elle a dû laisser son emploi, vendre la maison, laisser ses amis et son cercle social. Elle a fait tout ça pour offrir un meilleur avenir à ses enfants. Elle s’est oubliée un peu. Elle a fait d’énormes sacrifices pour ma sœur et moi. Et quand tu vois ça, tu veux rendre tes parents fiers. Tu ne veux pas qu’ils regrettent leur choix.»

Et sa mère ne doit certes pas regretter son choix. Sa fille Soukaina est titulaire d’une maîtrise en études de conflits de l’Université Saint-Paul, ainsi que d’un baccalauréat en développement international et mondialisation avec une mineure en études des femmes de l’Université d’Ottawa. Elle a été directrice générale du Réseau du patrimoine franco-ontarien et a travaillé au Centre espoir Sophie, à Action ontarienne contre la violence faite aux femmes et au CALACS francophone d’Ottawa. Elle est de plus présidente du conseil d’administration de la Maison d’amitié à Ottawa.

L'ACFO d'Ottawa

Soukaina Boutiyeb a été élue par acclamation, le mois dernier, à la présidence de l’ACFO D’Ottawa. Cette association est très impliquée dans la lutte des francophones de la région pour l’obtention du bilinguisme officiel à la Ville d’Ottawa.

«Plusieurs portes se sont ouvertes dans ce dossier au cours de la dernière année, croit-elle. On voit de plus en plus un engouement dans la communauté. La journée du ralliement (en mai dernier) a connu un vif succès. La députée Nathalie Des Rosiers a eu du courage politique pour déposer un projet de loi privé à Queen’s Park dans ce dossier. On entend dire que le gouvernement déposera probablement lui-même un projet de loi. On discute avec eux. Et le maire, Jim Watson, semble plus ouvert à l’idée. Donc on ne peut qu’être positif et enthousiaste. Et honnêtement, il est temps que ça se fasse. La capitale d’un pays bilingue se doit d’être bilingue.» 

Quant à la question des factures d’eau bilingues et le fait que les contribuables doivent signaler à la Ville d’Ottawa la langue de leur choix, Soukaina Boutiyeb compte bien en discuter avec le maire d’Ottawa prochainement.

«Oui, cette nouvelle façon de faire de la Ville respecte la politique de bilinguisme, dit-elle, mais elle va à l’encontre de l’offre active des services en français. On comprend que c’est une question de réduction de coûts. Mais en même temps, pourquoi ne pas juste encourager les gens à opter pour une facture en ligne et quand même garder ce service bilingue ?»

Denis Gratton

Le comédien conférencier

CHRONIQUE / Il a joué le rôle de Hercule Belhumeur dans la série télévisée Virginie pendant une dizaine d’années, un rôle qui lui a valu en 2000 une nomination au Gala des Gémeaux dans la catégorie meilleure interprétation masculine. On l’a aussi vu dans District 31, Urgence, Grande Ourse, Les beaux malaises, Ma vie en cinémascope et plusieurs autres émissions de télé et long-métrages, ainsi que sur les planches dans, notamment, Un violon sur le toit . Mais Martin Larocque, 48 ans, est aussi conférencier. Et ce, depuis plus d’une vingtaine d’années. Il est d’ailleurs de passage à Gatineau samedi pour offrir une conférence dans le cadre d’un colloque tenu par l’Association québécoise des troubles d’apprentissage Outaouais (AQETA). Le Droit s’est entretenu avec lui cette semaine.

LE DROIT : Êtes-vous maintenant conférencier à temps plein ?

MARTIN LAROCQUE : Oui, absolument. Mais je fais les deux. Je peux être conférencier et comédien sans problème. Mais il y a moins de rôles depuis cinq ans. J’ai été beaucoup à la télévision avec Virginie et c’était pratiquement un emploi à temps plein pendant presque 10 ans. Et là, les gens ont l’impression que je ne suis plus là. Mais je suis toujours là. J’ai d’ailleurs joué dans District 31 et Les beaux malaises. 

LD : Vous avez donné des milliers de conférences au Québec et au Canada francophone sur la responsabilisation et l’estime de soi. Avez-vous fait des études en psychologie ou autres matières connexes ?

ML : Pas du tout. Mais j’ai déjà été professeur au secondaire. J’enseignais deux matières qui n’existent plus : la formation personnelle et sociale (FPS) et la morale. J’ai arrêté d’être prof quand le métier de comédien a pris le dessus. Mais j’ai comme repris la matière que j’enseignais et il m’est venu en tête l’idée d’être conférencier. Aller dans les écoles, rencontrer les jeunes et parler de sujets importants pour eux, parler de choses qu’un prof ou un parent ne peut pas dire. Je vais passer par l’estime de soi, la confiance, la persévérance, les rêves et tout ça. Mais la trame de fond, c’est la responsabilité. Et c’est la même chose dans les conférences que je donne aux parents et aux adultes. Ça se résume à ceci : si vous n’aimez pas votre job, laissez-le. Parce que de un, vous ne serez pas bon. Et deux, vous serez désagréable, déçu, amer, frustré. C’est cette responsabilité que j’aime gosser. Je pose la question : êtes-vous là où vous voulez être dans la vie ? Ce n’est pas une conférence où je donne des trucs et des conseils. C’est vraiment une conférence où je réfléchis à voix haute et j’apporte des réflexions, je brasse des idées, j’allume des lumières. Un bon conférencier doit emmener la personne à comprendre qu’elle a des options, des choix. Que tu n’es pas victime de ta vie. Et être conférencier est une énorme responsabilité, surtout face aux jeunes. Alors je m’assure que mes devoirs soient faits et que j’ai quelque chose à dire. 

LES SCANDALES SEXUELS

LD : Votre opinion, M. Larocque, sur les scandales (Éric Salvail, Gilbert Rozon) qui secouent le monde du spectacle québécois ?

ML : Tu fais une connerie, on va te punir. Il faut qu’il y ait une punition et des conséquences à tes actes. C’est ce que j’enseigne à des enfants. On serait stupide de ne pas l’appliquer quand on est adulte. Tu fais une connerie, tu paies pour, c’est tout. Et après, tu vas t’excuser. Et offre de vraies excuses. Ensuite on essaiera de voir pourquoi c’est arrivé et on essaiera de guérir cette affaire-là. Mais on ne te redonnera pas un nanane. Tu vas recommencer à zéro, mon gars. Vis avec la honte et l’humiliation et apprends que t’as fait une connerie. Et ce que je n’aime pas dans tout ça, c’est que nous, les gars qui sont bien et corrects, on devient tous une catégorie de gars menaçants et une possibilité de violeurs potentiels parce qu’il y a deux ou trois gars qui ont fait les cons. Ces gens-là jettent une ombre sur la gent masculine et ça me fait vraiment de la peine.

(Et avant même que le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, propose jeudi de lutter contre l’inconduite sexuelle par l’éducation, Martin Larocque a déclaré ceci) :

ML : Il n’y a plus d’éducation sur la sexualité dans les écoles. Mais c’est pourtant important. Dans ma conférence, il y a cinq ans, j’en parlais de la sexualité. Mais les écoles ont commencé à me demander de plus en parler parce que ça créait un malaise, parce que des parents n’aimaient pas ça, parce qu’il y avait de différentes religions dans la salle, etc.. Je veux bien. Mais calvaire ! Ce sont des ados. Je veux en parler ! Quand fera-t-on de l’éducation sur le consentement ? C’est important. J’ai trois fils et j’ai eu des discussions avec eux sur le consentement et sur le respect. Autant en face de leur partenaire que les autres face à eux-mêmes. Il n’y a personne au monde - moi inclus, ton père — qui a le droit de te toucher si tu ne veux pas. Et si je te touche et que tu ne veux pas, tu me dénonces à la police. Tu n’as pas le droit de laisser quelqu’un toucher ton corps. Jamais. Mais le consentement, la sexualité, le respect du corps, le respect d’autrui... c’est où ça dans le corpus éducatif ? Ça n’existe plus. Et c’est pourtant si important. »

Les grandes entrevues

Briser le mur du silence

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Acteur, animateur, scénariste, producteur et réalisateur, Yan England est tout ça. Gagnant de quatre prix Artis pour émission jeunesse et mis en nomination en 2013 pour l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction pour son film «Henry , on le reverra sur le grand écran en 2018 dans le prochain film de Denys Arcand, Le Triomphe de l’argent , ainsi que dans le film La Bolduc.

Mais Yan England porte un nouveau chapeau, depuis quelques jours. Soit celui de porte-parole de la campagne Contre l’intimidation : agissons du ministère de la Famille. Et on n’aurait pu mieux choisir comme porte-parole que le réalisateur du film 1:54 , un long-métrage bouleversant qui propose aux spectateurs la vision des choses d’une jeune victime d’intimidation. Celui-ci se nomme Tim (joué par Antoine Olivier Pilon), un adolescent de 16 ans qui est victime d’intimidation depuis le début de son secondaire et qui décide d’affronter son bourreau sur une piste d’athlétisme. L’histoire de Tim ne laisse personne indifférent.

« J’ai tout de suite accepté de m’impliquer dans cette campagne du gouvernement du Québec, c’était une suite logique au film (1:54) que j’ai réalisé, explique Yan England. Le film n’est pas un documentaire, c’est de la fiction. Mais il est basé sur plein d’histoires vraies. Tout ce qui se passe dans le film est réellement arrivé. Ce n’est pas l’histoire d’une seule personne, mais bien celle de plusieurs jeunes. Donc d’être porte-parole de cette campagne est une continuité dans cette optique d’ouvrir un dialogue pour combattre la loi du silence qu’est l’intimidation. Parce que l’intimidation crée une loi du silence. Les victimes ne veulent pas en parler parce qu’elles ont peur. Elles se disent : ‘«si j’en parle, j’ai peur que ce soit pire’. Mais il faut oser ouvrir ce dialogue-là. Il faut en parler. C’est notre devoir d’agir parce qu’on a tous une responsabilité. »

En septembre dernier, Yan England a été nommé par la République française au grade de chevalier de l’Ordre des arts et des lettres. En lui remettant ce prestigieux titre, la ministre française de la Culture et des Communications, Audrey Azouley, a déclaré : « Même si votre carrière ne saurait se limiter au seul film «1:54», force est de souligner l’importance de celui-ci, qui aborde un sujet sociétal sensible, l’intimidation à l’école ». 

Et plusieurs intervenants du monde de l’éducation d’ici ont suggéré que ce film de Yan England soit obligatoire dans les écoles secondaires du Québec, et même du pays et d’ailleurs dans le monde. Qu’en pense le principal intéressé ?

« J’adorerais ça, lance-t-il. Si un visionnement obligatoire peut aider, je suis totalement pour ça. Tous les moyens sont bons pour ouvrir le dialogue, pour faire une brèche dans ce mur du silence. Il y a déjà eu des discussions à ce sujet en France. Et je reviens justement du Portugal où la Secrétaire d’État m’a dit que l’on compte utiliser mon film pour sensibiliser les jeunes à ce problème. Et c’est tant mieux si le film peut aider à améliorer la situation et faire prendre conscience à tous qu’on a tous un pas de plus à faire pour briser le silence de l’intimidation et de la cyberintimidation », ajoute le réalisateur québécois.

De Arcand à Spielberg

Yan England, 35 ans, est présentement en tournage pour le prochain film de Denys Arcand. « Je suis chanceux d’être sur son plateau et de voir ce maître à l’œuvre, dit-il. J’observe M. Arcand travailler et, chaque fois, c’est un cours de réalisation. J’adore l’expérience. »

Mais s’il y a une expérience que Yan England n’oubliera jamais de sa vie, c’est la soirée qu’il a passée aux Academy Awards à Los Angeles, en 2013, lors de la remise des Oscars. Il était en nomination pour le meilleur court-métrage de fiction, mais il n’a pas remporté la prestigieuse statuette. Il a toutefois réalisé son plus grand rêve, soit celui de serrer la pince à son idole, le légendaire réalisateur Steven Spielberg.

« Je tenais tellement à lui serrer la main et lui dire merci, raconte-t-il. Ses films ont nourri mon imagination quand j’étais enfant et adolescent. Il y avait une fête après la cérémonie des Oscars et tout le monde était là. Et quand j’ai finalement aperçu M. Spielberg, il était en conversation avec l’acteur Daniel Day-Lewis. Alors je me suis dit : ‘Ti-cul England, tu vas attendre ton tour’. Je n’étais certainement pas pour interrompre M. Spielberg et l’un des plus grands acteurs de notre génération. Donc j’ai attendu que leur entretien se termine. J’ai attendu pendant 21 minutes. Puis une fois leur conversation terminée, j’ai foncé. Et on jasé, M. Spielberg et moi, pendant environ cinq minutes. Et à la fin de notre entretien, il m’a dit : now, go make some movies (maintenant, va faire des films). Je vais me souvenir de ce moment-là toute ma vie. Parce que c’est à ce moment-là que je me suis dit : ‘tu vas foncer. Oui, ce sera difficile, oui ça prendra plusieurs années, mais vas-y’.

«Avant cette rencontre avec M. Spielberg, j’avais l’intention de faire un court-métrage avec 1:54. Je ne pensais pas avoir assez de guts pour faire un long-métrage. Mais le lendemain matin de la soirée des Oscars, dans ma chambre d’hôtel à Los Angeles, je me suis dit que 1:54 allait être mon premier long-métrage. J’ai décidé de foncer. Et c’est grâce à Steven Spielberg qui m’a poussé dans le dos avec ses mots : Now, go make some movies.»

«Tant mieux si le film peut aider à améliorer la situation et faire prendre conscience à tous qu’on a tous un pas de plus à faire pour briser le silence de l’intimidation et de la cyberintimidation.»

— Yan England

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Le biérologue venu de loin

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Le Gatinois Philippe Wouters est l’un des rares biérologues professionnels indépendants au Québec. Comme disait le comédien Olivier Guimond dans les publicités de la Labatt 50 des années 1960 : La bière, « lui, y connaît ça ! ».

Éditeur de Bières et Plaisirs, le plus important média francophone spécialisé dans le monde de la bière, Philippe Wouters est également auteur de trois ouvrages sur la bière (bientôt quatre). qui sont devenus des succès d’édition. Il anime plus d’une soixantaine de conférences par année au Québec et dans la francophonie internationale, et il a créé les Capsules Sensations, un système d’aide à l’achat utilisé par plus de 300 magasins dans la Belle Province. Philippe Wouters signe de plus une chronique hebdomadaire dans Le Droit et dans les cinq autres quotidiens du Groupe Capitales Médias, et il est chroniqueur radio et personne-ressource pour différents médias.

Notre ancien collègue journaliste, Jean-François Dugas, l’avait surnommé le « Obélix de la bière ». Car comme ce Gaulois des bandes dessinées, Philippe Wouters est tombé dedans quand il était petit.

« Je suis né et j’ai grandi en Belgique, là où la bière fait partie de la culture, explique-t-il. Et en Belgique, il existe de la bière de table que l’on donne aux enfants. J’ai toujours eu un verre de bière à Noël. À l’école primaire, quand j’avais sept ans, je me souviens d’avoir visité une brasserie avec la classe. Et le professeur avait le droit de choisir ou non s’il y avait une dégustation pour les enfants, lance-t-il en riant.

«À l’âge de 14 ans, reprend-il, je devais présenter un livre devant ma classe à l’école. Alors j’ai présenté un livre de Michael Jackson. Tout le monde connaît le chanteur. Mais ce Michael Jackson était un biérologue anglais qui faisait deux fois et demie le poids du chanteur, et qui avait sorti un livre qui s’appelait Les grandes bières de la Belgique. Et j’ai eu une révélation. Je ne savais pas quand je voulais le faire (devenir biérologue), je ne savais pas avec qui j’allais le faire, mais je me suis dit : ‘un jour, je vais parler de bière’. Et ce qui m’a toujours allumé, c’est l’humain derrière la bière. C’est le gars qui la produit. C’est l’histoire derrière le nom de la bière, etc.».

De Paris à Papineauville

Philippe Wouters, 39 ans, a quitté sa Belgique natale à l’âge de 22 ans pour immigrer au Québec, en Outaouais, plus précisément. 

«Sur un coup de cœur et un coup de tête, lance-t-il. J’ai rencontré une fille à Paris qui m’a dit qu’elle habitait Papineauville. Il a donc fallu que je trouve Papineauville sur une carte et j’ai décidé de suivre cette fille et d’aller m’installer là-bas dans la Petite-Nation. Je suis arrivé à Papineauville le 25 juillet 2000 avec un baccalauréat en génie mécanique avec une option en informatique industrielle, et de venir m’établir ici a été la meilleure décision de toute ma vie parce que j’ai pu découvrir le Québec. Mais j’avoue que de partir d’une ville de six millions d’habitants (Paris) pour aller vivre dans un village de 600 habitants a nécessité une certaine période d’adaptation. Un jour, par exemple, j’ai demandé où se trouvait le métro et on m’a dirigé vers l’épicerie Métro. (Rires). Mais j’ai été très vite accepté par les gens de Papineauville. Je suis un peu devenu la mascotte du village, laisse-t-il tomber avec une pointe d’autodérision. Et je me suis très vite senti chez moi au Québec. Et lorsque moi et cette fille rencontrée à Paris nous sommes séparés, à peu près un an après mon arrivée, j’ai décidé de rester ici. J’étais rendu professeur d’informatique à La Cité (à Ottawa) et je me suis rapproché en déménageant à Gatineau où j’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme et la mère de nos deux enfants âgés de 12 et 10 ans.»

Philippe Wouters a lancé en 2009 la revue Bières et Plaisirs, qui est publiée en 75 000 exemplaires six fois par année et disponible dans plus de 1 500 points de distribution au Québec et en Europe. Il vit de sa passion depuis.

«Si je devais résumer mon travail en une phrase, dit-il, je dirais : ‘augmenter la culture bière au Québec’. Qu’on cesse de voir la bière comme un produit d’alcoolique qu’on boit à la bouteille, debout». » 

— Et quelle est la meilleure bière sur le marché ?

— Il n’y en a pas, répond-il, il y en a plusieurs. Mais ma bière fétiche vient de la brasserie Dupont, en Belgique. Il s’agit d’une bière que cette brasserie sort dans le temps des Fêtes et qui s’appelle Avec les bons vœux de la Brasserie Dupont. C’est une blonde, ronde, avec une superbe signature et une finale incroyable. C’est une bière magique que la LCBO offre tous les ans dans le temps des Fêtes. Je la connais depuis que je suis enfant. »

Les grandes entrevues

La musique en lui

CHRONIQUE / Enfant, Michel DeMars écoutait du Marie King. De la musique country à son état pur.
« Marie King était une grande amie de mes parents, raconte-t-il. Alors c'était toujours cette musique qui jouait à la maison. Et je connaissais toutes les chansons de Marie King. Et mes tantes me les faisaient chanter aux partys de famille durant les Fêtes », ajoute-t-il en riant.