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L’unique Amanda Simard

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / La députée indépendante de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, a marqué l’histoire de la francophonie ontarienne, le 29 novembre dernier, en claquant la porte du Parti progressiste conservateur de l’Ontario pour protester contre les coupes annoncées aux services en français.

Ce qu’elle ne savait pas ce matin-là en remettant sa démission, c’est que son parti s’apprêtait à l’expulser. Le bureau du premier ministre Doug Ford l’aurait même avertie, la semaine précédente, qu’elle subirait de « sévères conséquences » si elle prenait part à l’émission Tout le monde en parle (TLMEP) à Radio-Canada.

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Caza vs l’Ontario, prise 2

LA GRANDE ENTREVUE / En 1999, après deux ans de lutte, l’Hôpital Montfort et le mouvement S.O.S. Montfort rompaient toute discussion avec le gouvernement ontarien et la Commission de restructuration des soins de santé de l’Ontario et remettaient leur cause entre les mains d’un jeune avocat franco-ontarien de 37 ans du nom de Ronald Caza. Et advienne que pourra. La justice tranchera.

Le 1er février 2002, après deux victoires décisives de Montfort devant la Cour divisionnaire de l’Ontario et la Cour d’appel de l’Ontario, le gouvernement conservateur du premier ministre Mike Harris annonce qu’il n’interjettera pas appel devant la Cour suprême du Canada et abdique devant la communauté franco-ontarienne en agitant le drapeau blanc… et vert.

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Jean-Guy Gorley, le gars de sports

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / La casquette tricolore des Expos de Montréal trône dans son bureau. « Je l’ai depuis 1973, dit Jean-Guy Gorley, l’ambassadeur francophone du Rouge et Noir d’Ottawa de la Ligue canadienne de football (LCF). Lis la lettre qui se trouve à côté de cette casquette. »

La lettre en question est une invitation au camp d’essai de 1973 des Expos de Montréal. « J’étais lanceur dans la ligue de baseball de l’Outaouais, j’avais 19 ans, se souvient-il. Je venais de lancer deux matches sans point ni coup sûr. Les Expos ont entendu parler de moi, ils sont venus me voir jouer à Hull et ils m’ont invité à leur camp d’essai. Mais avec tous les Américains qui se présentaient à ce camp, je n’ai pas été retenu. »

Le Gatinois Jean-Guy Gorley, 64 ans, est un gars de sports. Il œuvre en publicité et en marketing depuis toujours, mais son rêve de jeune adolescent — outre celui de faire carrière dans le baseball majeur — était de devenir commentateur sportif dans les médias. Un rêve qu’il a réalisé en 1979.

« Je venais de passer cinq ans comme représentant de la compagnie O’Keefe, raconte-t-il. J’ai d’abord travaillé à Hull, puis je me suis joint à l’équipe de promotion d’O’Keefe à Montréal. J’ai quitté cette compagnie en 1979 et je suis revenu en Outaouais. Un jour, mon ami Paul Larabie m’a appelé pour me demander de le remplacer comme commentateur sportif à la radio CKCH. Paul était malade et il se cherchait un remplaçant. Je lui ai immédiatement dit oui. J’allais réaliser mon rêve de devenir commentateur sportif à CKCH, chez nous, à Hull. Donc je l’ai remplacé jusqu’à ce que je me rende compte que je trouvais ça bien plate. (Rires). On ne couvrait pas d’événements, les Sénateurs d’Ottawa n’existaient pas à l’époque, il n’y avait que les Olympiques de Hull et les 67’s d’Ottawa et je trouvais ça plate. Je l’ai fait pendant six mois avant de me joindre à l’équipe des ventes de CKCH. Et là, j’étais dans mon élément ! Je suis devenu directeur des ventes à CKCH. Cinq ans plus tard, en 1984, je prenais la direction générale de la station CJRC (aujourd’hui 104,7 FM), un poste que j’ai occupé jusqu’en 1991. Et durant mes années à CJRC, j’ai fondé la station CKTF 104,1 FM (aujourd’hui Énergie 104,1). J’ai quitté en 1991 pour me lancer en affaires, en publicité et marketing, en Outaouais et à Ottawa. »

Jean-Guy Gorley est aujourd’hui directeur général, Gatineau-Ottawa, chez Direct Response Media Group, l’une des plus importantes compagnies de publipostage au Canada.

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Mais il est aussi ambassadeur francophone du Rouge et Noir d’Ottawa depuis le retour de cette franchise dans la LCF, en 2014. Comment décroche-t-on un poste d’ambassadeur d’une équipe sportive ?

« Je connaissais Marcel Desjardins (le directeur général du Rouge et Noir) depuis un certain temps, explique-t-il. Il était auparavant directeur général adjoint des Alouettes de Montréal. Il connaissait le marché francophone et il savait qu’il y avait un bon bassin d’amateurs de football en Outaouais. Alors, il m’a dit que les propriétaires du Rouge et Noir devaient embaucher quelqu’un pour faire la promotion de cette équipe auprès des amateurs francophones de l’Outaouais et de la région d’Ottawa, et il a soumis mon nom. J’ai fait une présentation à la direction de l’équipe et, au bout d’une heure, j’étais embauché comme ambassadeur francophone.

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« Je me souviens que la direction du Rouge et Noir avait cette idée de tenir une journée francophone durant la saison. Une journée où la musique, l’accueil et l’animation dans le stade seraient en français. Je leur ai dit que c’était la pire erreur qu’ils pouvaient commettre. Je leur ai dit : ‘tout ce que vous faites en anglais, vous devez le faire aussi en français. Tout. Tout. Tout. Et à tous les matches.’ Ils ont compris et ils l’ont fait.»

Les Sénateurs d’Ottawa pourraient en tirer une leçon, que je lui lance.

«Ce n’est pas moi qui le dit », réplique-t-il sourire en coin. 

Le Rouge et Noir d’Ottawa a tenu a souligner publiquement l’apport de Jean-Guy Gorley lors du dernier match de la saison régulière à la Place TD, la semaine dernière. Un geste qui l’a touché.

«J’ai été surpris par cet hommage, dit-il. C’est un beau geste et je l’ai très apprécié. La direction du Rouge et Noir m’a donné carte blanche et elle n’hésite jamais à s’engager dans la communauté francophone de la région. C’est une organisation exceptionnelle.

— Qu’avez-vous pensé du geste qu’a posé le joueur du Rouge et Noir, Jon Gott, lors du dernier match à domicile ? (Gott a célébré un touché des siens en calant une bière remise par sa copine dans les estrades et en écrasant la cannette vide sur son casque protecteur. Un geste qui a fait le tour de la planète et qui a été vu plus de 2,6 millions de fois sur les réseaux sociaux).

«J’ai trouvé ça drôle, répond Jean-Guy Gorley. J’ai trouvé ça le fun. Mais quel exemple est-ce que ça donne ? Il faut se poser la question. Mais c’était drôle, c’était spontané. Jon est un bon gars. Il était content, c’est tout.

La LCF n’a pas sanctionné Gott, mais elle a modifié sa politique cette semaine pour éviter une autre célébration du genre.

Et votre prédiction, M. Gorley ? Le Rouge et Noir remportera-t-il une deuxième coupe Grey en trois ans ?

«Oui. Je le crois.»

Reste à voir ce que fera Jon Gott si on lui met entre les mains la vénérable Coupe Grey…

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Le nouveau visage de Cornwall

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Elle est la première femme élue à la mairie de Cornwall et la première mairesse noire de l’histoire de l’Ontario. Mais n’eût été les médias, Bernadette Clement n’aurait peut-être jamais su qu’elle avait marqué l’histoire lors des élections municipales du 22 octobre dernier.

« C’est drôle, dit-elle, mais pendant la campagne électorale — pendant toutes mes campagnes électorales (elle était conseillère municipale de Cornwall depuis 2006) — la question de ma race, ou le fait que je sois une femme, ou encore le fait que je sois francophone n’ont jamais été soulevés. Ce n’était jamais un sujet de discussion dans mon porte-à-porte ou dans les débats. Je ne suis pas une recrue en politique, les gens de Cornwall me connaissent. Et pour eux, ils n’élisaient pas la première femme noire à la mairie, ils votaient simplement pour la Bernadette Clement qu’ils connaissent depuis toutes ces années. Mais après l’élection, les médias sont arrivés et ils ont sauté là-dessus, c’est-à-dire sur le fait que je sois la première mairesse de l’histoire de Cornwall et la première femme noire élue comme maire dans l’histoire de la province, et j’avoue que j’étais un peu sous le choc. (Rires).

«Mais oui, je suis fière. Fière de mon héritage de femme noire, fille d’Hubert Clement de Trinidad-Tobago. Comme je suis fière d’être francophone. Mais ce que je trouve le plus émouvant, c’est le fait que je sois la première mairesse de Cornwall. Notre ville compte quand même 235 ans d’histoire.»

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Directrice générale de la Clinique juridique de Stormont, Dundas et Glengarry, avocate de formation et diplômée de l’Université d’Ottawa, Bernadette Clement, 53 ans, est née et a grandi à Montréal. Son père est anglophone et natif de Trinidad-Tobago.

«Il est enseignant à la retraite, dit Mme Clement. Il enseignait les mathématiques et ma mère enseignait le français à la même école secondaire. C’est là qu’ils se sont rencontrés. Ma mère est Franco-Manitobaine et j’ai beaucoup de parenté à Winnipeg. J’y retourne régulièrement. Dans ma jeunesse, étant fille de parents enseignants, nous allions passer nos étés là-bas.»

Qu’avez-vous pensé du commentaire de Denise Bombardier à l’émission Tout le monde en parle ? (Mme Bombardier a déclaré qu’on ne parle plus le français au Manitoba).

«Ça été très mal reçu chez nous. Très mal reçu. Les Québécois devraient faire plus d’efforts pour comprendre le contexte minoritaire. Et je pense que si on se comprend davantage entre Québécois et francophones de l’extérieur du Québec, les choses iront beaucoup mieux pour tout le monde. Les Québécois manquent le bateau s’ils ne sont pas en contact régulier avec les francophones du reste du Canada, et vice versa.»

Bernadette Clement a quitté Montréal à l’âge de 19 ans pour venir faire ses études universitaires à Ottawa et elle n’est jamais retournée vivre au Québec. Et elle se dit aujourd’hui fière Franco-Ontarienne.

«C’est durant mes études à Ottawa que je suis devenue Ontarienne, dit-elle. Quelqu’un m’a demandé l’autre jour : À quel moment exact êtes-vous devenue Franco-Ontarienne ? (Rires). J’ai trouvé ça cute comme question. Mais je pense que je le suis réellement devenue lorsque je suis déménagée à Cornwall en 1991, il y a 27 ans. Les francophones ont été les premiers à m’accueillir ici. Et leur chaleureux accueil m’a donné un sentiment d’appartenance dès mon arrivée. Et je connaissais déjà la réalité d’une minorité (linguistique) puisque je connaissais celle de ma mère au Manitoba. C’est Me Étienne Saint-Aubin qui m’a embauchée ici (à la clinique juridique). C’est lui qui a écrit la Loi sur les services en français (la Loi 8). Il travaillait à l’époque pour le Procureur général de l’Ontario et il était responsable de la rédaction de cette loi. Donc, de travailler dans un contexte comme celui-là, embauchée par Me Saint-Aubin, j’ai vite compris qu’une bonne partie de ma carrière allait se passer en français.»

Lors des deux dernières élections fédérales, Bernadette Clément a tenté, sans succès d’être élue sous la bannière du Parti libéral du Canada. 

Or, la question se pose : la mairie de Cornwall n’est-elle qu’une étape vers un siège à la Chambre des communes à Ottawa ?

«Non, répond-elle sans hésiter. C’est vraiment la politique municipale qui m’intéresse. Je suis à la table du conseil municipal depuis 12 ans, j’ai fait trois mandats et une course à la mairie. Je pense que les gens ont compris que mon cœur est vraiment pour la chose municipale. Même quand je faisais mon porte-à-porte au fédéral, je voulais plutôt parler d’enjeux municipaux. C’est ce qui m’intéresse», de conclure la nouvelle mairesse de Cornwall.

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Politicien depuis le secondaire

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Le nouveau député caquiste de Chapleau, Mathieu Lévesque, savait dès ses années au secondaire qu’il allait un jour devenir politicien. « Tout le monde au collège Saint-Alexandre me prédisait une carrière en politique », affirme-t-il, preuve à l’appui.

La preuve, c’est son album de finissants de 2005 qu’il a apporté avec lui cette semaine pour une entrevue dans un café de sa circonscription. « Regardez, me dit-il en ouvrant l’album sur les pages où ses anciens camarades de classe lui ont écrit un mot. Tout le monde me voyait politicien », ajoute-t-il en riant.

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De cultivateur à professeur émérite

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Yao Assogba se demandait bien dans quoi il s’était embarqué en venant poursuivre ses études au Canada.

Il a quitté son Togo natal en septembre 1970, bourse de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) en poche, pour venir faire ses études universitaires au Québec. Mais il ne pouvait s’imaginer le « baptême de feu » qui l’attendait.

« J’avais 23 ans. Je suis arrivé à Montréal en septembre 1970 et, le mois suivant, c’était la Crise d’octobre, se souvient-il. Et comme j’étais dans une école privée (le Collège Jean-de-Brébeuf), il y avait des enfants de ministres qui y étudiaient. Donc l’armée était postée devant le pavillon. J’ai eu peur. Je me suis dit : ‘j’ai quitté un pays où il y a une dictature militaire pour un pays où il y a les mesures de guerre’. Ç’a été raide », lance-t-il dans une expression bien de chez nous.

Et le pauvre n’était pas au bout de ses peines…

« À l’hiver 1971, ajoute-t-il, quelques mois après mon arrivée, c’était la tempête du siècle. Bienvenue au Canada, me suis-je dit ! (Rires). Un matin de janvier, j’ouvre les rideaux et il faisait beau soleil. J’étais content. Donc je suis sorti vêtu d’un short. Mais en ouvrant la porte, un vent glacial m’a figé sur place. Il faisait moins 20 degrés ! Il y avait un soleil, mais pas de chaleur. C’était un mystère pour moi. »

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Yao Assogba, 71 ans, est professeur émérite à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), là où il a enseigné la sociologie pendant 27 ans. Titulaire d’un doctorat en sociologie, il s’est établi à Gatineau en 1983 avec son épouse, Andrée Tremblay, et leurs trois enfants.

M. Assogba a récemment lancé son autobiographie intitulée Des collines d’Atakpamé aux collines de Gatineau, un livre dans lequel il raconte son impressionnant parcours de la cité d’Atakpamé où il a grandi, au Togo, jusqu’à ses années comme enseignant à l’UQO, puis comme professeur émérite.

Il rappelle dans son ouvrage l’histoire de ses ancêtres ifè et il revient sur son enfance en Afrique au sein d’une famille de cultivateurs ; les obstacles qu’il a dû surmonter avant d’immigrer au Québec ; sa liaison de deux ans avec Geneviève Laurendeau, la fille de l’homme politique et ancien rédacteur en chef du Devoir, André Laurendeau ; son premier réveillon dans cette famille montréalaise ; sa rencontre avec Andrée, son épouse des 41 dernières années, ses visites au Saguenay-Lac-Saint-Jean et le choc culturel qu’il a vécu là-bas dans la région natale de sa femme.

« Andrée et moi nous sommes mariés au Lac-Saint-Jean en septembre 1977, dit-il. Un Noir venu de Montréal qui mariait une Bleuet dans un rang du Lac-Saint-Jean, c’était un événement là-bas à l’époque. (Rires). Mais les valeurs communes et spontanées d’entraide et de solidarité des gens de cette région m’ont fasciné et m’ont rappelé l’Afrique. J’avoue cependant que j’ai dû apprendre quelques expressions qui, au début, me laissaient perplexe. Comme ‘à cause’, ‘fais pas simple’, ‘il mouille à siaux’ et plusieurs autres. Une fois, mon beau-père m’a demandé de sortir lui aider à bûcher du bois. Alors il me dit : ‘Yao, appareille-toi’. Je n’ai pas compris. ‘Mets ta froc’, m’a alors dit le beau-père. Je n’ai pas compris. ‘Mets ton parka.’ Je n’ai pas compris. ‘Mets ta canadienne.’ Je n’ai pas compris. ‘Mets ton coat.’ Je n’ai pas compris. Finalement, Andrée m’a dit : ‘Yao, mets ton manteau’. Là, j’ai compris ! » (Rires)

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La Fondation Lani

Dans son autobiographie, M. Assogba rappelle aussi le rôle clé qu’il a joué dans la création du campus Félix-Leclerc du Cégep de l’Outaouais, ainsi que dans la mise sur pied à Gatineau de l’organisme Carrefour Jeunesse Emploi, « le premier de ce genre au Québec », soulignera-t-il.

Puis il revient sur la période la plus triste et la plus sombre de sa vie : la mort de son fils, Lani, qui s’est enlevé la vie en novembre 2000 à l’âge de 18 ans. « Mon fils a été diagnostiqué bipolaire au Cégep, dit-il. Andrée et moi avons tout tenté pour l’aider. Mais il n’y avait rien qu’on pouvait faire, malheureusement. »

Voici un passage de son autobiographie :

« Lani a vécu une grande détresse psychologique à partir de seize ans. (…) Durant ces deux années de détresse, nous ressentions tout son courage, sa détermination pour la combattre et se porter mieux. C’était extrêmement difficile de voir Lani souffrir autant et de constater que, malgré toute sa volonté de vivre, il n’a pas vu d’autres façons pour arrêter de souffrir que de s’enlever la vie, le vendredi 10 novembre 2000, à l’âge de 18 ans. Lui qui aimait tant la vie ! »

Moins d’un an après la mort de leur fils, Yao Assogba et son épouse Andrée ont créé à Gatineau la Fondation Lani, qui a pour mission d’appuyer des projets de promotion de la vie dans une perspective de prévention du suicide chez les jeunes de 12 à 25 ans.

« L’idée de créer cette fondation m’est venue durant les funérailles de Lani, dit M. Assogba. Les gens se sont mobilisés et, depuis sa création en 2001, la Fondation Lani a aidé plus de 800 jeunes. Mon fils a sauvé plusieurs vies. » 

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Le livre Des collines d’Atakpamé aux collines de Gatineau est disponible en ligne, en librairie et sur le site de la Fondation Lani. Cinq dollars de chaque exemplaire vendu seront remis à cette fondation.

Pour joindre la Fondation Lani : 819-778-0188 ; www.fondationlani.ca

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Le temps de la récolte

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Quelques centimètres et quelques kilogrammes de plus et Sébastien St-Louis serait peut-être devenu joueur de football professionnel plutôt que de devenir entrepreneur et de mettre sur pied l’entreprise HEXO, le plus important fournisseur de la Société québécoise de cannabis (SQDC).

« Je suis un ancien footballeur, j’étais centre sur la ligne offensive, se souvient ce Franco-Ontarien natif d’Ottawa et diplômé du Collège catholique Samuel-Genest. J’ai joué au football jusqu’au niveau collégial. Malheureusement, j’ai arrêté de grandir une fois rendu à ce niveau. Et à cinq pieds et neuf pouces, tu ne deviens pas centre. J’ai donc décidé de faire autre chose de ma carrière. C’est cependant au football que j’ai appris l’importance des rôles et des fonctions de chacun au sein d’une équipe pour atteindre notre but. »

Sébastien St-Louis a atteint son but, c’est le moins qu’on puisse dire. Son entreprise du secteur Masson-Angers qui comptait dix employés à ses débuts, en 2013, en compte aujourd’hui 245 et on vise 500 d’ici la fin de l’année. HEXO a le mandat de fournir à la SQDC plus de 200 000 kilogrammes de cannabis au cours des cinq prochaines années. « Les cinq dernières années ont été une belle aventure, lance-t-il. Et j’espère que les cinq prochaines années seront aussi mouvementées. »

Titulaire d’un baccalauréat en arts et d’une maîtrise en administration des affaires, Sébastien St-Louis, 34 ans, est père d’une fillette âgée de 20 mois, et son épouse et lui attendent un garçon en novembre. Issu de parents qui sont tous deux enseignants, il a un sens inné pour les affaires, lui qui a démarré sa première entreprise à l’âge de 16 ans. Mais c’est en 2013 qu’il a vraiment misé juste en fondant l’entreprise Hydropothicaire, rebaptisée HEXO en juin dernier. D’où vient ce flair pour une bonne affaire ?

« Mes parents me posent souvent cette même question, répond-il d’un éclat de rire. C’est le goût de l’exploration, de l’apprentissage, croit-il. C’est beaucoup de travail et un peu de chance aussi. C’est de choisir les bonnes valeurs et de s’entourer de gens très forts dans leur domaine. C’est d’apprendre de ces gens-là et d’utiliser les forces de chacun d’entre nous pour faire quelque chose de bien. Et j’étais entouré de gens qui ont cru en moi.

— Quelle a été la réaction de vos parents et de votre entourage lorsque vous leur avez annoncé que vous vous lanciez dans l’industrie du cannabis ?

— Mes parents sont assez ouverts. J’ai eu beaucoup d’encouragement. Beaucoup de questionnement aussi. J’ai éduqué les gens et expliqué ce que mon entreprise allait faire. Et les gens y croyaient. En fait, le premier million investi dans la compagnie, ce sont tous des amis de la famille qui l’ont investi. Et je ne viens pas d’un cercle de gens riches. C’était beaucoup de petits chèques, à coups de 10 000 $, pour se rendre au premier million amassé. Mes parents ont investi initialement 50 000 $ dans mon entreprise. Ils n’avaient pas 50 000 $ qui traînaient, ils ont pris une hypothèque sur la maison. Tout est bien tombé. Beaucoup de vies ont changé dans ce cercle d’amis-là. Ils ont pris un gros risque au début. Mais c’est certain qu’on a tous été choyés par les résultats. Et ça continue. »

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Fait plutôt ironique, Sébastien St-Louis n’avait presque jamais consommé de cannabis avant de fonder HEXO.

« J’avais 24 ans la première fois que j’ai fumé, dit-il. Un bon ami m’a demandé si je voulais essayer un joint. C’était bien correct, mais ce n’est pas quelque chose qui m’a accroché dès le début.

«Ces jours-ci, un vendredi soir, au lieu de prendre un scotch, je prends un peu d’Élixir (vaporisateur sublingual de cannabis). C’est une façon plus responsable, il me semble, de passer une belle soirée. Tu te lèves le lendemain matin sans maux de tête, t’es un peu plus productif. L’Élixir de HEXO est muni d’un système de dosage. Chaque fois que t’appuies sur le mécanisme, tu reçois 2,5 mg de THC. Donc si tu veux passer une belle soirée avec juste un peu d’euphorie, tu prends deux dépressions du mécanisme — dépendamment du métabolisme de chacun — et t’as toujours la même expérience sans trop en prendre et sans tomber endormi. C’est une façon d’aller chercher tes moments d’euphorie en soirée de façon beaucoup plus santé que l’alcool.»

HEXO a été mis sur pied en 2013 pour produire et vendre du cannabis médical. C’était sa raison d’être, d’abord et avant tout. 

Or, Sébastien St-Louis a été aussi étonné que tout le monde, quatre ans plus tard, lorsque le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé que la consommation de cannabis serait légalisée dès le 1er juillet 2018. (Cette date a été repoussée au 17 octobre 2018).

«Quand j’ai commencé l’entreprise, je m’attendais à ce qu’un jour on puisse acheter du cannabis sans prescription, j’en étais certain, dit-il. Mais c’est arrivé plus vite que je pensais, et plus vite que tout le monde pensait. Donc on a dû s’adapter rapidement.

— Et allez-vous célébrer d’une façon quelconque le 17 octobre prochain (mercredi) ?

— Tout le personnel va se rassembler pendant environ une demi-heure, répond-il. On va se serrer la main, se féliciter et il y aura quelque chose de spécial pour tous les employés. Et ensuite, on retournera au travail. On célébrera ça pour de vrai au party de Noël. (Rires). À notre tout premier party de Noël, nous étions vingt personnes, soit dix employés avec leur conjoint et conjointe. Cette année, on va fêter Noël au Hilton Lac-Leamy et on attend 600 personnes.»

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Savoir saisir sa chance

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Adolescent à son école secondaire de Repentigny sur la Rive-Nord de Montréal, Mathieu Lacombe, le nouveau député caquiste de Papineau à l’Assemblée nationale, préférait rentrer chez lui à l’heure du lunch plutôt que de casser la croûte à la cafétéria avec ses camarades de classe.

« J’habitais tout près de l’école, dit-il. Je revenais manger à la maison pour écouter les émissions d’affaires publiques à TVA. J’écoutais Jocelyne Cazin et François Paradis qui est aujourd’hui un collègue à l’Assemblée nationale. Je lui ai raconté cette anecdote l’autre jour et il en a bien ri. J’avais déjà deux passions à l’adolescence : le journalisme et la politique. »

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Le maire de terrain

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a eu la même réaction qu’un peu tout le monde, vendredi dernier, en apercevant sur son téléphone l’alerte émise par Environnement Canada. « Possibilité de tornades », prévenait-on.

« Je l’ai effacée, dit-il en parlant de l’alerte en question. On en a vu d’autres. Ce qu’il faut, par contre, c’est que le système ne l’efface pas. Et nous, à Gatineau, sommes assez disciplinés là-dessus. À 15h, deux heures avant que la tornade frappe, nous avions mis tous les cadres en état d’alerte. On prend ces alertes très au sérieux. Tout le monde doit répondre. Dès vendredi matin, nous avions pris un certain nombre de mesures parce qu’on savait qu’il y allait avoir de grands vents. C’est pourquoi ça n’a pris que des minutes avant que nos équipes soient sur le terrain, mobilisées et en train de travailler.

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Le pionnier venu du Nord

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Il a frayé la voie aux artistes franco-ontariens. Si les Damien Robitaille, Véronic Dicaire, Gabrielle Goulet, Andrea Lindsay et tant d’autres chanteurs, auteurs et compositeurs de l’Ontario français peuvent aujourd’hui vivre de leur art, c’est en grande partie grâce à lui.

Robert Paquette, de Sudbury, a été le premier Franco-Ontarien à enregistrer un album en studio professionnel. Jamais un francophone de l’Ontario n’avait auparavant pu partager ses mots, sa musique et son cœur avec la francophonie canadienne et mondiale. 

Mais en 1974, le « gars du Nord » lançait son tout premier album, Dépêche-toi soleil, et il ouvrait du même coup la porte à ceux qui allaient suivre ses pas et mettre en musique la lutte, la réalité, les joies et l’âme des Franco-Ontariens.

« Je suis d’abord allé à Toronto avec mes chansons pour obtenir un contrat, se souvient Robert Paquette. J’écrivais autant en anglais qu’en français à l’époque (en 1973). Je suis revenu au bout d’une semaine avec quatre offres de contrat dans les mains. Je ne savais pas s’il s’agissait de bons contrats ou non. Je savais par contre que c’était eux qui allaient choisir les chansons à paraître sur l’album, le studio où il allait être enregistré, la date de sortie, la pochette et le reste. Disons que ce n’était pas une perte de contrôle totale, mais j’en léguais un méchant bout. »

Puis par un concours de circonstances, Robert Paquette a eu vent qu’un studio de Montréal serait peut-être intéressé à produire son premier album. « Donc je suis allé à Montréal, dit-il. On a aimé mes tounes en français et on m’a dit : «tu entres en studio à telle date». Je pensais que le tout allait prendre deux ou trois jours. Mais finalement, je suis resté à Montréal pendant deux ou trois mois », ajoute-t-il dans un éclat de rire.

Sa carrière était lancée. Et aujourd’hui, à l’âge de 69 ans, Robert Paquette compte 16 albums et trois albums duo dans sa discographie.

Mais il n’est jamais retourné vivre chez lui, à Sudbury. Il est plutôt resté à Montréal pour poursuivre sa carrière. Non pas par choix, mais bien par obligation professionnelle.

« Toute la partie commerciale était à Montréal, explique-t-il. S’ils ont besoin de toi pour une émission de télé, pour une tournée de promotion ou pour une tournée des postes de radio et que tu vis à Sudbury, vont-ils payer l’avion et tous les frais de déplacement pour que tu descendes à Montréal ? Nous n’avions pas la technologie d’aujourd’hui en 1974. Tout se passait à Montréal et mon gérant était à Montréal. La distance entre Sudbury et la métropole m’empêchait de retourner vivre dans ma ville natale.

— Vous l’a-t-on reproché ?

— Non. Parce que je me suis toujours assuré de faire la tournée de l’Ontario. La Nuit sur l’étang (dont il a été de la toute première édition), le Festival franco-ontarien, le Festival Boréal, la tournée des écoles et tous les autres événements franco-ontariens, j’y étais. Mon attachement à l’Ontario français n’a jamais disparu, confirme le cofondateur de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM).

«Et quand je regarde le progrès qu’a fait la communauté franco-ontarienne depuis les années 1970, que ce soit en musique, en éducation, en santé ou en tout autre domaine, je me dis qu’on a fait un méchant chemin ! Mais l’engagement doit toujours être là. Mais quand tu chantes en français en Ontario, t’es déjà engagé.»

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Bleu et blanc

Le mois dernier, la chanson Bleu et blanc de Robert Paquette (parue sur son deuxième album Prends celui qui passe) est entrée dans l’histoire du Panthéon des auteurs compositeurs canadiens. Cette chanson avait auparavant (2001) été sacrée Classique de la SOCAN. — un classique de la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique est une chanson qui passe plus de 100 000 fois à la radio.

Robert Paquette avoue aujourd’hui qu’il ne pensait pas que Bleu et blanc allait connaître un tel succès.

«Qu’elle soit intronisée au Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens est une belle surprise, dit-il. C’est une belle reconnaissance, un bel honneur. On n’est jamais certain de quoi que ce soit quand on écrit une chanson. On espère qu’elle parlera aux gens parce qu’elle nous parle à nous. Mais on ne sait jamais le chemin qu’elle fera.

«Celle-là (Bleu et blanc) m’a vraiment étonné. Elle dure six minutes et 15 secondes, j’étais certain qu’elle ne passerait pas à une époque où les chansons jouées à la radio duraient trois minutes ou trois minutes et demie. Je croyais à ma chanson, mais je ne croyais pas à sa capacité commerciale. Je la voyais plutôt sur la face B d’un 45 tours. (Rires). Mais un animateur de la radio CKOI à Montréal l’a aimée, il l’a fait tourner, et elle a finalement tourné plus de 100 000 fois.

«J’ai écrit cette chanson sur la route entre Montréal et North Bay, se souvient-il. Quand je suis arrivé à North Bay, j’avais déjà les couplets, le refrain et la mélodie d’écrits. Il ne me restait plus qu’à la mettre à la guitare. Ce qui m’a pris à peu près 20 minutes. Je me rappelle d’avoir appelé ma blonde pour lui dire : «Je pense que je viens d’écrire une bonne toune». Mais encore là, je ne pensais jamais qu’elle connaîtrait le succès qu’elle a connu.»

Robert Paquette sera de passage au Collège catholique Samuel-Genest, à Ottawa, le mardi 25 septembre, Journée des Franco-Ontariens, où il assistera au dévoilement de la Scène Paul-Demers, dans l’auditorium de cette école secondaire.

«Je serai très content d’être là, de dire le grand ami du regretté Paul Demers. On me dit que les étudiants chanteront Notre Place (l’hymne officiel des Franco-Ontariens). Je me joindrai à eux pour chanter ma petite partie, s’ils le veulent bien.»