Les grandes entrevues

Le retour au bercail

C’est un « p’tit gars » de Hull diplômé du Collège Saint-Alexandre qui prendra la tête de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins, lundi.

Cadet d’une famille de six enfants, Marc-André Boyes-Manseau, 56 ans, a grandi dans le secteur Val-Tétreau. Mais à l’époque, ce jeune Hullois s’appelait Marc-André Manseau. Le « Boyes » dans son nom de famille n’est venu que plus tard dans un élan d’amour et de romantisme rarement vu.

« En 1987, raconte-t-il, j’ai rencontré Jennifer Boyes, celle qui allait devenir mon épouse. Et quand nous nous sommes mariés en 1989, j’ai changé mon nom pour “Boyes-Manseau”. Je me suis dit qu’on créait quelque chose ensemble. Alors, créons quelque chose de nouveau. Et nos deux filles se nomment “Boyes-Manseau”. Mais c’est sûr que nos arbres généalogiques deviendront un peu compliqués », lance-t-il dans un éclat de rire.

Marc-André Boyes-Manseau a quitté vendredi son poste de directeur administratif du Presentation House Theatre à Vancouver-Nord, un poste qu’il occupait depuis 2015. Mais il n’arrivera pas en pays étranger, lundi, lorsqu’il débutera sa nouvelle carrière à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins, en milieu franco-ontarien.

Il a auparavant été assistant à la direction administrative du Théâtre du Trillium (en 1988). Il a ensuite déménagé à Vancouver — la ville natale de son épouse — où il a travaillé dans le domaine du théâtre et de la danse de 1991 à 2001. Il est revenu à Ottawa pour prendre la direction du Théâtre de la Vieille 17, de 2001 à 2008. Il a ensuite œuvré au Conseil des arts du Canada comme agent de programme au service du théâtre, avant de retourner à Vancouver en 2015. Et lundi, il rentrera à la maison.

« Et je suis très content de retourner travailler en français, affirme-t-il. C’est une très grande motivation. Ça fait deux ans et demi que je travaille en anglais. C’est bon, c’est bien. Mais ma langue, c’est le français. Ma création est en français. Ma philosophie est en français. Et la culture francophone nous manque beaucoup.

«Ma partenaire, Jennifer, est native de Vancouver. Elle vient d’une famille unilingue anglaise, mais elle était parfaitement bilingue quand je l’ai rencontrée, en 1987. Elle a une affinité avec la langue française et elle a fait ses études à Dijon, en France, en lettre française et en théâtre. Elle avait donc un accent parisien que j’ai un peu converti en québécois (rires). Donc on parle français à la maison. Notre fille aînée, Madeleine, est diplômée en théâtre de l’Université d’Ottawa et elle travaille à Ottawa. Et notre fille, Camille, étudie en sociologie à l’Université Concordia, à Montréal. Nous sommes donc heureux de retourner dans l’Est pour être plus près de nos enfants. On a bien hâte.»

Les grandes entrevues

Le nouveau visage du Plateau

CHRONIQUE / Les élections municipales à Gatineau se sont tenues le 5 novembre dernier, mais Maude Marquis-Bissonnette a été élue dans le district du Plateau à la fin octobre. Engagée dans une course à deux contre le candidat Patrick Doyon, Mme Marquis-Bissonnette a été élue par proclamation lorsque son adversaire, qui était la cible d’allégations de comportements inappropriés envers plusieurs femmes, s’est retiré de la course.

« Je trouve malheureux que cela se fasse dans de telles circonstances », avait alors déclaré la nouvelle conseillère du Plateau. Mais ce que Maude Marquis-Bissonnette n’a pas dit en octobre dernier, c’est qu’elle était carrément déçue de ne pas pouvoir mener cette campagne à terme.

« C’était une déception, affirme-t-elle. J’avais l’impression que je pouvais la gagner cette campagne. Et j’aurais aimé gagner le 5 novembre. J’aurais aimé gagner en même temps que mes collèges d’Action Gatineau dans d’autres districts.  

«Ma campagne se déroulait très bien, poursuit-elle. J’avais deux directeurs de campagne à temps plein, dont mon père, de Québec, qui est venu rester chez moi pendant quatre mois. Il est un enseignant de carrière qui avait comme premier projet de retraite d’aider sa fille à gagner ses élections (rires). Mon équipe et moi avons cogné à des milliers de portes, j’ai fait le tour du quartier une fois et demi, et le Plateau est le plus gros district avec ses quelque 13 000 électeurs. Et la réception des gens était très bonne. Je pense que les gens du Plateau étaient contents de voir que c’était une jeune femme qui se présentait. L’âge moyen dans le Plateau est assez bas. La personne typique du Plateau, c’est sa première maison, avec un ou deux enfants, début trentaine, instruite. C’est ce que j’incarne. Et j’étais très confiante, même si (l’animateur radio) Roch Cholette pensait que je n’aurais pas dû gagner et qu’on n’entendrait plus mon nom après le 5 novembre» laisse-t-elle tomber, sourire en coin.

— Allez-vous lui rappeler ses paroles ?, que je lui demande.

— Je ne pense pas qu’il faut accorder trop d’attention à ces gens-là.  

—Mais ça blesse quand même d’entendre de tels commentaires, non ?

— Disons que je l’ai pris comme un défi. »

Qu’elle ait été élue de façon traditionnelle ou non, les gens du Plateau seront dignement représentés à la table du conseil municipal de Gatineau au cours des quatre prochaines années.

Originaire de Québec, Maude Marquis-Bissonnette, 29 ans, s’est établie à Gatineau il y a cinq ans. Entrepreneure, consultante et enseignante en politiques publiques à l’Université Carleton, à Ottawa, elle est titulaire d’un baccalauréat en sciences politiques de l’Université de Montréal, ainsi que d’une maîtrise en administration publique en gestion urbaine de l’École nationale d’administration publique (ÉNAP) de Montréal. Mère monoparentale d’un garçon de quatre ans, Maude Marquis-Bissonnette poursuit de plus un doctorat en politiques publiques à l’Université Carleton.

« Et je compte terminer mon doctorat durant le présent mandat, affirme-t-elle. Je suis habituée de faire plusieurs choses en même temps. Je n’ai pas vraiment de vie sociale (rires). Je travaille énormément et je me plais là-dedans. En plus de compléter mon doctorat, je termine présentement des mandats de consultation, mais je n’enseigne plus à l’Université Carleton.

«Mais mon enfant sera toujours ma priorité, dit-elle. Et je pense qu’il faut changer la vision qu’on a envers les élus. Moi, je ne serai pas à tous les soupers de bines. Mais lorsque les gens vont m’appeler parce qu’ils ont besoin de moi, je serai là. Mais je ne pense pas que je vais me démarquer en ma qualité d’élue parce que je suis à tous les soupers de bines, mais plutôt parce que je vais être là (à la table du conseil) pour offrir des solutions, parce que j’ai une vision et parce que je vais travailler fort. Mais d’être à tous les événements communautaires, c’est impossible. Et si on veut de la diversité parmi les élus, il faut qu’on accepte ça.»

Ancienne championne plongeuse («j’étais parmi le top 10 au Canada quand j’avais 17 ans», dit-elle), Maude Marquis-Bissonnette est vouée à une brillante carrière. Mais pourquoi a-t-elle — et vous m’excuserez le jeu de mots — plongé en politique municipale ?

«C’est ce qui anime ma recherche depuis plusieurs années, répond-elle. J’avais déjà un intérêt très marqué pour la politique municipale. Parce que selon moi, c’est au niveau local qu’on peut régler des enjeux qui ont une grande portée. Comme, par exemple, les changements climatiques. Les solutions les plus pratiques se trouvent au niveau local. C’est la même chose pour l’immigration. On sait qu’il y a des réfugiés, des mouvements de masse et de plus en plus de réfugiés climatiques. C’est au niveau local qu’on fera en sorte que ces gens-là vont s’intégrer et diversifier la société.

«Et là, je trouve que j’ai le meilleur job au monde. Et je vais me représenter dans quatre ans», de conclure la nouvelle conseillère du district Le Plateau.

Denis Gratton

L’astronaute politicien

LA GRANDE ENTREVUE / « De là-haut, on voit vraiment que la Terre est le berceau de l’humanité, qu’elle est le seul endroit où nous pouvons coexister ensemble et qu’il n’y pas d’autres places où nous pouvons aller. C’est notre demeure. »

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a vu la Terre de l’espace. Premier astronaute canadien à s’envoler dans l’espace, il a effectué une première mission en octobre 1984 à bord de la navette spatiale Challenger. Et il s’est qualifié pour deux autres vols en 1996 et en 2000 vers la station spatiale internationale.

Il retient de merveilleux souvenirs de ses trois missions et il a vécu des expériences extraordinaires, affirme-t-il, durant ses 677 heures dans l’espace. Et il n’oubliera jamais le 28 janvier 1986. Ce jour-là, la navette spatiale Challenger — dans laquelle il avait pris place deux ans plus tôt — a explosé et s’est désintégrée 73 secondes après son décollage, provoquant la mort des sept membres de l’équipage, dont l’enseignante Christa McAuliffe, la première « passagère » de l’espace.

« C’était un choc, se souvient M. Garneau. J’étais au Johnson Space Centre, là où on s’entraîne, et nous nous nous étions tous arrêtés ce jour-là pour regarder le lancement. Mais 73 secondes après le décollage, on a vu quelque chose qui était complètement inattendu. D’un certain angle, on comprenait tout de suite qu’il s’agissait d’une explosion. Mais quelque chose dans notre tête nous disait : “non, ce n’est pas possible”. Nous étions incrédules. J’étais avec une quarantaine de personnes. On a entendu des soupirs. Puis on a entendu des gens pleurer au fur et à mesure qu’ils réalisaient ce qui venait de se passer. Et personne ne voulait se regarder. Parce que si nous nous regardions dans les yeux, nous admettions ce qui venait de se passer. C’était un moment très pénible et surréel. Je connaissais tous les astronautes à bord. Et j’avais rencontré Christa McAuliffe. Elle avait une personnalité rayonnante et elle était prête pour sa mission. »

LA POLITIQUE

Marc Garneau a été nommé vice-président exécutif de l’Agence spatiale canadienne en février 2001, et il est devenu son président en novembre de la même année. Et de 2003 à 2008, cet ingénieur de profession et officier de l’Ordre du Canada a occupé le poste de chancelier de l’Université Carleton, à Ottawa. 

En octobre 2008, Marc Garneau a été élu à la Chambre des communes comme député libéral pour Westmount–Ville-Marie et réélu dans cette circonscription en 2011. Puis en 2015, il a obtenu un troisième mandat, mais à titre de député de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount, cette fois.

Mais pourquoi passer de l’espace à la politique ? D’astronaute à politicien ?

« Il n’y a pas beaucoup d’ingénieurs et de scientifiques à la Chambre des communes et je me suis dit que je pourrais peut-être apporter quelque chose de ce côté-là, répond-il. J’ai une certaine sécurité dans la vie, mes enfants sont adultes, je pouvais prendre ce risque-là. Et je suis content d’avoir pris cette décision-là », assure le ministre des Transports. 

LES PETITS COUTEAUX

Marc Garneau en a surpris plusieurs, le mois dernier, en autorisant les petits couteaux munis d’une lame de 6 cm ou moins dans les avions. Certains députés du Bloc québécois et du Parti conservateur du Canada l’ont accusé de sacrifier la sécurité des passagers au profit d’un accommodement religieux. Et sa décision a été contestée de toutes parts, notamment par l’Assemblée nationale du Québec et les agents de bord du pays.

Mais le ministre Garneau n’a pas bronché et les lames de 6 cm ou moins sont permises à bord des avions depuis le 27 novembre dernier, comme elles sont permises par plusieurs autres pays depuis des années.

« Je trouve ça un peu réducteur que des gens puissent penser que c’est pour des raisons de religion, dit-il. Ça n’a rien à voir avec ça. C’est simplement pour des raisons de sécurité. En 2013, la dernière année qu’on a calculé ça, on a confisqué 75 000 petites lames (dans les aéroports canadiens). Les gens aiment avoir des objets qu’ils utilisent pour différentes raisons. Et pour moi, ce qui est important, c’est d’évaluer ce qui représente un risque. »

« Ma responsabilité en tant que ministre des Transports, ce qui important, c’est d’abord que personne ne puisse pénétrer dans la cabine d’un avion et en prendre le contrôle, poursuit-il. Et deuxièmement, qu’il n’y ait pas de possibilité d’explosion avec des explosifs qui seraient amenés à bord. (...) On a pris des mesures sévères après le 11 septembre 2001 et on veut le moins incommoder les gens dans la mesure du possible. Alors, des experts font l’analyse. Est-ce que ça représente un risque pour la sécurité ? Et ce n’est pas une petite lame qui va faire descendre un avion. »

« Je viens d’une carrière où la sécurité primait. Avant d’aller dans le programme spatial, j’étais dans la marine. La sécurité a toujours été une partie importante dans ma vie, dans toutes les occupations que j’ai eues. Et je prends ça extrêmement au sérieux. Je reçois des avis de beaucoup d’experts sur le sujet, et je crois que la majorité des gens sont très satisfaits de cette décision. »

Les grandes entrevues

La vocation de Serge Legault

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / C’est une véritable institution du Vieux-Hull qui a fermé ses portes, en janvier dernier, lorsque Serge Legault a vendu sa maison funéraire du boulevard des Allumettières à la Coopérative funéraire de l’Outaouais. Ainsi disparaissait la dernière entreprise familiale indépendante de services funéraires de la région.

« J’ai vendu mon commerce en janvier dernier et je vends maintenant l’édifice et le terrain, explique M. Legault. Et c’est pratiquement fait. Mon épouse (Chantal) et moi déménagerons bientôt. »

La raison de cette vente est bien simple, affirme M. Legault : le temps l’a simplement rattrapé.

« Un an passé, j’avais 50 ans dans ma tête et je travaillais mes 10 ou 12 heures par jour, dit celui qui fêtera ses 80 ans en 2018. Mais j’ai été hospitalisé d’urgence en septembre 2016. J’ai été admis, ils m’ont couché et je me suis relevé un mois plus tard. J’étais atteint d’une rare maladie qui me causait des douleurs extrêmes partout dans mon corps. Alité pendant un mois, j’ai perdu 50 livres, mes muscles ont fondu et j’ai dû réapprendre à marcher. Et c’est durant ce mois à l’hôpital que j’ai pris la décision de vendre mon entreprise. J’ai réalisé que je n’avais plus 50 ans. »

Cadet d’une famille de 11 enfants du Vieux-Hull, Serge Legault a grandi dans la pâtisserie de ses parents, sur la rue Notre-Dame. Il comptait bien prendre la relève de la Pâtisserie Legault le temps venu, lui qui adorait accompagner son père pour les livraisons dans les épiceries locales et chez des individus.

Mais son père est soudainement décédé en 1951. Serge Legault avait 12 ans.

« Avec une mère monoparentale qui avait une marmaille à élever, j’ai appris très jeune qu’il faut que tu gagnes ta vie », dit-il. « J’étais livreur pour une pharmacie du quartier. Et à l’âge de 18 ans, j’ai été travailler à la Maison funéraire Gauthier qui se trouvait tout près de chez nous. Mes sœurs disaient que je ne ferais pas 15 jours à cet endroit. Mais j’ai commencé en 1956, et j’ai quitté en 1975 lorsque j’ai ouvert ma maison funéraire. »

« M. Gauthier m’avait embauché comme chauffeur en 1956, poursuit-il. Mais à l’époque, il fallait avoir 21 ans pour obtenir un permis de conduire. Et je n’avais que 18 ans. Alors j’ai menti à M. Gauthier, je lui ai dit que j’avais 21 ans. Donc si j’avais eu un accident durant mes trois premières années comme chauffeur, les assurances n’auraient pas déboursé un sou. Mais ça, M. Gauthier ne l’a jamais su », ajoute-t-il en riant.

Une fois diplômé de l’Institut thanatologique du Québec, Serge Legault a travaillé comme embaumeur à la Maison funéraire Gauthier pendant plusieurs années avant d’ouvrir sa propre entreprise funéraire dans le Vieux-Hull.

« J’ai appris cette profession des meilleurs », dit-il. « Et ma carte d’affaires a toujours été l’embaumement. C’est ma spécialité, et j’avais du personnel pour s’occuper du reste. Il n’y a plus beaucoup de gens aujourd’hui qui exposent leur proche. À la Coopérative funéraire de l’Outaouais, 98 % des défunts sont incinérés. Mais à ma maison funéraire, 40 % étaient exposés. J’avais la plus haute moyenne ».

« L’embaumement, pour moi, est une vocation. Les familles te confient leurs défunts dans le but de les revoir comme ils étaient avant la maladie. J’avais donc une mission chaque fois que quelqu’un décédait. Je travaillais à partir d’une photo. Et quand j’avais terminé mon travail, la personne était comme sur la photo. J’étais Monsieur Miracle pour beaucoup de familles ». 

« Quand tu décides d’exposer un proche, tu le fais un peu pour toi, pour faire ton deuil. Et si tu entres au salon funéraire et que tu ne reconnais pas ta mère dans le cercueil, ce n’est pas une thérapie ça. C’est une autre épreuve à surmonter. Alors ce qui était primordial pour moi, c’était d’effacer la maladie afin que la famille puisse conserver le souvenir des belles années de leur proche décédé. Et quand je voyais le bien que j’apportais à la famille, c’était ma récompense ».

C’était émotionnellement difficile, M. Legault, quand vous connaissiez intimement le défunt ?

« Très difficile », répond-il. « Et c’était fréquent parce que je connaissais énormément de gens. C’est sûr qu’il y avait une période où je devais faire mon deuil moi aussi. Alors en entrant dans mon laboratoire, j’avais une pensée personnelle pour cette personne-là et je repensais à tout ce qu’on avait vécu ensemble. Mais je devais ensuite tourner la page et faire mon travail. J’avais une mission ». 

« Mais là, tout ça est derrière moi. Et maintenant, j’essaie de profiter de ce qui reste de la vie. »

Les grandes entrevues

Le legs de Félix Saint-Denis

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / On dirait qu’il ne vieillit pas celui-là...

Avec sa joie de vivre contagieuse, son entrain, son esprit ultra créatif et sa tête pleine de projets aussi grandioses les uns que les autres, Félix Saint-Denis peut paraître comme un éternel ado. Un ado qu’on a vu grandir au fil des luttes et des succès des 30 dernières années de la communauté franco-ontarienne.

Mais ce père de quatre enfants fêtera ses 51 ans dans quelques jours. Et sa feuille de route prouve bien que l’adolescent est devenu grand. Et que ses créations et ses succès des dernières décennies, tels les Jeux franco-ontariens, le mégaspectacle L’Écho d’un peuple  et son plus récent spectacle Ton histoire est une épopée, pour ne nommer que ceux-ci, sont un véritable héritage qu’il lègue aux Franco-Ontariens.

Félix Saint-Denis porte le titre d’animateur culturel depuis 35 ans. Soit depuis qu’il s’est joint à la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), à l’âge de 15 ans.

« La FESFO m’a donné un sens d’appartenance à la communauté franco-ontarienne, dit-il. Vrai, étant le fils de Yves Saint-Denis (président fondateur de l’ACFO de Prescott et Russell) et de parents très engagés dans leur communauté, disons que la pomme ne tombe pas loin de l’arbre. Mais ce qui m’a vraiment donné un sens d’appartenance à la communauté, c’est la FESFO. C’est là que je me suis fait des amitiés qui durent toujours aujourd’hui. »

Originaire de Chute-à-Blondeau dans l’Est ontarien et diplômé de l’école secondaire de Hawkesbury, Félix Saint-Denis est venu à Ottawa pour poursuivre ses études universitaires en sciences politiques. Mais il a vite compris que ce n’est pas vraiment en politique qu’on peut changer les choses... 

« J’ai détesté ce domaine (sciences politiques) », lance-t-il en riant. « Quand j’étais au secondaire, je voyais la politique de façon bien naïve et candide. Je me disais que j’allais changer mon milieu et l’améliorer. Mais j’ai finalement compris que la politique, c’est l’art de prendre le pouvoir et de tout faire pour le maintenir. »

« Or, plutôt que d’aller à mes cours — bien que j’y allais parfois — j’étais bénévole sur la route avec la FESFO et j’aidais à l’animation. J’ai finalement passé 15 ans à la FESFO comme agent de développement, et j’ai adoré ça. C’était vraiment un milieu créatif, coopératif, actif. Et j’ai eu la chance de développer des projets qui existent encore aujourd’hui, notamment les Jeux franco-ontariens qui rassemblent 650 jeunes de plus de 100 écoles de langue française de l’Ontario et dont c’était la 25e édition cette année à Ottawa. »

L’ÉCHO D’UN PEUPLE

Le nom de Félix Saint-Denis est intimement lié au spectacle à grand déploiement L’Écho d’un peuple. Mais bien qu’il soit le directeur artistique de ce grand spectacle sur les 400 ans d’histoire des Franco-Ontariens et qu’il fait la tournée des écoles de langue française de l’Ontario depuis de nombreuses années pour présenter des versions adaptées de L’Écho d’un peuple, il n’en est pas le créateur.

« L’instigateur de L’Écho d’un peuple, c’est Alain Dagenais », dit-il. « On associe souvent mon nom à ce spectacle, mais c’est Alain qui en est le grand instigateur. Moi, on m’a recruté pour assurer la direction artistique. »

« Mais L’Écho d’un peuple est un travail d’équipe », poursuit-il. « C’est une grosse famille. Ce que je vis à temps plein avec L’Écho d’un peuple depuis l’an 2000, c’est spécial. Et je ne pourrais pas parler des succès de ce spectacle sans mentionner l’immense contribution de ma conjointe, Geneviève [Éthier]. Elle est tellement créative et talentueuse. Il y a beaucoup de Geneviève dans ce spectacle, beaucoup de ses idées. Et elle a de plus coordonné la confection de 2700 costumes. C’est incroyable. »

« Nous sommes aujourd’hui rendus à 338 000 spectateurs qui ont vu l’un des spectacles de L’Écho d’un peuple », ajoute-t-il. « Et le véritable tour de force dans tout ça, c’est que l’on compte 30 000 différents comédiens qui ont joué dans l’un des spectacles. Quand je fais la tournée des écoles pendant deux mois et demi par année, ce sont de 30 à 70 comédiens par jour, cinq jours semaine, qui montent sur scène. C’est fou. »

Mais ces temps fous et ces longs mois en tournée aux quatre coins de l’Ontario sont maintenant choses du passé pour Félix Saint-Denis, lui qui vient d’accepter un emploi comme.... animateur culturel, au Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO).

« C’est un choix familial, explique-t-il. J’ai deux filles âgées de 29 et de 26 ans qui sont aujourd’hui professionnelles. Mais j’ai aussi deux fils âgés de deux et de trois ans qui ont besoin d’un papa à temps plein et c’est important que je sois là pour eux. Je passais deux mois et demi par année sur la route avec L’Écho d’un peuple. Deux mois et demi que je ne couchais pas chez moi. »

« Mais ça fait 11 ans que le CSDCEO parraine L’Écho d’un peuple, donc je travaillerai avec le même monde, mais pas avec le même chapeau. Je vais maintenant faire de l’animation dans les écoles du conseil plutôt que partout en province. Dorénavant, au lieu de partager ma chambre d’hôtel avec mes co-animateurs, je vais être chez nous avec ma conjointe et mes enfants dans l’exotique campagne d’Embrun. » 

Les grandes entrevues

De l’hôpital à La Sporthèque

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Adolescente, la directrice générale de La Sporthèque, Élaine Dupras, voulait être infirmière. C’était son rêve, son objectif, presque sa vocation. Elle a donc poursuivi ses études postsecondaires en... comptabilité.

« J’ai toujours voulu travailler dans le domaine de la santé », raconte-t-elle. Mais les gens te découragent de te lancer dans ce domaine. Ils te disent : « Va pas là-dedans, c’est dur, tu travailles des horaires de fou », et le reste. Et ils n’ont pas tort (rires). Donc je les ai écoutés. Je me suis inscrite en comptabilité parce que j’aimais aussi l’administration, la gestion et la tenue de livres. J’ai terminé ma première année, mais j’ai réalisé que ce n’était pas pour moi. En fait, je n’aimais pas ça !, lance-t-elle dans un éclat de rire.

« J’ai donc fait à ma tête, reprend-elle, et je suis retournée au cégep en techniques infirmières. J’ai obtenu ma licence d’infirmière, j’ai été embauchée de nuit à l’Hôpital de Gatineau, puis j’ai ensuite fait mon baccalauréat en sciences infirmières avec une spécialité en gestion de la santé à l’UQO (Université du Québec en Outaouais). J’ai pris des chemins bien longs. Mais en même temps, le hasard a bien fait les choses puisque l’année que j’ai faite en sciences administratives et en comptabilité me sert bien aujourd’hui à La Sporthèque. »

C’est à l’âge de 28 ans que Élaine Dupras a obtenu son baccalauréat en sciences infirmières. Et dès son obtention, elle a été promue au poste de coordonnatrice de nuit des soins au Centre hospitalier de Gatineau.

Elle travaillait donc la nuit tout en complétant à temps partiel son baccalauréat... Et tout en élevant ses trois filles.

« Ouais... songe-t-elle longuement, j’ai eu mes trois enfants à travers tout ça. J’avais trois bébés à la maison, je travaillais de nuit et je complétais mes études universitaires le soir. J’y pense aujourd’hui et je n’arrive toujours pas à comprendre comment j’ai fait ça ! (Rires). Mais tu sais, quand t’es jeune, you go with the flow ! », d’ajouter en souriant celle qui est aujourd’hui grand-mère de quatre petits-enfants.

Elle avoue cependant que ses années à l’Hôpital de Gatineau ont été très difficiles, malgré sa passion pour sa profession et son dévouement pour les patients.

« C’était difficile et ce l’est encore plus aujourd’hui », laisse-t-elle tomber. Je suis allée à l’Hôpital de Gatineau il y a trois ans pour accompagner un proche et les choses ne se sont pas améliorées, mais pas du tout.

« Travailler la nuit est très exigeant », poursuit-elle. « Le personnel de nuit est jeune et j’étais coordonnatrice et responsable de tout l’hôpital et de tout le personnel. Et ce que je trouvais le plus stressant, c’est qu’il y avait parfois des catastrophes durant la nuit et t’avais besoin de dix personnes supplémentaires. Mais tu ne trouves pas personne à 4 h du matin. On était toujours serré au niveau du personnel. C’est stressant puisque tu travailles avec des vies. Et il y a peut-être des gens en situation critique qui peuvent nous échapper.

Mais malgré tout, j’aimais ça. D’être infirmière a toujours été ma passion. Et ce petit côté d’adrénaline m’a toujours manquée depuis que j’ai quitté l’hôpital. J’aime les défis, et chaque nuit était un défi à relever. »

Centraide

Sportive férue et passionnée de la santé et de l’activité physique, Élaine Dupras, 53 ans, a quitté son poste de coordonnatrice des soins infirmiers au CSSS de Gatineau en 1993 pour se joindre à l’équipe de La Sporthèque à titre de directrice adjointe. Et en 2004, elle est devenue actionnaire et nommée directrice générale de ce centre sportif du secteur Hull qui compte plus de 5 000 membres et 250 employés.

Elle a remporté depuis trois prix Excelor remis par la Chambre de commerce de Gatineau et elle a été mise en nomination en 2014 pour le prix personnalité de l’année. Et l’an dernier, l’UQO l’a honorée en la nommant lauréate du titre « Grande diplômée — volet carrière » au Grand rendez-vous de l’UQO 2016. 

« Je ne m’attendais vraiment pas à recevoir cet honneur de l’UQO, dit-elle. Ça m’a renversée. Et je l’ai pris comme si j’avais bien fait mes devoirs dans ma vie et dans ma carrière. »

Élaine Dupras a accepté cette année le rôle de présidente d’honneur de la campagne de financement de Centraide Outaouais pour succéder à l’animateur radio bien connu, Michel Picard.

« L’objectif de la campagne est de 3,6 millions $ afin d’aider 64 000 personnes, dit-elle. Et nous avons jusqu’à maintenant amasser 57 % de notre objectif. Je suis fière de me joindre à Centraide Outaouais. C’est une très petite équipe qui fait des miracles. Et il faut savoir que l’argent que donne Centraide à 70 organismes de la région est dirigé directement vers des projets précis et particuliers. L’argent n’est pas attitré aux salaires des employés de ces 70 organismes soutenus par Centraide. C’est de l’argent qui aide les gens directement. Et nous avons 64 000 personnes à aider. »

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Les grandes entrevues

Monsieur Météo

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Les régions de l’Outaouais et de l’Est ontarien revivront-elles en 2018 des inondations aussi dramatiques que le printemps dernier ? C’est fort possible, croit le météorologue Gilles Brien.

« Ces régions ont connu beaucoup de précipitations cette année, dit-il. Ottawa a battu des records de 100 ans en termes de pluie, soit plus de deux mètres depuis le début de l’année. Donc si ça se poursuit cet hiver, avec autant de dépressions et de précipitations, je suis pas mal certain qu’en avril prochain, on va revoir des inondations en Outaouais. Il y a certainement un risque. »

— Et peut-on s’attendre à plus de précipitations que la moyenne cet hiver ?

« Oui. »

On aura été averti...

Gilles Brien, 59 ans, est l’un des rares experts en biométéorologie au Québec. Météorologue à Environnement Canada pendant 33 ans et ex-président de l’Association professionnelle des météorologistes du Québec, il collabore avec plusieurs médias depuis de nombreuses années et il est l’auteur du best-seller « Les baromètres humains : Comment la météo nous influence ».

Les grandes entrevues

Le long chemin de Michel Kasongo

CHRONIQUE / Le directeur général de la Soupe populaire de Hull, Michel Kasongo, ne voit pas son rôle comme un travail, mais bien comme une vocation et une façon de redonner à la société qui l’a si chaleureusement accueilli, il y a neuf ans.

Originaire de la République démocratique du Congo, il a fui son pays natal en 2005 pour se réfugier au Kenya. « J’ai été obligé de quitter mon pays à cause des problèmes politiques là-bas, dit-il. J’ai dû quitter et j’ai pleuré. »

Trois ans plus tard, en novembre 2008, Michel Kasongo a immigré au Canada. À Gatineau, plus précisément. Mais pourquoi Gatineau ?

« Pendant ma conversation avec l’agent d’immigration à l’ambassade du Canada au Kenya, répond-il, je lui ai dit que d’aller vivre dans un endroit où on parle français faciliterait mon intégration. A-t-il tenu compte de ça pour me diriger vers Gatineau ? Possiblement. Alors je suis venu ici. Rien ne m’attendait, j’étais seul et je ne connaissais personne. Mais je suis vite tombé en amour avec Gatineau et ses gens. »

Il a d’abord été accueilli par Accueil-Parrainage Outaouais, où les intervenants l’ont aidé à se trouver son premier appartement. Puis, les intervenants de Carrefour Jeunesse Emploi ont pris la relève pour l’aider à préparer un curriculum vitae et l’accompagner dans sa recherche d’emploi.

« Et en mars 2009, se souvient Michel Kasongo, j’ai décroché mon premier emploi comme animateur communautaire chez Adojeune. Et j’ai été chanceux, puisque la même semaine, on m’a embauché ici, à la Soupe populaire de Hull, toujours comme animateur communautaire. J’avais donc deux emplois. Puis six mois plus tard, en septembre 2009, j’ai obtenu un troisième emploi à la Maison Fraternité, à Ottawa. Et j’y suis toujours à titre d’intervenant social. Mais je suis en congé sabbatique de mon poste là-bas depuis que je suis devenu directeur général de la Soupe, en septembre dernier », ajoute-t-il, lui qui est titulaire d’un baccalauréat en sciences sociales obtenu dans son pays natal.

Ses trois emplois lui ont permis de parrainer l’immigration de son épouse, Thérèse, qui était restée au Congo et qui est venue le rejoindre à Gatineau en 2013. Ils sont aujourd’hui parents de quatre filles.

Le premier hiver

Mais revenons en novembre 2008, à son arrivée au Canada, alors que l’hiver était à nos portes. L’humoriste Boucar Diouf a-t-il un peu raison lorsqu’il dit à la blague que les immigrants venus des pays chauds subissent « un choc thermique » à leur premier hiver au Canada ?

« Ah oui !, répond Michel Kasongo en souriant. Mon premier hiver ici a été très difficile. J’avais eu des informations sur les hivers canadiens, mais c’était de la théorie. Il fallait maintenant le pratiquer. Et ce n’était pas facile. Surtout l’habillement. Comment doit-on s’habiller durant l’hiver ? Je l’ignorais. Mais les Gatinois ont été si gentils avec moi.

«Lorsque, par exemple, j’ai acheté ma toute première paire de bottes d’hiver, je suis arrivé à la caisse et j’avais choisi des bottes de construction. Je croyais que c’était des bottes d’hiver. Alors la caissière m’a demandé : ‘travaillez-vous en construction ?’. Et quand je lui ai répondu ‘non’, elle a vite compris et elle m’a dirigé vers le rayon des vraies bottes d’hiver.

«Et à ma première visite chez Maxi, j’ai croisé un homme qui m’a demandé si je venais d’arriver au Canada. Et quand je lui ai répondu ‘oui’, il a répliqué en me disant : ‘choisis tout ce qu’il te faut dans l’épicerie, je vais payer’. Je n’en croyais pas mes oreilles. Je ne connaissais pas cet homme. Ces gens et plusieurs autres, par leur gentillesse et leur générosité, m’ont tout de suite fait sentir comme si j’étais chez moi ici, comme si je faisais partie de la communauté. Et aujourd’hui, Gatineau est ma ville. Je me sens réellement à la maison. Et c’est à mon tour de redonner à la société.»

***

La Soupe populaire de Hull vit des moments difficiles et serait en mode survie depuis plusieurs mois. Le nombre d’usagers augmente d’année en année, mais le financement stagne. Michel Kasongo croit cependant pouvoir redresser le navire avec l’aide des partenaires, des élus et de la communauté.

«Quand je suis arrivé en 2009, dit-il, on servait de 60 à 70 assiettes par jour au dîner. Aujourd’hui, nous servons en moyenne 220 dîners par jour. Et il faut ajouter à ça la centaine de soupers que nous servons quotidiennement. Et le financement que nous obtenons ne répond pas à cette augmentation d’utilisateurs. La Soupe est devenue un centre de ressources où les gens avec des besoins variés viennent pour obtenir de l’aide. Mais on fait tellement bien notre travail que nous sommes un peu devenus victimes de notre succès. Parce que nous n’avons pas assez de moyens pour répondre à tous ces besoins-là. 

«Nous avons cependant préparé un plan de redressement et on travaille avec nos partenaires pour identifier des pistes de solutions durables. Et actuellement, nous ne sommes plus en mode panique comme nous l’étions il y a quelques mois. Nous sommes en mode solution. Et la réponse de nos partenaires, des élus et de la communauté est très bonne. Et nous sommes confiants que nous serons en mesure de trouver des solutions durables, car la Soupe populaire de Hull a encore son importance dans la communauté. Même plus que jamais», conclut Michel Kasongo.

Les grandes entrevues

La politique dans le sang

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Elle a été technicienne en santé animale pendant plusieurs années dans des cliniques vétérinaires de la région. Elle est retournée aux études en techniques policières. Elle a découvert une passion pour le droit dans le cadre de ses études pour devenir policière et elle est aujourd’hui titulaire d’un baccalauréat en droit de l’Université d’Ottawa et diplômée de l’École du Barreau. Avocate, elle a occupé le poste d’attachée politique du député fédéral du Pontiac, William Amos. Et dimanche dernier, Audrey Bureau, 30 ans, a été élue conseillère municipale du district d’Aylmer, à Gatineau.

Mais malgré son expérience et son impressionnant parcours, les Gatinois la connaissent d’abord et avant tout comme la fille de l’ancien maire de Gatineau, Marc Bureau, et de l’ancienne conseillère municipale de Hull, Christiane Gourde-Bureau.

« Je m’attendais à ce que les gens m’identifient comme la fille de l’ancien maire, dit-elle. Et c’est normal, c’est bien correct. Et au cours des prochaines années, je devrai faire mon nom afin que les gens apprennent à me connaître. Ceci étant dit, ce n’est pas parce que je veux faire mon nom que je ne suis pas fière de ce que mes parents ont accompli et des valeurs qu’ils m’ont transmises. Bien au contraire. »

Audrey Bureau, à l’instar de ses parents, est mordue de politique municipale. Et comme Obélix le Gaulois, elle est « tombée dedans quand elle était petite ».

« Quand j’ai accepté le poste d’attachée politique au fédéral, dit-elle, c’était clair que j’allais poser ma candidature aux élections municipales (de novembre 2017). Dès mon embauche en avril 2016, j’ai averti mes patrons que je quitterais à la prochaine campagne électorale. Et pour moi, ce n’est pas tant la politique qui me passionne, mais bien l’engagement social. Ce n’est pas de faire de la politique, c’est d’aider la communauté. Je suis assez directe, je dis ce que je pense et ce n’est pas une game pour moi. Pour moi, la politique, c’est aider les gens.

“Tout ça vient clairement de la façon dont j’ai été élevée, poursuit-elle. J’avais cinq ou six ans quand ma mère a été élue. Et je me souviens d’avoir travaillé durant sa campagne, d’avoir distribué des dépliants et tout ça. Et je l’accompagnais souvent aux réunions du conseil municipal. Et ensuite, ce que j’aimais quand mon père était maire, c’est que sa secrétaire imprimait son agenda pour la semaine et elle nous en remettait une copie. De cette façon, mes deux sœurs, mon frère et moi pouvions identifier les activités qui nous intéressaient cette semaine-là et on accompagnait notre père à ces activités. J’adorais ça. Et c’était la façon qu’on pouvait passer du temps avec lui parce que mon père travaillait tout le temps. Il était à son bureau à la Maison du citoyen dès 5 h le matin, tous les matins, et il rentrait tard le soir.”

Marc Bureau était certes un bourreau de travail. Mais il a essuyé son lot de critiques durant ses huit années à la mairie de Gatineau. Et Audrey Bureau avoue que c’était parfois très difficile pour la famille d’entendre et de lire certains commentaires émis à l’endroit de son père.

“C’était extrêmement difficile, laisse-t-elle tomber. Tellement que nous nous sommes désabonnés du Droit à un moment donné. Ma mère ne voulait pas qu’on commence nos journées en lisant des choses comme ‘votre père est un cave’ et ‘votre père ne sait pas de quoi il parle’. C’était trop dur pour la famille. Je ne pense pas que ce l’était pour mon père, mais il ne voulait pas nous faire vivre ça. Et c’était la même chose quand il arrivait à la maison le soir, nous n’écoutions pas les nouvelles. Et de toute façon, mon père détestait se voir à la télé et s’entendre à la radio”, ajoute-t-elle en souriant.

Audrey Bureau sera assermentée mardi à titre de conseillère municipale du district d’Aylmer pour succéder à Josée Lacasse, une conseillère qui a été plutôt discrète et effacée durant son seul et unique terme. 

Audrey Bureau sera conseillère indépendante, faut-il souligner, car elle se dit contre la présence de partis politiques au niveau municipal.

“Ce n’est pas nécessaire au municipal, dit-elle. Et dans mon district d’Aylmer, ça ne passe pas, un parti politique. Ça ne passe absolument pas. Je le sais, ça fait un an que je fais du porte à porte, les gens me l’ont dit et j’ai obtenu 77 % des voix.

‘Les gens d’Aylmer attendaient un candidat qui allait démontrer qu’il allait être présent. Et je pense que j’ai répondu à cette crainte que les gens avaient, cette crainte d’élire quelqu’un qui allait les sous-représenter à nouveau. Et je pense que le travail de terrain que j’ai fait pendant un an a rassuré les gens.

— Comptez-vous siéger à la table du conseil municipal pendant plus d’un mandat ?

‘Si les électeurs de mon quartier le veulent, oui.’

— Puis ensuite, la mairie ?

‘Je me remets à peine de mon élection. Une chose à la fois !’, conclut-elle d’un éclat de rire.

Les grandes entrevues

L’avocat du peuple

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Lawrence Greenspon, 63 ans, est l’un des avocats les plus connus et réputés à Ottawa et au pays, lui qui a été au cœur d’innombrables procès hautement médiatisés au cours de sa carrière de 37 ans.

C’est vers lui que s’est tournée la famille d’Abdirahman Abdi pour obtenir justice. 

M. Abdi est cet homme de 37 ans souffrant de problèmes de santé mentale qui a perdu la vie à la suite d’un affrontement avec deux agents du Service de police d’Ottawa (SPO) en juillet 2016. 

Lawrence Greenspon a défendu en justice le sénateur Mike Duffy. Et il a récemment défendu Roxanne Carr, une résidente d’Ottawa brutalisée par des agents du SPO en 2008. Il a gagné cette cause et Mme Carr recevra une indemnité d’approximativement 500 000 $. 

Ce ne sont que quelques causes qui ont récemment défrayé les manchettes et dans lesquelles était impliqué cet avocat originaire de Laval.

« Lawrence Greenspon est celui qui se lèvera pour défendre monsieur et madame Tout-le-Monde contre les institutions, les gouvernements, les compagnies d’assurance et les multinationales », peut-on lire dans sa biographie mise en ligne par sa firme d’avocats Greenspon, Brown & Associates.

« C’est mon père qui m’a transmis ces valeurs, dit-il. En fait, j’ai eu deux pères. Mon père biologique, qui était homme d’affaires. Puis mon beau-père, celui avec lequel ma mère s’est remariée et avec lequel j’ai grandi. Il était un survivant d’Auschwitz, de l’Holocauste. Il a été emmené au camp de concentration à l’âge de 14 ans, et il a été libéré par les Américains à l’âge de 18 ans. Il pesait 60 livres lorsqu’il a été libéré. Sa sœur et ses parents ont été tués à Auschwitz.

«C’est lui qui m’a transmis les valeurs fondamentales de la vie. Il me disait : «si tu veux lever le nez sur les gens, grimpe sur une chaise. Mais n’abaisse jamais personne». C’est mon beau-père qui m’a enseigné à me lever pour défendre la veuve et l’orphelin.»

Philanthrope, Lawrence Greespon n’hésite jamais à s’impliquer pour une bonne cause, pour changer le monde. La liste d’organismes et d’œuvres de bienfaisance qu’il a appuyés et représentés au cours des 37 dernières années est exhaustive. Et il y a deux ans, il a accepté de présider la campagne de financement «Pour toi mon cœur» de la Fondation de l’Hôpital Montfort dont l’objectif était d’amasser 2,5 millions $ pour l’achat d’un tomodensitomètre qui permet de déceler rapidement la plupart des maladies et des troubles cardiaques les plus graves.

«J’avoue que ça m’a surpris lorsque Montfort m’a demandé de présider cette campagne, dit-il. C’est peut-être parce que plusieurs dans la communauté pensent que Montfort est un hôpital uniquement francophone alors que 51 % des patients de cet hôpital ne sont pas francophones. Donc j’imagine qu’on cherchait un francophile bilingue connu dans les communautés anglophone et francophone pour présider cette campagne. Et j’ai dit «oui» tout de suite. Je suis souvent venu à Montfort pour visiter des gens, dont mon bon ami (feu) Mauril Bélanger quand il était aux soins intensifs. J’ai passé plusieurs jours à Montfort avec Mauril et j’ai vu le professionnalisme incroyable du personnel de l’hôpital. Donc de participer à une campagne à Montfort qui vise à sauver des vies, j’ai tout de suite embarqué.

«Mais j’ai un ami qui a parfaitement résumé la situation. Je tenais une campagne de financement pour Montfort dans la communauté italienne, il y a quelques semaines, et mon ami m’a dit : «je pense qu’il y a juste à Ottawa où tu peux avoir un juif qui organise un événement dans la communauté italienne pour amasser des fonds pour un hôpital francophone et catholique». Il avait tout compris !, ajoute-t-il en s’esclaffant.

— Vous qui côtoyez les deux communautés (francophone et anglophone) d’Ottawa, Me Greenspon, croyez-vous que la Ville d’Ottawa devrait être officiellement bilingue ?

— Absolument ! J’ai rencontré les gens du mouvement pour une capitale bilingue et je leur ai dit de m’appeler si je peux aider d’une façon ou d’une autre dans cette cause. D’ailleurs, je croise souvent Jim Watson (le maire d’Ottawa), on se connaît bien lui et moi, et je devrai lui en parler. Je ne sais pas pourquoi il s’oppose au bilinguisme officiel pour la capitale du pays. Ça ne coûterait pas plus d’argent, c’est quoi le problème ?

— Et la question qui tue, Me Greenspon, vous qui êtes de la région de Montréal. Les Canadiens ou les Sénateurs ? (Rires)

— Mon beau-père était Européen, originaire de la Pologne. Quand j’avais six ans, je lui ai dit que je ne voulais pas être comme tous mes camarades de classe qui étaient partisans du Canadien. Alors il m’a dit qu’il y avait un très bon joueur européen du nom de Stan Mikita chez les Blackhawks de Chicago. Alors je suis devenu partisan des Blackhawks, et je le suis toujours. Mais je suis aussi un très grand partisan des Sens.»