Environ 800 000 jeunes immigrants sans statut de résidence - surtout des Mexicains - ont actuellement l'autorisation de travailler aux États-Unis et sont protégés contre la déportation, en vertu du programme «Deferred Action for Childhood Arrivals» (DACA), mis en place il y a cinq ans par le président Barack Obama.

Les «dreamers» américains seront-ils tentés par le Canada?

Les observateurs se demandent si on assistera à un nouvel afflux de demandeurs d'asile à la frontière canadienne après la décision du président américain Donald Trump d'abolir le programme qui protège de la déportation les jeunes migrants arrivés illégalement aux États-Unis lorsqu'ils étaient encore enfants.
Ce nouvel afflux pourrait exercer une pression importante sur un système déjà très sollicité, mais aussi exacerber un certain ressentiment populaire contre les nouveaux venus, craignent certains analystes.
Environ 800 000 jeunes immigrants sans statut de résidence - surtout des Mexicains - ont actuellement l'autorisation de travailler aux États-Unis et sont protégés contre la déportation, en vertu du programme «Deferred Action for Childhood Arrivals» (DACA), mis en place il y a cinq ans par le président Barack Obama. Le Congrès dispose maintenant de six mois pour trouver une solution législative à la décision du président Trump.
Même si une partie seulement de ces «dreamers» décidaient de venir tenter leur chance au Canada, leur nombre serait tout de même suffisant pour exercer une nouvelle pression sur le système de demandes de statut de réfugié.
Les plus jeunes Mexicains présentement aux États-Unis - ceux qui n'ont pas terminé leurs études ou qui ne possèdent pas une solide expérience de travail - auraient peu de chances d'être admis comme immigrants au Canada. Ils seraient alors tentés de demander le statut de réfugié, comme l'ont fait plusieurs Haïtiens récemment, un mécanisme qui peut prendre des années.
Guidy Mamann, un avocat en immigration de Toronto, soutient qu'il a déjà reçu des demandes d'information en provenance des États-Unis. D'autres observateurs, comme la professeure Michèle Vatz-Laaroussi, spécialisée en immigration à l'Université de Sherbrooke, ne croient pas à un nouvel afflux, d'abord parce qu'il serait difficile pour ces Mexicains de demander l'asile au Canada et de voir leur demande acceptée.
Un système pour accueillir les «dreamers» ?
Martha Batiz, écrivaine et intellectuelle canado-mexicaine, estime quant à elle que le Canada devrait mettre en place un système pour accueillir rapidement ces «dreamers», dont plusieurs sont déjà parfaitement adaptés à la culture nord-américaine et parlent couramment anglais et espagnol. Sans quoi le Canada, croit-elle, pourrait se retrouver avec un nouvel afflux de migrants qui passent la frontière de façon irrégulière pour demander l'asile.
Le ministre fédéral de l'Immigration, Ahmed Hussen, refuse de spéculer sur la possibilité d'un nouvel afflux de migrants à la frontière canado-américaine, mais assure que le gouvernement surveille la situation de près.
«Toute personne qui veut venir au Canada doit s'assurer qu'elle se qualifie pour l'un des programmes d'immigration, a-t-il expliqué. Nous ne sommes pas ouverts à créer un programme spécial pour divers groupes de personnes.»
Le ministre pourrait toutefois décider de lever certaines des exigences requises pour les demandes d'immigration. C'est ce qu'a suggéré la sénatrice indépendante Ratna Omidvar dans une lettre ouverte publiée dans le «Globe and Mail» jeudi, dans laquelle elle demande au gouvernement canadien d'aider les «dreamers».
«Oui, nous avons la capacité de réagir à certains événements, mais dans ce cas particulier, je ne vais pas spéculer là-dessus», a répété M. Hussen.
«Nous surveillons la situation dans plusieurs pays et l'impact que ça pourrait avoir sur notre système d'immigration pour pouvoir réagir en conséquence», s'est-il contenté de dire.
Bon des demandes d'asile
Le nombre de demandes d'asile présentées par des Mexicains a bondi cette année, selon les données de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié. En 2016, par exemple, 242 Mexicains avaient demandé le statut de réfugié; au cours des sept premiers mois de 2017 seulement, ce nombre atteignait 660.
Une partie de cette augmentation serait attribuable à la décision d'Ottawa, en décembre, de lever l'obligation de visas pour les voyageurs mexicains. La Commission ne tient pas de statistiques pour déterminer si ces demandeurs mexicains provenaient des États-Unis. On sait par contre que pour chaque Mexicain accepté comme réfugié, six autres sont refusés.
Le terme «dreamers» («rêveurs», en français) provient du nom d'un précédent projet de loi visant à accorder un statut légal aux jeunes migrants sans papiers vivant aux États-Unis, mais qui n'a jamais été approuvé par le Congrès américain.
Le programme DACA protège de la déportation ces jeunes ayant passé l'essentiel de leur vie aux États-Unis mais n'ayant pas de statut légal, en leur accordant un sursis de deux ans - qui peut être prolongé -, un permis de travail et un numéro d'assurance sociale. Les bénéficiaires ne doivent pas avoir d'antécédent criminel, doivent prouver qu'ils ont été amenés aux États-Unis avant l'âge de 16 ans, et devaient être âgés de moins de 31 ans lorsque le programme a été créé, en 2012, mais d'au moins 15 ans au moment de leur inscription.
Le DACA n'accorde pas aux bénéficiaires la résidence légale aux États-Unis: les inscrits obtiennent un sursis temporaire de leur déportation et un permis de travail temporaire.