Un chercheur en sociologie avance que la CCN a accordé des traitements de faveur à répétition aux propriétaires de ses terrains autour des lacs Meech (sur la photo) et Kingsmere.
Un chercheur en sociologie avance que la CCN a accordé des traitements de faveur à répétition aux propriétaires de ses terrains autour des lacs Meech (sur la photo) et Kingsmere.

Les désaccords du lac Meech

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
Les résidents, plus importants que les usagers : un chercheur en sociologie avance que la Commission de la capitale nationale (CCN) a accordé des traitements de faveur à répétition aux propriétaires de terrains autour des lacs Meech et Kingsmere. Et la récente fermeture des plages du lac Meech la nuit ne serait que le nouveau chapitre d’une longue saga.

Michael Lait est sociologue et chercheur postdoctoral à la Vancouver Island University. Sa thèse de doctorat sur les conflits territoriaux dans le parc de la Gatineau parvient à plusieurs conclusions, dont celle que « depuis les années 90, la relation entre la CCN et les associations de résidents de Kingsmere et Meech s’est beaucoup améliorée et qu’ils sont maintenant très coopératifs. »

Au fil du temps, les propriétaires ont « beaucoup » été inclus dans les processus de planification, continue le chercheur. En 1990, la CCN avait un plan d’acquisition des terrains. Aujourd’hui, la société d'État fait ses plans autour des enclaves résidentielles existantes — quoique depuis 2008, elle est sur le marché pour acheter des terrains privés. « La CCN accepte tranquillement l’idée que ces résidences seront là pour des centaines d’années, soulève M. Lait. Ils n’ont plus de plan. Leurs intentions ne sont plus claires. »

À LIRE AUSSI: «Aussi protégé que le Festival des tulipes»

« Beaucoup de gens diraient que c’est un bon exemple d’un gouvernement qui écoute ses citoyens », ajoute-t-il. Le hic : le parc de la Gatineau est le seul parc national au Canada dont le territoire est à la fois public et privé. « J’ai fait des recherches sur d’autres aires protégées et il n’y a aucun autre exemple d’une telle coopération entre une association et les gestionnaires d’un parc. Habituellement, on veut acheter les terrains, et on traite les résidents comme s’ils étaient là temporairement. » 

Un exemple plus récent : en 2017, dans un document interne, la CCN déterminait qu’environ 60 structures privées — abris à bateaux, quais, escaliers… – empiétaient sur et autour du lac Meech, en faisant entorse au règlement. La CCN a opté pour une approche tolérante.

« C’est un parc fédéral. Pour faire quelque chose sur le territoire, normalement, il faut beaucoup de dialogue et de négociation, déplore M. Lait. Je n’ai jamais vu un résident du lac Meech se faire demander de ranger son bateau ou son quai. » 

Pour Michael Lait, la fermeture des plages de 21 h à 7 h s’inscrit clairement dans la même logique de favoritisme. « Ils ont dit aux nageurs qu’ils allaient limiter leur usage du lac. Mais avec les résidents, ils les ont laissés l’utiliser comme ils le voulaient. Toutes les preuves montrent que la CCN donne des traitements de faveur aux résidents par rapport aux usagers. » 

Michael Lait transforme actuellement sa thèse de doctorat en livre. Intitulé Governance of Near-urban Conservation Areas: Lessons from the conflicts surrounding Gatineau Park near Ottawa, Canada, l’ouvrage paraîtra début 2021.