Les Congolais dénoncent le "silence complice" d'Ottawa

François Pierre Dufault
François Pierre Dufault
Le Droit
Les Canadiens d'origine congolaise en ont assez, disent-ils, du "silence complice" d'Ottawa quant au conflit armé et à la crise humanitaire qui ravagent leur pays depuis plus d'une décennie, et qui aurait déjà coûté la vie à plus de 5 millions de militaires et de civils.
Samedi, ils étaient près d'une soixantaine à manifester sur la Colline parlementaire et ensuite à défiler devant des ambassades au centre-ville d'Ottawa dans le but, ont-ils scandé, de dénoncer l'inaction de la communauté internationale à l'endroit de la République Démocratique du Congo (RDC).
"Ça fait des années que le Congo demande à la communauté internationale d'intervenir, mais personne ne semble réagir", a déclaré Josué Bambi, un étudiant congolais à l'Université d'Ottawa qui participait à la manifestation. L'ONU maintient certes une présence militaire au sein de cette ancienne colonie belge - dans le cadre de la Mission des Nations unis pour le Congo (MONUC) - mais, note-t-il, les violences continuent et la crise humanitaire sévit.
Plus de 250 000 personnes sont sur les routes depuis le lancement de la plus récente offensive des forces rebelles de Laurent Nkunda contre l'armée congolaise, fin août. Les rebelles tutsis - que Kinshasa croit soutenus par le Rwanda - se sont depuis emparés de vastes régions de l'est de la RDC. Après un cessez-le-feu d'une dizaine de jours, les combats ont repris vendredi dans la région du Nord-Kivu.
"Le Rwanda est utilisé par les multinationales pour accéder à notre richesse naturelle", dénonce M. Bambi. Et, soutient-il, ce serait précisément pour conserver leur accès à ces richesses naturelles - principalement des gisements miniers - que les pays industrialisés feraient la sourde oreille aux appels à l'aide de la RDC.
M. Bambi parle d'un véritable génocide du peuple congolais, six fois plus meurtrier que celui qu'a connu le Rwanda en 1994. Les combats entre l'armée de Kinshasa et les forces rebelles tutsis auraient déjà décimé le plus populeux des pays francophones d'un peu plus de 12 % de sa population.
Samedi, des manifestations ont eu lieu simultanément à Québec, Sherbrooke, Montréal, Winnipeg, Edmonton et Vancouver. La diaspora congolaise au Canada constitue la deuxième plus importante communauté noire au pays.