Aymen Derbali, resté paralysé de la taille aux pieds après la tuerie de la Grande Mosquée, il y a deux ans, se trouve désormais dans un état moins difficile à supporter. Il se dit reconnaissant de pouvoir voir ses trois enfants grandir.

Les blessés de la Grande Mosquée de Québec regardent l’avenir avec plus d’espoir

Près de deux ans après avoir été atteint par sept balles dans la plus grande mosquée de la ville de Québec, Aymen Derbali affirme que ses cauchemars ont finalement cessé.

L’homme âgé de 42 ans se trouvait parmi 50 fidèles prenant part à des prières le soir lorsque le tireur a ouvert le feu le 29 janvier 2017, tuant six personnes et en blessant plusieurs autres.

M. Derbali est resté paralysé de la taille aux pieds et utilise un fauteuil roulant pour se déplacer.

Après une longue et douloureuse récupération, M. Derbali affirme qu’il se trouve désormais dans un état moins difficile à supporter.

L’été dernier, il a pu quitter le centre de réadaptation où il résidait depuis la fusillade pour s’installer dans une nouvelle maison accessible en fauteuil roulant, achetée pour lui après une campagne de collecte de fonds qui a permis d’amasser plus de 400 000 $.

Alors que ses propres projets d’avenir demeurent incertains, il a exprimé sa gratitude pour le soutien qu’il a reçu, et s’est dit reconnaissant de pouvoir voir ses trois enfants grandir.

«Mon avenir est pour eux maintenant», a-t-il déclaré récemment en entrevue.

Les tirs au Centre culturel islamique de Québec ont coûté la vie à six hommes: Mamadou Tanou Barry, 42 ans, Abdelkrim Hassane, 41 ans, Khaled Belkacemi, 60 ans, Aboubaker Thabti, 44 ans, Azzeddine Soufiane, 57 ans et Ibrahima Barry, 39 ans.

Alexandre Bissonnette a plaidé coupable à six chefs de meurtre au premier degré et à six chefs de tentative de meurtre en mars dernier.

Lent processus

Pour Said Akjour, touché à l’épaule, le processus de récupération a été lent.

Il se souvient de tout: s’être accroupi dans une alcôve avec ses «frères», avoir vu M. Derbali être atteint par balles, la balle qui l’a atteint lui-même à l’épaule gauche «comme une flèche» et la peur dans les yeux des agents de police qui ont répondu à l’appel.

«Il y avait beaucoup de balles et cela a semblé durer une éternité, même s’il s’agit en fait que de deux minutes», a-t-il confié.

M. Akjour a dû suivre un an de physiothérapie et son bras le dérange encore parfois, alors qu’il effectue des tâches physiques dans l’établissement de soins pour personnes âgées où il est retourné au travail à temps partiel.

Il a également lutté contre des sentiments de honte, d’impuissance et de culpabilité, se demandant notamment pourquoi il n’avait pas pu en faire plus pour ses «frères» morts dans la fusillade.

M. Akjour, âgé de 46 ans, a indiqué que son rétablissement avait été facilité par la rédaction de poèmes arabes et par la solidarité qu’il a ressentie de la part de ses collègues, de sa famille et du public.

Déménager en Ontario

Il a brièvement envisagé de déménager en Ontario, mais a décidé de rester au Québec, en partie parce qu’il se sent une responsabilité de parler de ce qui s’est passé. «Dans 10 ans, des enfants de victimes viendront-ils me demander comment leur père est décédé?», a-t-il évoqué.

Mohamed Yangui, un ancien président de la mosquée, s’inquiète du message que la société plus vaste envoie aux musulmans.

Il se sent déçu par le plan du nouveau gouvernement provincial visant à interdire le port de signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité, une mesure qui, selon lui, vise les femmes musulmanes. Et il se dit aussi troublé par la montée de sentiments d’extrême-droite et anti-immigration.

«Nous n’avons pas encore trouvé le moyen de rapprocher les personnes qui vivent ici depuis 20 ans avec celles qui y vivent depuis 50 ans ou deux siècles», a-t-il déclaré.

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LES INCIDENTS HAINEUX EN BAISSE DEUX ANS APRÈS L'ATTENTAT

Trois fois moins d’événements haineux ont été rapportés à la police de Québec en 2018 par rapport à l’année précédente, un renversement de tendance, puisque leur nombre avait bondi dans la foulée de l’attentat à la Grande Mosquée.

Le nombre de signalements pour des incidents haineux était passé de 58 en 2016 à 79 en 2017. La situation s’est toutefois calmée en 2018 avec 27 événements haineux rapportés à la police de la Vieille Capitale.

Les années 2016 et 2017 avaient été particulièrement éprouvantes pour la communauté musulmane de la capitale. En juin 2016, une tête de porc avait été trouvée devant l’entrée de la Grande Mosquée, dans l’arrondissement de Sainte-Foy. Puis, des mois après l’attentat, en août 2017, un incendie criminel avait ravagé la voiture de l’ancien président du Centre culturel islamique de Québec. Des excréments avaient été lancés sur la mosquée quelques jours après cet incendie.

Des commémorations souligneront mardi, 29 janvier, le triste deuxième anniversaire de l’attentat. Elles auront lieu à l’atrium du pavillon Desjardins de l’Université Laval.