Les Québécois surestiment largement l'impact que peuvent avoir de nombreux gestes individuels pour lutter contre les changements climatiques

Les ainés affirment être plus écoresponsables que les jeunes

Les ainés affirment en faire davantage que les jeunes pour le climat, les femmes ayant des enfants sont plus susceptibles de se préoccuper de la crise climatique alors que les citoyens de la région de Québec sont plus nombreux à considérer qu'il est «inutile d'agir».

Ce sont quelques conclusions issues du «baromètre climatique», conçu par le média Unpointcinq et des chercheurs de l'université Laval. L'enquête démontre également qu'une majorité de Québécois surestime largement l'impact que peuvent avoir de nombreux gestes individuels pour lutter contre les changements climatiques.

Le «baromètre climatique», basé sur un sondage mené par la firme Léger, déboulonne quelques mythes.

Par exemple, 92 % des Québécois âgés de 60 et 69 ans affirment poser des gestes quotidiens pour lutter contre les changements climatiques contre 74 % des 18-24 ans.

De façon plus détaillée, 95 % des ainés disent recycler contre 80 % des 18-29 ans, 85 % des 60- 69 ans soutiennent qu'ils réduisent leur gaspillage alimentaire contre 75 % pour les plus jeunes. Cette tendance en faveur des ainés s'observe également en ce qui concerne l'utilisation des produits réutilisables plutôt que jetables, la réduction de la consommation d'énergie et la consommation de produits locaux.

«Notre enquête montre que les jeunes vont ressentir davantage que les autres des sentiments négatifs comme de la peur et de l'impuissance, mais lorsqu'on regarde quelles sont les générations qui passent réellement à l'action, ce sont les 55 ans et plus qui affirment poser des gestes pour vrai», a déclaré la chercheuse postdoctorale en communication environnementale, Valériane Champagne St-Arnaud, qui a participé à l'élaboration de l'enquête.

Un «D» pour la compréhension

Selon le «baromètre climatique», 96 % des Québécois ont un niveau de compréhension «moyen» de l'impact climatique des gestes du quotidien et une majorité surestime l'impact de nombreux gestes individuels sur le climat.

«Si on devait leur donner une note pour évaluer leur compréhension de l'impact de leurs gestes, la majorité des Québécois obtiendraient un D. Les gestes sont globalement surévalués, et leur impact sur le climat confondu avec leur impact sur l'environnement» précise le rapport.

«Par exemple, ils vont penser que de jeter des mégots de cigarettes par terre, gaspiller de l'eau ou changer régulièrement de téléphone cellulaire sont des gestes qui ont un fort impact sur le climat», a ajouté Valériane Champagne St-Arnaud.

La chercheuse a indiqué que les gestes qui ont le plus d'impact dans la lutte au changement climatique ne sont pas ceux qui sont adoptés par la majorité.

«Composter, manger moins de viande, réduire les déplacements en voiture et l'utilisation de l'avion sont vraiment les gestes qui font la différence, mais ils ne sont pas adoptés par la majorité des gens».

«Les détachés» plus nombreux à Québec

À partir des données du sondage, les chercheurs ont segmenté la population en cinq grands profils.

«Les décidés» qui sont fortement préoccupés par les enjeux climatiques et qui représentent 23 % des répondants.

«Les consciencieux», qui représentent 21 %, sont motivés à faire leur part et sont sûrs qu'il y aura des solutions, mais ils ressentent un peu moins l'urgence que les décidés.

«Les inquiets», surtout des femmes, affirment majoritairement ne pas savoir personnellement quoi faire pour lutter contre les changements climatiques et ressentent de l'impuissance. Ils forment 19 % des répondants.

Il y a ensuite «les réciproques», majoritairement sans enfants, qui estiment qu'il est plutôt facile d'agir contre les changements climatiques, et qui, en grande majorité, n'ont pas peur. Leur groupe représente 21 % des répondants.

Et finalement, ceux qui se préoccupent le moins des changements climatiques, «les détachés», correspondent à 14 % des répondants. «Les détachés» sont à 67 % des hommes, majoritairement sans enfants. Ils sont nombreux à avoir un faible niveau de compréhension de ce qui contribue aux changements climatiques et ils sont plus nombreux que les autres à considérer qu'il est inutile d'agir au Québec, «car d'autres pays émettent plus de GES». Les citoyens de la région de Québec, qui représentent 10 % des répondants, sont surreprésentés dans cette catégorie alors qu'ils forment 16 % des «détachés».

«Les données que l'on dispose ne permettent pas encore d'expliquer pour quelles raisons les gens de la région de Québec sont surreprésentés. Mais ça viendra, on va faire des groupes de discussions avec tous les groupes pour mieux comprendre» a expliqué la chercheuse postdoctorale Valériane Champagne St-Arnaud.

Plusieurs obstacles

Selon 74 % des répondants, il y a urgence d'agir pour le climat et selon 92 % des citoyens questionnés, il n'est pas trop tard pour passer à l'action.

Toutefois, même si les Québécois sont majoritaires à vouloir s'impliquer dans la lutte contre les changements climatiques (86 %), les chercheurs ont constaté que «sept de leurs croyances et attitudes constituent des obstacles».

Ces obstacles sont, en ordre d'importance, le manque de connaissances quant à l'impact climatique de leurs actions au quotidien, la faible pression sociale incitant aux changements de comportement, la croyance de ne pas être personnellement affectés par les changements climatiques, l'absence de plaisir à réduire son impact écologique, la perception que les solutions ne sont pas entièrement sous leur contrôle et l'attribution de la responsabilité à d'autres que soi.

Un potentiel biais d'optimisme constitue également un obstacle, par exemple, le trois quarts des Québécois sondés estiment qu'il est urgent d'agir, mais la même proportion de personnes affirme ne pas ressentir de peur.

«Ils peuvent traduire une vision un peu trop optimiste selon laquelle les conséquences des changements climatiques seront moins catastrophiques que celles annoncées ou que l'enjeu sera résolu par d'autres acteurs plus impliqués ou ayant un impact plus grand» est-il souligné dans l'étude.

Des attentes élevées à l'égard des entreprises

L'enquête rapporte que 83% des répondants estiment que les entreprises industrielles devraient en faire plus dans la lutte aux changements climatiques alors que 76% croient que le gouvernement fédéral devrait en faire davantage.

De plus, 75% des répondants soutiennent que le gouvernement provincial n'en fait pas suffisamment et 63% ont des attentes plus élevées envers les municipalités.

Les résultats du rapport sont issus d'un sondage web réalisé auprès de 2006 adultes québécois et mené par la firme de sondage Léger du 19 au 26 septembre 2019.

Unpointcinq et l'équipe de recherche de l'université Laval ont précisé que les données ont été pondérées de manière à les rapprocher de celles d'un échantillon représentatif de la population réelle du Québec, et ce, en fonction de l'âge, du genre, de la région, de la langue maternelle, de la scolarité ainsi que de la présence d'enfants au sein du ménage.