Yves Bolduc
Yves Bolduc

L'élection provinciale ne réglera pas tous les problèmes

Caroline Barrière
Caroline Barrière
Le Droit
L'élection d'un gouvernement libéral majoritaire ne réglera pas tous les problèmes liés à la santé dans la région, croient deux professeurs de l'Université du Québec en Outaouais (UQO).
La pénurie de personnel et la situation frontalière avec l'Ontario demeurent des obstacles de taille.
Selon Dominic Foisy, professeur au département de travail social à l'UQO, il sera difficile de constater des changements, puisque le gouvernement conserve la même logique visant la mise en place des centres de santé et de services sociaux (CSSS) qui constituent une autre façon de gérer, tout en espérant en arriver à des économies d'échelle.
« Cette mise en place n'est toujours pas complétée, notamment en ce qui a trait à l'organisation des services et à l'élaboration des réseaux locaux de services. Il n'y a pas de nouvelles stratégies et donc pas de transformation dans l'accès aux soins de santé à court terme. »
Il note toutefois que la mise en place du Campus santé Outaouais, qui mise sur la formation de futurs médecins, constitue le meilleur moyen pour attirer ici de nouveaux médecins.
Lors de son passage en Outaouais pendant la campagne électorale, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, avait vanté les mérites du statut particulier. L'initiative comprend diverses mesures dont des projets d'infrastructures ainsi que des primes et avantages pour faciliter le recrutement et conserver le personnel en place afin de l'inciter à demeurer du côté québécois de la rivière des Outaouais. Toutefois, le ministre Bolduc avait précisé qu'il n'était pas prêt à bonifier le statut qui avait été octroyé par son prédécesseur, Philippe Couillard, alléguant que 18 mois n'étaient pas suffisants pour mesurer son impact.
Mélanie Bourque, professeure en sciences administratives à l'UQO, s'intéresse à la question de la privatisation des soins de santé. Elle croit que la Loi 33, votée tout juste avant le départ de Philippe Couillard, ouvre clairement la porte du système de santé au privé, bien au-delà des chirurgies de la hanche, de la cataracte et du genou. « Il sera très facile d'amender la loi afin d'y ajouter de nouveaux services. C'est le danger que je vois pour la région. Les médecins qui vont choisir le privé vont quitter la pratique publique, ce qui accentuera encore davantage les problèmes d'accessibilité. »
Elle ajoute que l'amélioration des conditions de travail des infirmières est une question qui a été soulevée pendant la campagne. Mais, malgré toute la bonne volonté de l'État québécois, elle rappelle que les conditions en Ontario demeurent supérieures à toutes celles qui peuvent être proposées aux infirmières du Québec.
Mélanie Bourque croit également que le ministre Bolduc semble vouloir s'attaquer à la gestion même des établissements de santé. Il a parlé de la méthode Toyota, « une méthode éprouvée au niveau de la fonctionnalité et de la performance » où les employés sont mis à contribution pour trouver des idées.
Dominic Foisy estime qu'il faudra vérifier, au cours des prochains mois, quelle sera la réponse du gouvernement Charest à la crise financière. « Va-t-il accepter les déficits ou bien décider de couper en réduisant les dépenses en santé. C'est à ce moment que nous verrons les effets de cette crise sur les finances publiques. »