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Soeur Marie-du-Bon-Pasteur accompagnée de la statuette de Notre-Dame-de-Foy et du calice du père Mangin.
Soeur Marie-du-Bon-Pasteur accompagnée de la statuette de Notre-Dame-de-Foy et du calice du père Mangin.

Le trésor patrimonial des Servantes de Jésus-Marie

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
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L’histoire commence en 1609, à Foy, en Belgique, au pied d’un énorme chêne. C’est celle d’une petite statuette de bois, toute simple, représentant la Vierge Marie portant l’Enfant-Jésus sur son bras gauche. Les détails de son voyage imprévu à travers le temps et l’histoire se transmettent depuis 125 ans parmi les Servantes de Jésus-Marie, mais ne sont connus que de très peu de gens à l’extérieur des murs de leur monastère.

La congrégation a accepté de lever le voile sur la véritable histoire de cet objet lors d’un entretien avec Le Droit, quelques jours avant Noël. Très peu de ces statuettes authentiques de Notre-Dame-de-Foy existent encore aujourd’hui. La seule autre qu’il nous a été possible de retracer aurait été apportée au Canada en 1680 par le jésuite missionnaire Pierre Chaumonot pour l’aider dans son devoir d’évangéliser les Hurons. Elle est aujourd’hui conservée à l’église Notre-Dame-de-Lorette, à Wendake, près de Québec.

La statuette de Notre-Dame-de-Foy que conservent précieusement les Servantes de Jésus-Marie sous une cloche de verre a connu un parcours différent, mais tout aussi unique que celle du jésuite Chaumonot. « Celle que nous avons se transmettait depuis déjà longtemps dans la famille de notre fondateur, l’abbé Alexis-Louis Mangin, raconte la Mère servante générale de la congrégation, Sœur Marie-du-Bon-Pasteur. Il l’a reçue de son père avant son départ de la France pour le Canada en 1885. C’est un objet très rare qui a une très grande valeur spirituelle pour nous. »

La datation de la statuette faite par la Ville de Gatineau tourne autour de 1780, mais il se pourrait bien qu’elle soit encore plus ancienne. Dans ses journaux personnels, l’abbé Mangin explique comment elle a pu sauver d’une mort certaine sa famille et plusieurs prêtres catholiques pendant la Révolution française.

« Cette statue de Notre-Dame-de-Foy est miraculeuse et a opéré de nombreux prodiges, a écrit le père Mangin. En 1793, pendant la grande révolution, elle a protégé ma famille et la maison de mon grand-père, alors qu’il ne craignait pas de s’exposer journellement au péril de mort, cachant des prêtres poursuivis et en faisant célébrer la sainte Messe, de nuit, dans sa cave ou dans son grenier ; et cela au milieu d’une ville très agitée par les idées révolutionnaires et sous la surveillance continuelle des délateurs et des soldats de la Révolution. »


« À la découverte de cette statue, les miracles se sont multipliés. »
Sœur Marie-du-Bon-Pasteur

Sculptée dans le miracle

La valeur spirituelle de la statuette de Notre-Dame-de-Foy que conservent les Servantes de Jésus-Marie lui vient d’abord de l’arbre dans lequel elle a été sculptée, probablement par un jésuite quelque part entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. Une première statuette de pierre de la Vierge Marie tenant l’Enfant-Jésus a été découverte en 1609 sur la route de Dinant, à Foy, en Belgique. Un charpentier l’a trouvée enchâssée dans le tronc d’un énorme chêne de huit pieds de diamètre. Aussi figée dans l’arbre, à ses côtés, il y avait une longue tresse de cheveux de femme. [D’après plusieurs documents, ces éléments auraient pu avoir été déposés à cet endroit 200 ans auparavant.]

« À la découverte de cette statue, les miracles se sont multipliés et Foy est devenue un lieu de pèlerinage, explique Sœur Marie-du-Bon-Pasteur. Les jésuites ont par la suite commencé à sculpter des répliques de la statuette à même le chêne dans lequel elle avait été trouvée. Notre statuette est authentique et provient de ce chêne. »

La statuette de Notre-Dame-de-Foy aurait des vertus protectrices contre les incendies, mentionne la religieuse. « Elle nous a aidées à quelques reprises à lutter contre des débuts d’incendies », dit-elle. L’histoire des Servantes de Jésus-Marie raconte que l’abbé Mangin a invoqué Notre-Dame-de-Foy une première fois, au début de la congrégation, pour mettre fin à un incendie qui prenait de l’ampleur rapidement dans le toit du premier petit couvent, à Masson. Un seul seau d’eau lancé par le père Mangin aurait permis de complètement maîtriser l’incendie. Un autre incendie qui avait pris dans la sacristie, au monastère de la rue Laurier, en 1905, aurait aussi été éteint avec un seul seau d’eau.

La statuette de Notre-Dame-de-Foy

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LA FAMEUSE POUDRE DE L'ABBÉ MANGIN

Lors de son décès des suites de la grippe espagnole, en février 1920, l’abbé Alexis-Louis Mangin a légué tout ce qu’il possédait à la congrégation des Servantes de Jésus-Marie qu’il avait fondée 25 ans plus tôt. Ébéniste de talent, il a laissé derrière lui quantité de meubles de grande qualité que les religieuses utilisent toujours aujourd’hui. Le Père Mangin avait aussi un intérêt affirmé pour la science et les sœurs ont hérité de tout un cabinet des curiosités.

En levant le voile sur le trésor patrimonial qu’elles conservent, les Servantes de Jésus-Marie permettent à la population d’apprécier une facette de leur fondateur qui commençait à se perdre dans l’oubli. Elles offrent du même coup un regard sur certaines avancées technologiques du tournant du XXe siècle. 

Avant de s’embarquer pour le Canada et de répondre à l’appel de la colonisation lancé par le « Roi du Nord », le célèbre curé de Saint-Jérôme, Antoine Labelle, le père Alexis-Louis Mangin enseignait la science au collègue de Metz, en France. « Il avait une grande intelligence et il était très curieux et avide de connaissances, explique Sœur Marie-du-Bon-Pasteur, Mère servante générale de la congrégation. Il tentait par plusieurs moyens d’améliorer le sort de la communauté. Il a mis à contribution ses talents d’inventeur et de chercheur pour rendre la vie plus facile aux gens et notre congrégation en a beaucoup profité. »


« Il avait inventé une poudre, un médicament, qui aidait à combattre la grippe, les rhumes et les infections pulmonaires. [...] Tous les pharmaciens de Hull et Ottawa en vendaient. On pouvait même en trouver jusqu’à Montréal. »
Sœur Marie-du-Bon-Pasteur

Poudre contre la grippe

Au milieu d’objets conservés par les religieuses, comme une boussole de 1880, un phonographe et deux projecteurs âgés de plus d’un siècle et d’une visionneuse de photos sur verre datant de 1890, deux appareils attirent particulièrement l’attention et en disent long sur celui qui a aussi fondé la paroisse Notre-Dame-des-Neiges de Masson en 1889. 

« Il avait ce microscope qu’on a précieusement gardé, note Sœur Marie-du-Bon-Pasteur. Ça démontre à quel point il cherchait toutes sortes de choses. Il avait inventé une poudre, un médicament, qui aidait à combattre la grippe, les rhumes et les infections pulmonaires. Ce remède a d’ailleurs connu une popularité extraordinaire dans la région. Tous les pharmaciens de Hull et Ottawa en vendaient. On pouvait même en trouver jusqu’à Montréal. Il avait aussi inventé un ozoneur, une machine qui changeait la composition de l’air et qui aidait les gens qui avaient des problèmes pulmonaires. Plusieurs médecins à Montréal utilisaient le procédé du père Mangin vers 1898. »

La machine électromagnétique

Certaines des premières sœurs à avoir rejoint les rangs des Servantes de Jésus-Marie ont probablement été soulagées de leurs maux de dents, de pieds ou encore de la névralgie grâce à un engin tout particulier que possédait le père Mangin et que les sœurs conservent depuis maintenant plus d’un siècle. « La machine électromagnétique, elle est spéciale, lance en ricanant Sœur Marie-du-Bon-Pasteur. Il fallait brancher des fils dans une prise de courant et on installait des poignées sur une partie du corps de la patiente pour faire passer l’électricité. Le père Mangin contrôlait la force du courant avec une manivelle. On raconte que c’était plus confortable comme traitement avec des éponges humides aux poignets. » Évidemment, l’appareil ne sert plus aujourd’hui, prend soin de préciser sœur Marie-du-Bon-Pasteur.