Le syndicaliste Gaston Carrière était entre autres reconnu pour son franc-parler.
Le syndicaliste Gaston Carrière était entre autres reconnu pour son franc-parler.

Le syndicaliste «au franc-parler» Gaston Carrière s'éteint

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Le visage de plusieurs années de lutte des employés de l'usine gatinoise de Produits forestiers Résolu, le syndicaliste Gaston Carrière, a rendu son dernier souffle. Les hommages n'ont pas tardé pour l'homme «loyal, persévérant et au franc-parler légendaire».

Le syndicat Unifor et son directeur québécois Renaud Gagné ont appris au cours de la fin de semaine le décès de l'homme qui avait fait son entrée à l'usine à l'époque de la CIP (Canadian International Paper) en 1973 avant de prendre sa retraite en 2015. 

M. Gagné, qui a travaillé avec lui sur de nombreux dossiers au fil des ans, n'hésite pas à le décrire comme un «allier incroyable et un travailleur acharné», rappelant que le plus grand combat aura été de réussir à rouvrir la papetière de la rue Main à Gatineau, qui avait fermé ses portes en 2010.

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«Quand j'ai moi-même commencé en 1984, il était déjà là et c'était vraiment un syndicaliste engagé, avec un franc-parler que je qualifierais de légendaire. Quand il s'adressait à une foule, même s'il y avait 1000 personnes, c'était toujours quelque chose qui venait du coeur et qui était pour la défense de tous les travailleurs. Pour la relance de l'usine, on a eu de multiples rencontres avec le gouvernement provincial et d'autres partenaires. Il n'y a rien que nous n'avons pas fait dans ce dossier-là. Il a vraiment été un exemple. On aurait pu monter aux barricades, mais ce n'était pas la bonne façon de faire, alors on a toujours travaillé de pair pour obtenir des résultats», lance-t-il au Droit.

Gaston Carrière «était reconnu pour ne pas avoir la langue dans sa poche», rappelle Unifor, et ce tant en assemblée que lorsqu'il s'adressait aux journalistes. Il avait par exemple traité l'ancien maire de Gatineau, Marc Bureau, de «cabochon», en l'accusant de ne rien faire pour relancer l'usine.

«Il n'a jamais lancé la serviette en se disant: ça fait 35 ans que je m'en occupe (de l'usine et des travailleurs), je vais laisser ça à d'autres. Je suis convaincu d'une chose: si Gaston n'avait pas été là, l'usine n'aurait pas redémarré. C'est vraiment une figure syndicale qui restera gravée dans nos mémoires en Outaouais, surtout quand on pense à la crise forestière», lance Renaud Gagné. 

Vantant le courage et le dévouement de M. Carrière, ce dernier rappelle que l'homme s'est non seulement impliqué dans la réouverture de l'usine mais il a également veillé à recruter de la main-d'oeuvre. Des heures de bénévolat, il en a fait par centaines. 

«Il a travaillé sur tous les plans. Il a mis tous les ingrédients qu'il fallait pour en faire un succès. Même lorsqu'il a quitté, il est toujours resté en contact avec ses confrères pour des conseils. Il n'a jamais lâché et s'est toujours battu pour le bien-être de ses membres, il l'a répété à peu près 100 000 fois. C'était un gars de plancher près de son monde et les gens lui en étaient reconnaissants. D'ailleurs, il a été réélu sans arrêt pendant des années, sans contestation», raconte le leader d'Unifor dans la Belle Province.

Gaston Carrière et l'ancien député de Chapleau, Marc Carrière, ont travaillé pour la réouverture de l'usine de Gatineau au début des années 2010.

«Un gars intègre»

L'ancien député libéral de Chapleau, Marc Carrière, a longtemps côtoyé le défunt, particulièrement lors de la lutte pour la réouverture de l'usine Main, qui a duré trois ans, entre 2010 et 2013. «Je garde le souvenir d'un homme dévoué à sa cause et à ses collègues de travail, raconte l'ancien député. […] C'était un gars intègre, qui se dédiait cœur et âme.»

Tout en soulignant qu'il était «dans la même équipe» que le syndicaliste puisqu'ils partageaient «le même objectif pour la réouverture de l'usine et la protection des fonds de retraite de ceux qui étaient déjà retraités», Marc Carrière se rappelle que les deux hommes n'étaient toutefois «pas toujours d'accord sur les moyens ou sur la rapidité à laquelle les choses avançaient».

«Des fois, le ton montait et les esprits s'échauffaient, mais c'était toujours dans le respect de chacun», note l'ancien élu libéral, qui avait gardé contact avec Gaston Carrière après la réouverture de l'usine.

L'usine, qui a déjà employé plus de 1500 ouvriers dans les années 70, emploie aujourd'hui environ 125 employés.

«Elle est toujours là et fonctionne, malgré tout le contexte de la COVID-19. On sait que d'autres usines ont fermé», de dire Renaud Gagné.

Funérailles

Les détails concernant les obsèques de M. Carrière ne sont pas encore connus.

«Au moment de la rédaction du présent communiqué, nous ne connaissons pas encore les détails concernant les funérailles, mais nous informerons la famille d’Unifor aussitôt que nous les obtiendrons, a-t-il été précisé. Évidemment en raison de la COVID-19, à ce moment-ci, il est question d’une cérémonie en famille uniquement sans exposition»