Le recyclage de plus en plus profitable

Patrick Duquette
Patrick Duquette
Le Droit
Les Gatinois verront bientôt d'un tout autre oeil ce vieux journal jeté négligemment au bac de recyclage ou encore cette canette d'aluminium.
Longtemps perçu comme une dépense par les villes, le recyclage est peut-être en voie de devenir une véritable mine d'or urbaine.
Les grands recycleurs privés s'intéressent de plus en plus au contenu des bacs de recyclage, dans l'espoir d'en acquérir le contenu puis de le revendre à profit sur les marchés mondiaux.
À Gatineau, les citoyens ont été habitués à payer pour faire cueillir, puis traiter leur recyclage au centre de tri de Chelsea. Encore aujourd'hui, ils paient un tarif de 25 $ la tonne.
Début septembre, Waste Management a désarçonné la Ville de Gatineau par une offre inattendue. Le géant du recyclage a proposé d'acheter le contenu des bacs bleus à un tarif de 20 $ la tonne.
C'est comme si le Gatinois, habitué à payer pour qu'on le débarrasse de ses vieux journaux et de ses pots de yogourt vides, était approché par un acheteur pour ces déchets qu'il croyait sans valeur. Tout un revirement.
Un revirement tout à fait normal aux yeux de Leslie Shiell, professeur d'économie à l'Université d'Ottawa.
«Si c'est bien géré, les matières recyclables devraient être des sources de profit pour les villes. Ça n'a aucun sens que les municipalités soient facturées pour cela», dit-il.
Le recyclage de certaines matières, notamment le papier et l'aluminium, est déjà très rentable, explique le professeur Shiell, bien que ce soit plus problématique dans le cas du plastique.
Preuve que le recyclage est de plus en plus payant, Waste Management cherche par tous les moyens à augmenter le volume de matières recyclables qu'elle traite chaque année. La compagnie est déjà le plus grand recycleur nord-américain avec 8 millions de tonnes par année.
«Notre objectif est d'atteindre 20 millions de tonnes et nous y parviendrons», assurait plus tôt cette semaine Bernard More, responsable des relations municipales de la compagnie.
L'offre de Waste Management vient cependant contrecarrer les plans de la Ville de Gatineau.
Comme bien des municipalités, Gatineau hésite à confier le traitement de son recyclage au privé. Son dernier contrat a donné lieu à des démêlées avec les compagnies Malex et Cascades.
Sous l'impulsion du maire Marc Bureau et du président de la commission de l'environnement Patrice Martin, Gatineau tente plutôt de conclure une entente à long terme avec Tricentris, un organisme à but non lucratif géré par des municipalités.
C'est dans le style des deux politiciens. Marc Bureau et Patrice Martin souhaitaient confier la gestion de la future usine municipale de compostage à La Ressourcerie, un organisme communautaire.
Gatineau affirme avoir un plan à long terme pour la gestion des déchets. Pour le moment, on refuse de dire à qui elle sera confiée.
«Tout ce que je peux dire, c'est qu'il y a une volonté de la part de la ville de gérer, de façon responsable et concertée, toutes les dimensions de la gestion des matières résiduelles», a dit Patrice Martin.
Paulette Lalande siège au conseil d'administration de Tricentris. La préfet de la MRC-des Collines louange l'organisme, avec qui les municipalités de sa région font affaire depuis 10 ans.
«Entre un organisme privé et un organisme municipal, je choisirai toujours un organisme municipal comme Tricentris dont la mission est d'assurer le bien-être de la collectivité, pas de faire de l'argent sur le dos du monde.»
Bien sûr, le privé fait des offres alléchantes. Mais l'expérience a démontré, soutient-elle, que les choses peuvent tourner court. Elle cite l'exemple du dépotoir de Lachute. Après le transfert de la gestion au privé, les tarifs ont doublé pour les villes, dit-elle.
Après un départ modeste en 1998, Tricentris compte maintenant 56 municipalités membres. Les débouchés deviennent de plus en plus intéressants pour les matières recyclables. Des tonnes de papier recyclé repartent chaque année pour la Chine, dit Mme Lalande.
«Sans divulguer de chiffres, je peux vous dire que Tricentris est de plus en plus rentable», affirme-t-elle.
Rentable, mais pas au point de distribuer des profits aux villes. Tricentris facture pour le moment un tarif de 25 $ la tonne pour traiter les matières recyclables des Gatinois. Dans le cas de la MRC-des-Collines, c'est 7 $ la tonne.
En échange, Tricentris verse des redevances aux villes membres et offre des programmes, comme de la sensibilisation dans les écoles.