Le projet de route Maniwaki-Témiscamingue ressuscité par la MRC Vallée-de-la-Gatineau est loin de soulever autant d’enthousiasme dans le Témiscamingue qu’il ne le fait en Outaouais.
Le projet de route Maniwaki-Témiscamingue ressuscité par la MRC Vallée-de-la-Gatineau est loin de soulever autant d’enthousiasme dans le Témiscamingue qu’il ne le fait en Outaouais.

Le projet de route n’est d’«aucun intérêt» pour le Témiscamingue

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Le projet de route Maniwaki-Témiscamingue ressuscité par la MRC Vallée-de-la-Gatineau est loin de soulever autant d’enthousiasme dans le Témiscamingue qu’il ne le fait en Outaouais. La préfète de la MRC Témiscamingue, Claire Bolduc, est limpide à ce sujet.

«Au-delà de toutes les réflexions qu’on peut avoir ici, l’intérêt n’est pas là du tout pour cette route, il n’y a aucun appétit des élus locaux et les communautés autochtones s’y opposent vivement. C’est d’eux que vient la plus grosse résistance.»

Dans l’édition du Droit de samedi, la préfète de la MRC Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche, a indiqué que le parachèvement de cette route forestière d’environ 180 km est pratiquement dans la poche. Il ne resterait essentiellement que les ententes finales à signer avec le ministère des Transports du Québec (MTQ). «On souhaite lancer les appels d’offres à l’été 2021», a-t-elle ajouté. 

Le Témiscamingue regarde toutefois l’Outaouais avec un oeil suspicieux dans ce dossier, surtout qu’aucun élu du Témiscamingue n’a été formellement consulté ou interpellé par les représentants de la MRC Vallée-de-la-Gatineau dans ce dossier, note Mme Bolduc. Le désaccord entre les deux régions concernant la route Maniwaki-Témiscamingue ne date pas d’hier. Il était déjà bien présent dans les années 1980.

«Les gens ici ne sont pas frileux, ils se demandent quel est le réel intérêt de cette route, explique Mme Bolduc. On ne parle pas d’une route balisée, on parle d’une route forestière qui sera peu utilisée par la population en général. Pour venir découvrir notre région, les gens ne vont pas emprunter une route de gravelle où ils peuvent rencontrer de gros camions de bois à tout instant. Ils vont continuer de  passer par les routes de l’Ontario qui sont très belles. Nos aménagistes ici nous soulignent que c’est plutôt le bois qui est dans le secteur qui est le véritable intérêt. Est-ce qu’en appuyant cette route on s’offrirait des problèmes en approvisionnement forestier? Ça nous préoccupe.»


« Les gens ici ne sont pas frileux, ils se demandent quel est le réel intérêt de cette route. »
Claire Bolduc

Quant à l’intérêt de détourner le trafic lourd du coeur de la petite municipalité de Montcerf-Lytton qui voit passer près de 20 000 camions par année, «c’est une fausse bonne raison», insiste Mme Bolduc. «Juste chez nous, il y a quatre municipalités qui vivent exactement la même chose, lance-t-elle. C’est comme ça depuis bien longtemps. Ça n’explique pas la soudaine volonté pour cette route. Ça n’explique pas ce désir ardent pour cette route.»

À tout ça s’ajoute l’opposition des communautés autochtones du Témiscamingue qui ont des territoires de chasse et de pêche dans le secteur. «Je suis surprise que ce projet n’inclut pas les communautés autochtones parce qu’ici, c’est un no way, affirme Mme Bolduc. Nous n’entendons pas faire de représentation auprès du gouvernement. Une partie du projet doit se concrétiser dans notre MRC et on n’en veut pas. Notre population n’en veut pas et les communautés autochtones n’en veulent pas. Ça s’arrête-là. La MRC Vallée-de-la-Gatineau est bien au fait de tout ça. Je ne sais pas quels problèmes on tente de s’acheter avec ce projet.»

En entrevue avec Le Droit, la préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau reconnaissait que certains élus du Témiscamingue demeuraient «frileux» face au projet, mais elle assurait que l’opposition historique du Témiscamingue datait d’une époque révolue.