Une commission parlementaire recommande que le gouvernement améliore ses outils de contrôle et de mesure, mais également, sensibilise mieux la population ainsi que les agriculteurs, entre autres sur les risques de l’épandage à proximité des résidences et des écoles.

Le portrait de l’usage des pesticides n’est pas assez fiable, selon un rapport

Le portrait de l’usage des pesticides au Québec n’est pas assez fiable et leurs effets sur la santé sont encore trop méconnus, notamment sur les foetus.

Une commission parlementaire recommande donc que le gouvernement améliore ses outils de contrôle et de mesure, mais également, sensibilise mieux la population ainsi que les agriculteurs, entre autres sur les risques de l’épandage à proximité des résidences et des écoles.

C’est là l’essentiel d’un rapport final déposé mercredi qui apparaît comme un compromis, puisqu’il a failli ne pas voir le jour.

Malgré le portrait parfois terrifiant dressé par des professionnels de la santé et des experts pendant les audiences, les élus caquistes, majoritaires à la commission parlementaire, voulaient à l’origine formuler un nombre minimal de recommandations, mais les oppositions ont protesté et ont obtenu gain de cause.

Finalement, tous ont convenu de 32 recommandations, même si plusieurs propositions de l’opposition ne s’y retrouvent pas.

Le rapport est donc silencieux sur l’interdiction de certains produits controversés comme les néonicotinoïdes, soupçonnés de décimer les populations de pollinisateurs comme les abeilles. Il n’ajoute pas non plus la maladie de Parkinson dans la liste des maladies professionnelles touchant les agriculteurs exposés aux pesticides.

Parmi celles retenues, on demande notamment au ministère de l’Environnement d’évaluer des moyens pour dresser un «portrait plus fiable de la situation québécoise», entre autres avec une meilleure traçabilité que ce soit dans l’eau ou dans les aliments.

On lui demande aussi de réévaluer le Code de gestion des pesticides et le Règlement sur les permis et certificats pour la vente et l’utilisation de pesticides, pour réviser plus régulièrement la liste des produits à usage restreint.

On propose également une stratégie de formation pour les professionnels de la santé sur les effets des pesticides, notamment sur les foetus.

En outre, on demande aussi au ministère de la Santé de réaliser une étude épidémiologique «sur l’impact des pesticides sur la santé ainsi que sur l’effet combiné des produits chimiques».

Le ministère de l’Agriculture devrait par ailleurs mieux informer les producteurs agricoles sur la prévention des risques, peut-on lire, notamment sur la direction des vents lors de l’épandage ainsi que le respect des dégagements minimaux près des résidences, des écoles et des garderies.

Les lanceurs d’alerte

Ce rapport et les audiences dont il est issu s’inscrivent dans la foulée de l’affaire Louis Robert, cet agronome lanceur d’alerte qui avait été congédié en 2019 du ministère de l’Agriculture pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie dans la recherche sur les pesticides. Il a été réintégré par la suite et le gouvernement lui a présenté ses excuses.

Or sur cet aspect, le rapport recommande que le gouvernement s’assure du respect des plus hautes normes en matière d’indépendance de la recherche. ll réclame aussi que le Conseil du Trésor s’assure d’un meilleur accompagnement des lanceurs d’alerte, ainsi que d’un «traitement des divulgations dépourvu de conflits de loyauté».

Enfin, le rapport aborde une autre question délicate, soit l’éthique des agronomes. Il avait été révélé en effet que des agronomes touchaient des commissions sur des ventes pour avoir prescrit des pesticides. Les parlementaires recommandent donc que le gouvernement révise le Code de déontologie de cette profession pour clarifier «la notion d’indépendance».