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La conseillère Audrey Bureau
La conseillère Audrey Bureau

Le périlleux après-midi des amendements à Gatineau

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
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Un amendement de dernière minute présenté à quelques heures du conseil municipal de novembre dernier par la conseillère municipale Audrey Bureau pour réduire à trois étages la hauteur maximale inscrite au zonage d’une grande partie du Vieux-Aylmer forcera la Ville de Gatineau à se défendre devant la Commission municipale du Québec (CMQ) dans deux semaines.

Les élus, un peu pris de court, voire mal à l’aise dans certains cas de devoir se prononcer sans maîtriser la somme des tenants et aboutissants qu’un tel changement pouvait avoir sur la conformité du nouveau règlement d’urbanisme de la Ville de Gatineau, se sont quand même unanimement rangés derrière les arguments de la conseillère. En soirée, le conseil adoptait à la majorité les nouvelles grilles de zonage modifiées.

Pourtant, après des mois de consultations et de discussions entourant le vaste exercice devant mener au nouveau règlement d’urbanisme, il avait été convenu d’autoriser la construction d’immeubles pouvant aller jusqu’à cinq étages dans le coeur d’Aylmer.

Ce changement de dernière minute adopté par le conseil est à l’origine d’une des deux contestations [l’autre provient du secteur Gatineau] des nouveaux règlements de zonage et d’urbanisme devant la CMQ. Celle du secteur Aylmer met en cause un projet du promoteur immobilier Denis Cléroux. Ce dernier a expliqué au Droit, il y a quelques semaines, avoir acheté les terrains du 19 et du 21 rue du Patrimoine en août, alors que la grille de zonage lui permettait d’y construire un immeuble de cinq étages. «C’était comme ça jusqu’à la toute dernière minute […], mais Audrey Bureau a fait changer la grille et maintenant je ne peux pas construire plus de trois étages. Ça va se régler devant la CMQ.»

La Ville devra démontrer à la Commission que son nouveau règlement d’urbanisme est conforme aux orientations de son schéma d’aménagement approuvé par le gouvernement du Québec. Le schéma prévoit que les anciens centres-villes, comme le Vieux-Aylmer, devront faire l’objet d’une densification douce.

Le malaise

Le conseiller Gilles Carpentier, qui avait exprimé publiquement son inconfort lors du débat, reconnaît avec le recul que l’exercice tel que mené était pour le moins périlleux. Le conseiller Marc Carrière avait lui aussi clairement exprimé son malaise en disant avoir l’impression de devoir voter «avec un bandeau sur les yeux».

«Je dois avouer ma très grande surprise quand j’ai vu la longue liste d’amendements demandés par certains élus, affirme M. Carpentier, deux mois plus tard. Il me semblait que rendu à cette étape-là du processus, on était à la toute fin, les élus avaient déjà eu plusieurs opportunités de régler les enjeux techniques et pointus touchant leur quartier. J’avais un malaise à écouter des élus presque en train de cibler une adresse précise dans leur district pour demander un amendement. Selon moi, ça ne cadrait pas dans l’objectif du travail qu’on avait à mener. Là, on était pris à voter sur le fly en faisant confiance aux représentations de l’élu du quartier.»

Le conseiller Gilles Carpentier

Conscient que l’un des quatre changements à la grille de zonage obtenus par Mme Bureau est à l’origine d’une contestation juridique qui a pour effet de bloquer la mise en application du nouveau règlement d’urbanisme à la grandeur de la ville, M. Carpentier désire demeurer prudent dans ses commentaires.

Il se permet toutefois d’écorcher au passage sa collègue d’Aylmer ainsi que le conseiller Gilles Chagnon, qui ont multiplié les amendements l’après-midi du 17 novembre dernier en caucus préparatoire. Plusieurs ont été adoptés, mais les deux conseillers ont ensuite voté, en soirée, contre le règlement d’urbanisme qui les intégrait.

«J’ai honnêtement été abasourdi de voir ces deux élus voter contre le règlement une fois en conseil, dit-il. Je n’avais rien vu de tel au conseil en sept ans. Ils demandent des amendements, obtiennent ce qu’ils veulent, et quand vient le temps de voter, le tout est adopté à la majorité, mais eux ils votent contre. C’est très contradictoire comme positionnement politique.»


« C’est essentiel d’avoir une densification. »
Audrey Bureau, conseillère municipale

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AUDREY BUREAU A VOULU JOUER DE PRUDENCE

Audrey Bureau affirme être «totalement en faveur» de la densification résidentielle aux abords de la rue Principale, dans le cœur du Vieux-Aylmer, mais il valait mieux jouer de prudence avec le nombre d’étages lors de l’adoption du nouveau règlement d’urbanisme en novembre dernier, dit-elle. 

C’est cette prudence qui l’a amenée à demander à ses collègues de limiter à trois étages le zonage dans une grande partie du Vieux-Aylmer, alors que le plan en prévoyait un maximum de cinq. 

«L’approche que j’ai eue dans le cadre du plan d’urbanisme, c’est de dire “soyons prudents dans le nombre d’étages qu’on va accorder”, sachant qu’on a un exercice très microscopique qui s’en vient dans le Vieux-Aylmer avec le Plan particulier d’urbanisme (PPU). Dans le cadre de ces travaux qui vont se terminer en 2021, on pourra approfondir toutes les questions de hauteur et les façons dont on souhaite densifier le secteur. On consultera les gens pour savoir ce qu’ils pensent et on pourra se donner une vision commune.»

L’environnement réglementaire du Vieux-Aylmer est compliqué, explique Mme Bureau. Le zonage permet généralement quatre ou cinq étages, mais il faut aussi ajouter les couches réglementaires relatives au plan d’implantation et d’intégration architecturale et au site du patrimoine. «Ça rend difficile les intégrations harmonieuses, dit-elle. On l’a vu par le passé, ça provoque parfois des tensions entre les promoteurs et des résidents inquiets de la façon dont leur quartier se densifie.»

Mme Bureau affirme être tout à fait ouverte à permettre des constructions de quatre et cinq étages dans le Vieux-Aylmer et le site du patrimoine, mais elle souhaite que ces décisions se prennent avec les résidents dans le cadre des travaux du nouveau PPU. «C’est essentiel d’avoir une densification, il faut absolument densifier le secteur, insiste-t-elle. On le voit avec la pandémie. Il faut des gens qui habitent à proximité des commerces pour assurer leur viabilité. Il y a aussi plusieurs façons de densifier un quartier. Ça ne passe pas uniquement par la hauteur. Ce sont des discussions nécessaires, mais qui auront lieu dans le cadre de l’élaboration du nouveau PPU.»

Mme Bureau a voté contre le nouveau règlement d’urbanisme en novembre, notamment parce qu’il ne prévoit rien à ses yeux pour assurer un rattrapage dans les infrastructures nécessaires pour accueillir toute la croissance prévue dans le secteur Aylmer. L’absence d’une réglementation plus sèvre en matière de protection du couvert forestier explique aussi son opposition.