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Le nouveau plan directeur de la CCN dresse les priorités pour les 15 prochaines années dans le parc de la Gatineau.
Le nouveau plan directeur de la CCN dresse les priorités pour les 15 prochaines années dans le parc de la Gatineau.

Le parc de la Gatineau sous pression

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
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Le parc de la Gatineau est sous pression. De façon paradoxale, la cause de cette pression est aussi la solution à sa survie. Il revient à l’humain d’y réduire son empreinte, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses limites. Dans son récent plan directeur, la Commission de la capitale nationale (CCN) explique comment ses utilisateurs – et ses voisins – peuvent léguer ce joyau écologique en bon état aux prochaines générations.

L’humain ne doit pas se transformer en «espèce envahissante» du parc de la Gatineau s’il tient à sa conservation. Ces dernières années, il s’est trop souvent comporté en «agent de fragmentation» à l’intérieur de ses limites. S’il continue ainsi, c’est l’écosystème du territoire qui sera mis en péril dans les prochaines décennies.

Dans son récent plan directeur, la Commission de la capitale nationale (CCN) parle abondamment de «fragmentation» du territoire.

Selon la CCN, il s’est créé tant de sentiers non officiels ces dernières années que la faune et la flore peinent de plus en plus à se régénérer à l’intérieur même des limites du parc.

Bien que le parc de la Gatineau ne soit pas un parc national, il serait le deuxième en importance au Canada.

«La formation et l’utilisation de points d’entrée et de sentiers non officiels accentuent la fragmentation des habitats dans le parc de la Gatineau, lit-on dans le document. Cette situation affecte la quantité et la qualité des habitats naturels nécessaires à la pérennité de la faune et de la flore qui y vivent, y compris des espèces en péril.»

Le nouveau plan directeur de la CCN dresse les priorités pour les 15 prochaines années dans le parc de la Gatineau.

En plus de la pression directe liée à la grande fréquentation humaine, les changements climatiques menacent la résilience du parc à long terme, fait observer la CCN. 

«Les vents violents, la sécheresse, les fortes pluies ont des impacts sur la biodiversité et les processus naturels, et la formation d’îlots de chaleur. Ces phénomènes ont un lourd impact sur l’infrastructure du parc et sur la capacité de la CCN à réagir de manière à maintenir l’offre récréative.»

Sur les 5 000 espèces du parc, plus de 150 sont considérées comme étant en péril au Canada ou au Québec. Certaines sont même uniques à la région outaouaise.


« Le nombre de visites [du parc de la Gatineau] totalise annuellement 2,6 millions. »
La Commission de la capitale nationale

Bien que le parc de la Gatineau ne soit pas un parc national, comme celui de la Mauricie ou des Mille-Îles, il serait le deuxième parc en importance au Canada pour le nombre de visites annuelles, après le parc national de Banff, qui reçoit en moyenne 4 millions de visiteurs.

«Chaque année, plus de 600 000 personnes choisissent (le parc de la Gatineau) comme destination, résume la CCN. Le nombre de ses visites totalise annuellement 2,6 millions. Les résidants de la région comptant pour 90 % de ce nombre.»

Cette forte demande «locale» et les développements immobiliers ont des répercussions sur la multiplication de sentiers non officiels. Chacun semble vouloir un petit coin de parc à son usage quasi exclusif. Ces dernières années, pas moins de 300 kilomètres de sentiers non officiels ont été créés par tout un chacun à travers le parc.

«Cette fragmentation accélérée du parc est une réelle menace pour au moins 150 espèces en péril, et une porte d’entrée pour les espèces envahissantes», dit le plan directeur.

Ce même plan propose par ailleurs un compromis avec les usagers, alors qu’il prévoit l’intégration d’une centaine de kilomètres de ces sentiers créés de façon informelle. La CCN fermera 200 autres kilomètres de sentiers non officiels afin de permettre à la faune de reprendre ses droits.

Le «nouveau réseau» comptera un total de 300 kilomètres de sentiers officiels d’ici 10 ou 15 ans.

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L'EXTÉRIEUR DU PARC EST DE PLUS EN PLUS DÉVELOPPÉ

Le parc de la Gatineau a besoin de mieux respirer. Dans sa périphérie, l’apparition de nouveaux secteurs résidentiels exerce une pression de plus en plus forte qui pourrait l’étouffer davantage dans les prochaines décennies.

Pour lui donner un peu d’air «extérieur», la Commission de la capitale nationale (CCN) veut permettre à la faune du parc – et à ses espèces fragiles – d’atteindre d’autres écosystèmes de la région.

La CCN précise dans son récent plan directeur qu’une pression externe s’exerce de plus en plus sur le parc. Elle provient entre autres de la «limitation des connexions écologiques possibles, de la formation de sentiers non officiels, de l’augmentation de l’affluence, et de la modification du paysage».

Les animaux et la flore doivent être capables de sortir des limites du parc pour atteindre les autres grands cours d’eau et espaces naturels de la région. La CCN consacre une bonne partie de son plan directeur à la nécessité de limiter l’empreinte humaine à l’intérieur du parc et à l’importance vitale d’empêcher la création de nouvelles barrières humaines à l’extérieur de ses frontières.

Ces dernières années, pas moins de 300 kilomètres de sentiers non officiels ont été créés par tout un chacun à travers le parc.

Périphérie

Un des termes les plus récurrents du plan directeur est celui de «corridor écologique». La CCN en a identifié une douzaine autour du parc de la Gatineau. Chaque corridor permet de relier la faune à un territoire extérieur, mais essentiel à la survie et à la santé du parc.

Par exemple, la CCN veut s’assurer de relier une partie de l’est du parc à un tronçon de la rivière Gatineau, ou le nord-ouest du parc à la berge de la rivière des Outaouais, dans le Pontiac (voir carte).

Ces terres – souvent privées – permettent à la faune de proliférer à l’extérieur des limites du parc de la Gatineau.

Les couloirs proposés par la CCN permettraient d’assurer une certaine variété génétique aux espèces déjà fragilisées par la présence humaine ou les changements climatiques.

«Les corridors écologiques qui assurent cette liaison aident les espèces à se déplacer et sont particulièrement importants dans le contexte du changement climatique, qui pourrait forcer les espèces à migrer. Il faudra trouver des moyens novateurs de maintenir la connectivité écologique avec les terres environnantes, qui sont de compétence municipale et régionale. Ces moyens devront être établis en collaboration avec les partenaires régionaux, les propriétaires fonciers et les organismes de conservation intéressés à assurer la protection à long terme du patrimoine naturel, des écosystèmes et de la biodiversité indigène.»

La superficie du parc sera par ailleurs augmentée de 130 nouveaux hectares, provenant de terres nouvellement protégées en périphérie du territoire. Ces parcelles de terrains s’inscrivent dans l’objectif de maintenir de tels corridors verts.

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