Le pont Alexandra reçoit 9 % de la circulation automobile interprovinciale quotidienne et 33 % des piétons et cyclistes.
Le pont Alexandra reçoit 9 % de la circulation automobile interprovinciale quotidienne et 33 % des piétons et cyclistes.

Le nouveau pont Alexandra serait inauguré en 2032

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Le pont Alexandra, vénérable infrastructure qui fut jadis considérée comme une prouesse d’ingénierie civile disparaîtra du paysage du coeur de la capitale fédérale dans huit ans. La Commission de la capitale nationale (CCN) a confirmé cette semaine que les travaux de démolition du pont inauguré le 18 février 1901 débuteront officiellement en 2028. Le nouveau pont doit être achevé en 2032.

La CCN a divulgué ces détails à l’occasion du lancement de la première phase de consultations publiques sur le remplacement du pont Alexandra qui s’étirera jusqu’au 17 novembre prochain. Tous les Canadiens sont invités à y participer. Un questionnaire en ligne est disponible sur le site Internet de la CCN. Les lignes directrices de conception du nouveau pont rendues publiques, mardi, donnent un avant-goût du changement à venir dans le paysage des résidents d’Ottawa et Gatineau.

La CCN insiste d’abord sur l’intégrité visuelle des lieux. Construit à une époque où le patrimoine paysager n’était pas dans les priorités des ingénieurs, le pont Alexandra a longtemps été critiqué parce qu’il nuisait à la vue sur les édifices du parlement à partir de la rive québécoise. L’occasion est belle pour la CCN de remédier à cette situation. «Le pont devra être conçu de manière à préserver l’intégrité visuelle et l’importance symbolique des trésors nationaux par la protection et la mise en valeur des vues en direction des édifices de la colline du Parlement», précise le document de consultation de la CCN. Il est fort probable que la conception du pont et les matériaux utilisés en fassent une infrastructure moins massive.

La première phase de consultations publiques sur le remplacement du pont Alexandra s’étirera jusqu’au 17 novembre prochain.

Cela n’empêchera pas de faire du pont une conception «exceptionnelle de calibre mondial», précise la CCN. Les pierres qui forment actuellement les piliers du pont seraient réutilisées pour «contribuer à l’esprit du lieu», dit-on. La nation algonquine qui est étroitement liée à la rivière des Outaouais sera invitée à participer à sa conception, tout comme les autres peuples autochtones de la région de la capitale fédérale. Diverses options seront aussi explorées pour intégrer à la conception des éléments artistiques et culturels algonquins.

Une «agora urbaine»

Plus qu’un pont permettant de relier deux villes, l’infrastructure sera conçue comme un «espace public dynamique» ou une «agora urbaine» qui permettront au pont et à ses abords d’accueillir des activités communautaires, culturelles et événementielles. Le nouveau pont comprendra des liens menant directement aux écluses du canal Rideau, au parc Jacques-Cartier et au Musée canadien de l’histoire. Les piétons et cyclistes profiteront d’un corridor «généreux» dédié et séparé des voies de circulation pour automobile. L’infrastructure sera conçue pour recevoir éventuellement du transport sur rails.

L’éclairage du pont sera aussi un élément de mise en valeur sur lequel comptera la CCN. «Une lumière sobre et douce, respectueuse de l’histoire du lieu» sera de mise. En plus d’une mise en lumière permanente, le nouveau pont fera aussi l’objet d’éclairage éphémère et artistique.

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Construit à une époque où le patrimoine paysager n’était pas dans les priorités des ingénieurs, le pont Alexandra a longtemps été critiqué parce qu’il nuisait à la vue sur les édifices du parlement à partir de la rive québécoise.

PATRIMOINE D'ACIER ET DE GÉNIE CIVIL

Le pont Alexandra est né en pleine fièvre ferroviaire, alors que les compagnies de rails se disputaient le contrôle du territoire. Incapable de s’entendre avec le Canadien Pacific pour relier le Pontiac et tout l’arrière-pays à la Ville d’Ottawa, la Pontiac and Pacific Junction, surnommée la «Push, Pull and Jerk» pour la mauvaise qualité de ses infrastructures, entreprend donc de construire un pont en acier entre la pointe Nepean et la ville de Hull avec la complicité d’hommes d’affaires et de politiciens.

Les travaux débutent en 1892, mais sont presque immédiatement stoppés en raison d’un manque de financement. Ils reprendront en octobre 1899 grâce à un investissement de la Ottawa Northern and Western Railway. 

Le pont Alexandra a été inauguré en 1901.

L’historien et auteur Raymond Ouimet raconte qu’un premier train régulier a franchi le pont le 22 avril 1901. Un certain Noël Valiquette, propriétaire de l’Hôtel Cottage, à Hull, brise la traditionnelle bouteille de champagne sur la locomotive. Le convoi en provenance de Gracefield était composé de quatre wagons de passagers. Le premier Hullois à acheter son billet de train pour se rendre à Ottawa était Jean Lauzon, résident de la rue Saint-Hyacinthe. 

Au moment de son inauguration, en 1901, le pont Alexandra est le plus long pont cantilever au Canada et le quatrième au monde. Il le sera jusqu’à la construction du pont de Québec, en 1917. Le pont a aussi été utilisé par la Hull Electric pendant de nombreuses années pour relier le réseau de tramway entre Aylmer, Hull et Ottawa. Le dernier train traversa le pont Alexandra en 1959. Il a par la suite été transformé en pont pour le trafic routier. Il est désigné comme lieu historique national en génie civil en 1995.

La Commission de la capitale nationale (CCN) affirme être sensible à la place qu’occupe ce vénérable pont dans l’histoire et le patrimoine de la région. Sa démolition et son remplacement doivent d’ailleurs comprendre l’élaboration d’un «plan de commémoration». Cela pourrait passer par une exposition muséale, l’installation de panneaux d’interprétation et la publication d’information sur l’histoire du pont.

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LE PONT ALEXANDRA EN BREF...

  • Inauguré en février 1901;
  • Construit par l’entreprise montréalaise H.J. Beemer, le montage de la structure d’acier est réalisé par la Dominion Bridge de Lachine;
  • D’abord nommé pont Interprovincial, il change de nom quelques mois plus tard pour devenir le pont Royal Alexandra;
  • Large de 19 mètres et long de 563 mètres;
  • Il compte cinq travées dont une de 169 mètres, la plus longue au Canada à l’époque;
  • Il reçoit 9 % de la circulation automobile interprovinciale quotidienne et 33 % des piétons et cyclistes.