Depuis quatre ans, France Rivet s'intéresse de près à l'épopée tragique d'Abraham Ulrikab, un Inuit du Labardor qui est mort en Europe au xixe siècle.

Le mystérieux destin d'Abraham

Une Gatinoise cherche à percer le mystère entourant la mort d'un groupe d'Inuits du Labrador exhibé en tant qu'« espèce exotique » dans un zoo humain de Paris, en janvier 1881.
Depuis quatre ans, France Rivet s'intéresse de près à l'épopée tragique d'Abraham Ulrikab. Les recherches de cette passionnée de généalogie l'ont amené jusque dans les cimetières de Paris.
Abraham faisait partie d'un groupe de huit Esquimaux partis volontairement en Europe, en août 1880, pour devenir la nouvelle attraction du zoo de Carl Hagenbeck à Hambourg, en Allemagne.
Depuis 1874, les foires organisées par cet ethnologue attiraient les foules. Hagenbeck exhibaient des « sauvages » venus de toutes les contrées du monde.
Une première exposition avec des Esquimaux du Groënland avait connu un grand succès en 1877, et Hagenbeck désirait répéter cette expérience fort lucrative pour lui.
C'est ainsi que son acolyte Adrian Jacobsen a navigué jusque dans la communauté de Hebron, au Labrador, pour persuader des Esquimaux de l'accompagner en Europe.
Il a convaincu Abraham, un Inuk chrétien de la communauté d'Hébron, de faire le voyage en compagnie des quatre membres sa famille. Une autre famille de trois personnes, païenne celle-là, a fait le voyage.
Devant les foules, ils doivent revêtir leur parka et lancer le harpon. Mais l'aventure tourne court, Hagenbeck ayant négligé de vacciner ses nouvelles recrues contre la variole. Quatre mois après leur arrivée, les Inuits, âgés de 13 mois à 50 ans, sont tous décédés de la maladie.
Trois d'entre eux sont morts en Allemagne, les cinq autres à Paris où la tournée européenne de Hagenbeck faisait escale.
Abraham Ulrikab était lettré et a rédigé un journal personnel. Ce journal a fait l'objet d'un livre, traduit en anglais et en allemand. « Il nous informe des événements qui se sont déroulés en Allemagne et à Prague, mais il est silencieux sur leur séjour à Paris », raconte France Rivet, une informaticienne qui partage sa passion pour le Grand Nord sur son site
www.horizonspolaires.com.
« On leur doit bien ça »
Complètement fascinée par Abraham, Mme Rivet a décidé de boucler la boucle. Et de découvrir ce qui s'est passé à Paris. « Ils ne pouvaient pas s'être volatilisés. Il devait bien en rester des traces quelque part », dit-elle.
Un premier séjour en France, en 2011, donne lieu à des découvertes fructueuses. Dans les archives de la Société médicale des hôpitaux de Paris, elle retrouve des évaluations médicales, des rapports d'autopsie et des avis de décès. « J'avais l'impression d'être Sherlock Holmes ! », dit-elle.
Plus de détails dans LeDroit du 30 mars ou sur ledroitsurmonordi.ca