Grâce aux efforts du mathématicien ottavien David Sankoff, un groupe de chercheurs a enfin pu dévoiler les secrets du café et de son génome.
Grâce aux efforts du mathématicien ottavien David Sankoff, un groupe de chercheurs a enfin pu dévoiler les secrets du café et de son génome.

Le mystère du café percé par un chercheur d'Ottawa

Jonathan Blouin
Jonathan Blouin
Le Droit
Si vous consommez de meilleures tasses de café au cours de la prochaine décennie, vous pourrez remercier David Sankoff, professeur à l'Université d'Ottawa.
L'éminent mathématicien est au nombre d'un consortium international de chercheurs d'une douzaine de pays, qui ont dévoilé les résultats de six ans d'efforts, jeudi, dans la revue Science.
Les scientifiques ont établi la première séquence du génome d'une espèce de caféier, Coffea canephora, qui compte pour 30% de la production mondiale de café.
En établissant pour la première fois le patrimoine génétique de cette plante, les chercheurs ouvrent la voie à des améliorations à la culture et à la qualité du café, l'un des produits les plus exportés sur la planète, avec une consommation mondiale quotidienne de plus de 2,25 milliards de tasses.
À terme, les cultivateurs - et les entreprises qui importent leurs produits - pourront utiliser leur connaissance du patrimoine génétique pour améliorer leurs cultures. En identifiant les meilleurs gènes, ils pourront créer des espèces résistantes aux stress environnementaux, aux changements climatiques et à certains parasites qui minent les productions.
«En ayant la séquence du génome, on connaît toutes les familles de gènes. Les producteurs de café vont ainsi pouvoir chercher les gènes qui sont plus résistants aux sécheresses, à la chaleur, et jouer avec ça. Ils pourront aussi chercher dans les anciens gènes de la plante et en trouver qui pourraient être meilleurs pour leurs produits», explique le professeur Sankoff.
Les saveurs et les arômes du café pourront également être mieux maîtrisés. «Ça ouvre plein de possibilités de recherche. En regardant le génome, on peut tout trouver», poursuit celui qui dirige la Chaire de recherche du Canada en génomique mathématique à l'Université d'Ottawa.
L'industrie mondiale du café, dont les revenus d'exportations ont franchi le cap des 15 milliards $ en 2010 et qui employait 26 millions de travailleurs dans 52 pays à travers le monde, risque de s'en réjouir rapidement.
«Le café est aussi important pour les lève-tôt quotidiens qu'il l'est pour l'économie mondiale. En conséquence, la séquence du génome pourrait être un pas significatif vers l'amélioration du café», relate le chercheur français Philippe Lashermes, qui a dirigé une partie des travaux à partir des laboratoires de l'Institut de recherche pour le développement en France.
Évolution de la caféine
Les plus récents travaux de ces chercheurs ont aussi jeté un éclairage nouveau sur l'un des meilleurs amis chimiques de l'homme.
En retraçant l'héritage génétique de cette espèce de caféier, les chercheurs en ont appris davantage sur l'évolution de la caféine.
Les scientifiques ont établi que les enzymes qui aident à la production de la caféine ont évolué de façon indépendante dans les plantes de café, de thé et de cacao. «Dans les trois plantes, les systèmes ont évolué de façons différentes. Ces gènes, ce n'est pas quelque chose qu'elles ont toujours eu», indique M. Sankoff, en faisant remarquer que ces plantes ont chacune développé ces gênes similaires par elles-mêmes.
Outre Coffea canephora, seule une autre espèce de caféier est cultivée, Coffea arabica, parmi les 126 espèces connues.
Les chercheurs s'attaqueront à ses propriétés génétiques au cours des prochaines années.
Le professeur Sankoff doit se rendre en Colombie au cours des prochains jours pour participer à une rencontre de l'Association pour la science et l'information sur le café.