L’Armée du Salut veut implanter un mégarefuge dans le secteur Vanier, à Ottawa.
L’Armée du Salut veut implanter un mégarefuge dans le secteur Vanier, à Ottawa.

Le mégarefuge de l’Armée du Salut pourrait nuire à la réputation de Vanier

Charles-Antoine Gagnon
Charles-Antoine Gagnon
Le Droit
L’implantation du mégarefuge de l’Armée du Salut sur le chemin de Montréal risque d’accentuer une perception négative accolée au quartier Vanier d’Ottawa, et qu’ainsi des liens non souhaités soient faits avec la francophonie, croit une experte en politique d’aménagement linguistique et professeure à l’Université d’Ottawa.

La professeure Sylvie Lamoureux a indiqué jeudi aux audiences du Tribunal d’appel en aménagement local sur le déménagement possible de l’Armée du Salut du marché By au chemin de Montréal que Vanier jouit de l’étiquette de quartier francophone à l’intérieur d’Ottawa, et que ce timbre va au-delà des frontières de la ville.

« Vanier est un endroit associé à la francophonie, a souligné celle qui a été décorée de l’Ordre de l’Ontario. Comme on sait que la plupart des gens ne font pas une analyse en profondeur de tout ce qu’ils lisent dans les médias et ailleurs, il y a des dangers de soulever des éléments négatifs venant des craintes sur les programmes de l’Armée du Salut, et de faire des liens avec la francophonie », a-t-elle prévenu.

L’organisme de bienfaisance a une entente d’achat pour un terrain situé au 333, chemin de Montréal. Il prévoit y construire un Centre multifonctionnel avec quelque 140 lits pour l’hébergement d’urgence pour les personnes itinérantes, ainsi que d’autres lits pour des personnes qui participeront à des programmes en santé mentale et en toxicomanie, notamment. 

Michael Polowin, l’avocat des plaignants.

Le projet suscite un tollé alors que des citoyens craignent l’arrivée de la clientèle marginalisée dans leur quartier et que cela nuise au processus de revalorisation du secteur. L’avocat des plaignants, Me Michael Polowin estime que le projet brime les droits constitutionnels des francophones en milieu minoritaire.

Mme Lamoureux a aussi indiqué lors de son témoignage qu’il faut se questionner sur les impacts possibles du mégarefuge sur la représentation de Vanier comme endroit où il fait bon vivre et comme endroit de vitalité francophone. 

La Ville d’Ottawa n’a effectué aucune consultation publique ou avec des organisations locales sur le projet de mégarefuge. 

Des organismes ont été approchés en 2017, seulement après que les ambitions de l’Armée du Salut aient été rendues publiques. 

Ni la communauté francophone ni la communauté autochtone ont été consultées, a indiqué un représentant de S.O.S. Vanier. 

« On ne devrait pas procéder sans avoir les données. Il manque d’information pour que la Ville puisse prendre une décision informée », a signalé Mme Lamoureux.

Paul Hicks, un urbaniste, a été appelé à témoigner jeudi après-midi. 

Il a notamment indiqué que la définition des rues commerciales traditionnelles, comme l’est le chemin de Montréal, permet un large éventail d’usages, mais que les refuges ne s’inscrivent pas dans la liste des éléments pouvant avoir pignon sur rue sur cette artère commerciale.