La récente promotion de Jocelyn Paul au grade de major-général et 30 ans d’une carrière militaire à succès lui ont valu d’être parmi les 11 premiers récipiendaires de la nouvelle Médaille des Premiers Peuples remise par le lieutenant-gouverneur du Québec J. Michel Doyon, à l’Assemblée nationale.
La récente promotion de Jocelyn Paul au grade de major-général et 30 ans d’une carrière militaire à succès lui ont valu d’être parmi les 11 premiers récipiendaires de la nouvelle Médaille des Premiers Peuples remise par le lieutenant-gouverneur du Québec J. Michel Doyon, à l’Assemblée nationale.

Le major-général Jocelyn Paul sur les traces de ses ancêtres guerriers

«Quand je parle avec des jeunes Autochtones d’avoir une carrière dans les Forces canadiennes, je leur dis : “Ce que vous faites en entrant dans les Forces canadiennes, c’est ce que nos ancêtres faisaient depuis toujours!”»

Jocelyn Paul est major-général des Forces armées canadiennes. L’homme de 53 ans originaire de Wendake, à Québec, est le membre des Premières Nations le plus haut gradé de notre armée.

Cette prestigieuse promotion et 30 ans d’une carrière militaire à succès lui ont valu d’être parmi les 11 premiers récipiendaires de la nouvelle Médaille des Premiers Peuples remise par le lieutenant-gouverneur du Québec J. Michel Doyon, à l’Assemblée nationale.

Paré de son bel uniforme vert foncé orné de galons aux épaules et de huit médailles d’honneur militaire côté cœur, M. Paul rappelle que la remise de médailles aux Autochtones par le représentant de la Couronne ne date pas d’hier.

«Les Autochtones ont toujours été une espèce de milice permanente de tous les gouvernements coloniaux. Nos guerriers, à l’époque coloniale, étaient toujours comme des réservistes. Et pour s’assurer cette loyauté des Premières Nations, la Couronne, qu’elle soit française ou britannique, donnait des médailles», a raconté au Soleil l’ancien prof d’histoire, lundi, après la cérémonie tenue au Salon rouge du parlement de Québec.

«On donnait ce qu’on appelait “les présents du roi”, continue-t-il. Les communautés recevaient de la poudre à fusil, des plombs, des couvertures, etc. Tous les ans, l’agent des Indiens donnait ça. Lui, c’était toujours un militaire, qui représentait la Couronne. Aujourd’hui, c’est le lieutenant-gouverneur qui représente la Couronne.»

Fils d’un artisan

Né d’un père huron-wendat fabricant de raquettes et de canots et d’une mère québécoise de Beauport, celui que tous surnomment «Jo» a grandi à Wendake. Il y possède encore une maison et compte retourner couler une douce retraite au «Village-Huron», comme il le dit affectueusement, dans quatre ou cinq ans.

Jeune, il voyait les vétérans de la Seconde Guerre mondiale au village. Mais c’est son cousin Yves, du côté maternel, lui-même un militaire, qui a allumé la flamme.

«Mais je suis entré dans les forces sur un coup de tête», finit-il par laisser tomber. «J’étais à l’Université du Québec à Chicoutimi et j’avais un ami qui était dans les cadets. Un soir, j’ai décidé de me présenter au Régiment du Saguenay... Et on m’a enrôlé sur-le-champ!»

Après son baccalauréat en histoire, le réserviste part à Montréal faire sa maîtrise en anthropologie. Il rentre ensuite à Wendake, pour enseigner. Jusqu’à ce que le Royal 22e Régiment l’approche pour renflouer ses effectifs d’officiers francophones.

C’est à ce moment qu’il s’engage à temps plein. Sous les conseils de son bon ami Luc O’Bomsawin, d’Odanak, militaire devenu policier. M. O’Bomsawin est décédé il y a deux semaines, d’un cancer du foie.

«Je pensais faire 20 ans. Puis j’ai eu le vent dans les voiles, plusieurs belles occasions de leadership...» explique celui qui a entre autres commandé la Citadelle de Québec et le groupement tactique canadien de 1200 hommes et femmes déployés à Kandahar, en Afghanistan, à l’été 2009.

Jusqu’à l’été dernier, M. Paul dirigeait l’ensemble des Forces postées en Ontario, soit 15 000 personnes. Avant d’être nommé major-général et directeur général de la politique de sécurité internationale pour l’Armée canadienne. Il est ainsi responsable des relations militaires entre le Canada et ses alliés, fonction qui l’envoyait au Japon, cette semaine.

Martin, le premier

Oliver Martin a aussi eu une grande influence sur son parcours. Vétéran des deux grandes guerres, le brigadier-général Milton, un Mohawk de la réserve des Six Nations, près de Toronto, a été le premier Autochtone nommé officier général au sein de l’armée canadienne, au tournant des années 1940. 

«Quand je parle aux jeunes Autochtones, je leur dis toujours : “Vous ne perdrez pas votre culture et votre identité parce que vous mettez un uniforme sur le dos! Par contre, vous gagnerez une famille, la famille des Forces canadiennes”», résume-t-il, ayant son vécu comme preuve.

Les Forces armées canadiennes comptent actuellement 2,8 % d’Autochtones dans ses rangs, moins que les 4,9 % recensés au sein de la population canadienne en 2016.

Parmi les autres médaillés des Premiers Peuples, on compte l’ex-Grande Cheffe atikamekw Eva Ottawa, la cinéaste abénaquise Kim O’Bomsawin, ainsi que le chirurgien innu Stanley Vollant, cousin de l’épouse de Jocelyn Paul et ami d’enfance.