L’ex-vp de CIMA+ a été radié.

Le leader du «code Gatineau» radié

L’ingénieur perçu comme étant « le leader » du système de collusion en place à la Ville de Gatineau entre 2003 et 2009, André Mathieu — alors vice-président de la firme CIMA+ —, a été radié pour une période de 20 mois de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ).

Le conseil de discipline de l’OIQ a rendu sa sentence en octobre après qu’il ait été reconnu coupable de s’être prêté à un système de partage de contrats, d’avoir omis de sauvegarder son indépendance professionnelle et d’avoir manqué d’intégrité en participant à un système de partage de contrats, des offenses prohibées par le Code de déontologie des ingénieurs.

Après une enquête, c’est le syndic de l’OIQ qui a porté plainte contre André Mathieu. Ce dernier l’identifie comme « le leader » du « code Gatineau » auquel participaient les firmes CIMA+, Genivar, Dessau et AECOM (acheté par Tecsult en 2008).

Les informations recueillies par Le Droit au cours des dernières années ont permis d’éclaircir les circonstances qui ont mené à la création de cette alliance entre firmes de génie. 

En 2003, lors d’une rencontre à l’Hôtel du Voyageur, devenu l’Hôtel V, sur le boulevard de la Gappe, il est entendu que CIMA + retirera la part du lion avec 40 % des parts de marché sur le territoire gatinois. 

Plus tard, André Mathieu jouera un rôle majeur dans la survie du système de collusion à Gatineau en acceptant de réduire les parts de sa compagnie afin de favoriser Dessau.

Parmi les 85 projets municipaux qui ont été la cible de ce groupe d’entrepreneurs, on retrouve le centre sportif (2008), le réaménagement du boulevard Maloney (2007), l’élargissement de la montée Paiement (2006) et la réfection du boulevard Maisonneuve (2003).

Ce partage illégal de contrats publics avait été dévoilé à la Commission Charbonneau en septembre 2013 par le directeur de la firme AECOM en Outaouais, Marc-André Gélinas. 

Entre 2003 et 2009, entre 80 % et 90 % des contrats de génie civil octroyés par Gatineau ont été remportés par l’une ou l’autre des quatre firmes visées par des allégations de collusion.

Au cours du processus disciplinaire de l’OIQ, André Mathieu a reconnu sa culpabilité, un facteur atténuant, peut-on lire dans la décision. Cependant, on souligne également qu’il est le créateur de ce système collusionnaire et qu’il a travaillé à sa survie pendant plusieurs années. Il ne s’agit donc pas d’un acte isolé et que « le facteur de la préméditation est clairement présent dans le dossier ».

Six autres ingénieurs impliqués — à différents niveaux — dans le système de collusion gatinois ont été réprimandés par le passé. Claude Marquis, François Paulhus et Patrice Mathieu de Genivar, ainsi que Michel Famery de Dessau ont tous été radiés de l’OIQ au cours des dernières années pour des périodes allant de 10 à 18 mois. Dave Boulay et Maxime Asselin de la firme Dessau ont quant à eux été mis à l’amende.