Noura Elmawazini, Pierre Ménard et Mathis Larochelle, de l’école secondaire Mont-Bleu.
Noura Elmawazini, Pierre Ménard et Mathis Larochelle, de l’école secondaire Mont-Bleu.

Le lancer du mortier, version COVID-19

Ils sont quatre et ont tous un point en commun. Joêlle, Mathis, Noura et Olivier, comme plusieurs centaines d’autres adolescents dans la région, ne mettront pas un point final à leur parcours à l’école secondaire de la façon qu’ils avaient tant espérée. Mais qu’à cela ne tienne, leurs écoles ne comptent pas les laisser naviguer vers la prochaine étape de leur vie sans leur dire un dernier au revoir.

Le rite de passage qu’est le bal de finissants n’aura pas lieu sous la forme tant rêvée, la pandémie ayant tout chamboulé, mais la Direction de la santé publique du Québec a donné son autorisation il y a une dizaine de jours pour que les établissements organisent une activité spéciale pour les élèves de cinquième secondaire, le tout dans le respect des mesures sanitaires en vigueur.

À l’école secondaire Mont-Bleu, on avait pris les devants avant même l’annonce de Québec en songeant à une petite cérémonie permettant de « boucler la boucle ».

« On voulait essayer de reconnaître les efforts et l’engagement de nos élèves pendant leurs cinq années au secondaire. Il faut comprendre que les élèves qui terminent cette année, ça fait deux ans qu’ils sont éprouvés, ça n’a pas été facile. Il y a d’abord eu le sinistre (l’incendie lors de la tornade dévastatrice en 2018), deux relocalisations (à de l’Île et au Centre Asticou), un nouvel édifice puis là survient une pandémie qui a complètement bouleversé la vie scolaire. On trouvait alors important d’organiser quelque chose, dans la mesure du possible. Ça va avoir lieu à l’extérieur en respectant les mesures. Il a fallu avoir les autorisations et faire toutes sortes de démarches, mais tout le monde a fait preuve de compréhension », indique le directeur Pierre Ménard.

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Sur rendez-vous, afin d’éviter les rassemblements, les élèves vont entre autres avoir la possibilité de se faire photographier sous la traditionnelle arche de ballons et de signer une murale souvenir les 22 et 23 juin. Une mosaïque sera aussi remise aux adolescents qui s’apprêtent à voler de leurs propres ailes.

« Oui, ils vont avoir l’occasion de voir certains autres élèves, mais principalement les jeunes reverront leurs enseignants. Je sais que ça va crever le cœur et que tous les finissants ont une envie irrésistible de se retrouver, mais malheureusement on doit éviter ce genre de rassemblement, c’est partie remise », lance M. Ménard.

Pour l’heure, l’établissement du secteur Hull a réussi à trouver une nouvelle date pour le « vrai » bal des finissants, soit le 24 octobre. Mais rien n’est coulé dans le béton, car tout dépendra des règles à respecter et de l’évolution du virus.

Le fait de pouvoir souligner la fin de ce chapitre, même de la manière la plus simple qui soit, plaît aux principaux intéressés. « Je voulais vraiment fêter cet événement marquant de notre vie, alors même si c’est une plus petite activité, ça me rend vraiment heureuse, car c’est difficile pour tout le monde en ce moment », lance Noura Elmawazini.

La directrice de l’école polyvalente L’Érablière, Nathalie Rioux, et les élèves Joêlle Khouri et Olivier Sabourin

Cette dernière se dirige dans le monde de la science au Cégep Heritage à la rentrée automnale.

De son côté, Mathis Larochelle salue ce qu’il considère comme « un beau geste » dans les circonstances, lui qui souligne que le confinement et la fermeture des écoles ont été une source de stress à un certain moment.

« Au départ, on n’avait aucune idée de comment on allait être évalué, alors on trouvait qu’on avait été un peu mis de côté, mais une fois que l’école a rouvert virtuellement et qu’on a pu avoir accès à nos profs via les plateformes en ligne, on a pu avoir réponses à nos questions et apprendre des choses. La fin du secondaire est une grosse étape dans notre cheminement, je suis content de voir qu’on a pensé à nous », dit celui qui a été accepté en finances à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa.


« Nos élèves, c’est comme nos enfants. »
Pierre Ménard

« Un party pas comme les autres »

À l’école polyvalente de l’Érablière, une activité surprise attend les finissants les 25 et 26 juin, mais la directrice Nathalie Rioux se garde bien d’en révéler les détails, question d’entretenir le mystère. Chose certaine, elle affirme qu’il était « inconcevable » pour son équipe et elle de laisser les élèves de cinquième secondaire en plan.

Sur rendez-vous, par ordre alphabétique selon le nom de famille, les finissants pourront se rendre à l’école une dernière fois en compagnie des gens qui habitent à la même adresse qu’eux.

« Ils ont reçu une invitation, mais n’ont aucune idée de ce qui va se passer. On a étalé ça sur deux jours pour se permettre de vivre un temps de qualité avec les élèves », affirme-t-elle.

Joêlle Khouri, qui trépignait d’impatience de défiler au bal avec la robe qu’elle a achetée avant que n’éclate la crise, est tout de même soulagée de voir qu’elle pourra fermer les livres « d’une façon différente » sur son parcours.

« Le plus important pour moi, c’était de graduer avec mes amis, de recevoir mon diplôme. On a attendu cinq ans avant d’arriver à ce moment-là. C’est triste, mais on va suivre les consignes », s’exclame l’adolescente qui compte réaliser des études en droit.


« On a étalé ça sur deux jours pour se permettre de vivre un temps de qualité avec les élèves. »
Nathalie Rioux

Son collègue Olivier Sabourin, qui est inscrit en gestion de commerce au Cégep de l’Outaouais, rappelle que le bal et l’après-bal ne sont pas des partys « comme les autres »

« C’est pas mal la dernière fois où tu peux voir certains de tes amis, surtout s’ils quittent pour des études à Montréal ou Québec. Dans ma tête, c’était la dernière soirée pour profiter du bon temps avec ceux qui t’ont permis de devenir qui tu es pendant ces cinq années-là », lance-t-il.

À l’Érablière, la direction préfère attendre de voir « ce qui sera possible ou impossible » avant de statuer sur si le « vrai » bal des finissants pourra avoir lieu à une date ultérieure.

L’école secondaire organise une activité pour ses finissants. Les élèves Noura Elmawazin et Mathis Larochelle, accompagnés du directeur Pierre Ménard.

« Comme nos enfants »

Les derniers mois auront été éprouvants également pour les directions d’école, qui auraient bien sûr voulu que ça se passe autrement pour les finissants.

« Je suis moi-même mère d’un finissant. C’est sûr que c’est déstabilisant, car ce n’est vraiment pas ce pour quoi je me suis engagée dans cet emploi-là. J’ai besoin de mes élèves, c’est mon essence et ils donnent tout le sens à ma tâche, aux longues heures consacrées au travail. Ce n’est vraiment pas la façon rêvée de terminer, mais on s’adapte », confie Nathalie Rioux.

De son côté, Pierre Ménard soutient qu’en fin de compte, même si ce n’est « pas toujours rose » d’être directeur parce que nos décisions ne font pas nécessairement l’unanimité, on souhaite « le bonheur » des élèves.

« Nos élèves, c’est comme nos enfants. Bon, je ne suis pas leur père, mais je suis leur directeur. Ça m’arrachait un peu le cœur de les voir partir sans qu’on puisse leur dire un dernier au revoir, surtout compte tenu de tout ce qu’on a vécu à Mont-Bleu. On les aime nos élèves, on veut pouvoir leur souhaiter bonne chance avant de les voir poursuivre leur parcours de vie », conclut-il.