Pour l’instant, seule la MRC du Pontiac fait partie du programme.

Le jumelage comme solution

Lueur d’espoir pour les agriculteurs en devenir qui souhaitent démarrer leur entreprise, le projet L’Arterre, un service à l’échelle provinciale géré par le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec, commence à faire son petit bout de chemin en Outaouais.

Outil de maillage misant sur l’accompagnement et le jumelage entre des aspirants agriculteurs et des propriétaires de lots en zone agricole, L’Arterre a pour objectif de faciliter la vie aux jeunes fermiers qui souhaitent amorcer leur carrière, soit par le démarrage ou la reprise d’une entreprise existante. Les propriétaires fonciers de terres agricoles cultivées ou non et les propriétaires d’entreprise qui n’ont pas de relève pour assurer la survie de leur ferme y trouvent également leur compte.

« C’est une option qui permet d’éviter le démantèlement d’entreprises agricoles existantes. On cible toutes les terres en friche appartenant à des propriétaires fonciers pour les mettre à la disposition d’aspirants agriculteurs. On rend des terres accessibles à la relève qui n’est pas nécessairement issue de familles d’agriculteurs », explique l’agronome Chantal Leduc, agente de maillage pour le projet L’Arterre et agente de développement pour le PDZA de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau.

Cette Municipalité régionale de comté a adhéré à L’Arterre en février dernier. En Outaouais, seule la MRC de Pontiac est aussi pour l’instant partie prenante du programme, depuis la fin 2015. Deux jumelages y ont été réussis jusqu’à présent.

Dans la Vallée-de-la-Gatineau, deux aspirants agriculteurs sont inscrits au service depuis février. Le registre regroupe également deux terres inscrites, alors que quatre propriétaires fonciers de terres et deux dirigeants d’entreprises souhaitant dénicher de la relève se sont manifestés.

Un potentiel à exploiter

Si un seul maillage couronné de succès peut avoir lieu pour la première année d’opération du service dans la Vallée-de-la-Gatineau, la MRC aura gagné son pari, poursuit l’agronome.

« C’est un objectif quand même conservateur, mais il faut comprendre que c’est un long processus de monter une base de données assez considérable pour offrir des choix aux aspirants agriculteurs. On demande aussi des aspirants agriculteurs sérieux et préparés qui ont un plan d’affaires », souligne cette dernière, qui voit les friches comme étant un véritable frein à la dynamisation du secteur agricole.

« C’est un potentiel qui dort. L’agriculture est une richesse à exploiter. Oui, on produit sensiblement les mêmes quantités de produits qu’autrefois même si on a moins d’entreprises agricoles, mais l’agriculture n’est plus uniquement locale, elle est devenue mondiale. Si on parle de production maraîchère par exemple, nos marchés publics ont de la difficulté à avoir des légumes parce que l’offre n’est pas comblée. Il y a de plus en plus de demandes pour les petits fruits. Il y a de nouvelles cultures qui ne sont pas entièrement consommées sur le territoire. Il y a des marchés mondiaux à percer », dit-elle.

L’aménagiste pour l’UPA Outaouais-Laurentides, Guillaume Charest-Hallée, est aussi d’avis que L’Arterre représente un levier de taille afin de remettre en activité les lopins de terres agricoles abandonnés en région.

« Il n’y a pas 56 solutions. Ça prend un mélange de projets comme L’Arterre et il faut faire valoir qu’il y a des avantages fiscaux lorsqu’on loue des terres à des entreprises agricoles. Ce sont les deux mesures piliers à mettre de l’avant », dit-il, rappelant que les propriétaires de parcelles agricoles peuvent notamment se faire rembourser à peu près 70 % des taxes foncières sur leurs lots offerts en location.

La volonté politique

Dans la MRC de Papineau, où l’occupation du territoire et la question des friches figurent parmi les principaux points soulignés dans le PDZA adopté en 2016, on mise beaucoup sur une éventuelle adhésion à L’Arterre, souligne Martin Turcot, qui est propriétaire de la Ferme Aux Pleines Saveurs à Saint-André-Avellin et président de l’UPA Papineau.

« On a l’impression ces dernières années que les producteurs de la région et l’agriculture ont parfois été négligés. Si la MRC adhère à L’Arterre, ça enverrait un signal politique clair que la région se rallie derrière l’agriculture et qu’on veut agir concrètement pour dynamiser le secteur », soutient ce dernier.

Le préfet de la MRC de Papineau, Benoît Lauzon, confirme que la mise en place du projet L’Arterre fera partie des discussions au sein du gouvernement régional dans un futur rapproché.

Ce dernier croit d’ailleurs que toutes les avenues doivent être scrutées à la loupe afin de favoriser la remise en culture des terres abandonnées. Pour que la MRC puisse soutenir le développement agricole, la volonté politique doit toutefois être bien palpable, dit-il.

« La MRC peut être un leader, mais si on arrive dans une municipalité et qu’elle ne veut pas embarquer dans le processus qu’on essaie de mettre en place, on ne peut pas rien faire. On travaille à changer la culture au conseil des maires pour que quand on se donne une vision, il faut qu’on puisse la maintenir et l’implanter dans nos conseils municipaux pour s’assurer de faire du développement », fait valoir l’élu.