Le jeune autiste coupable du meurtre de ses parents

En plaidant coupable du meurtre de ses parents, à Ottawa, Cameron Rogers a admis que son histoire d’abus sexuels commis par son père n’était que mensonge.

Un autre coup de théâtre s’est produit au palais de justice, mercredi.

Après avoir provoqué un avortement de son procès, la semaine dernière, Cameron Rogers est revenu sur ses mots, et avoué son crime.

D’abord accusé de meurtre avec préméditation, il a finalement plaidé coupable à des accusations réduites de meurtre sans préméditation.

Il a reconnu sa responsabilité dans le double meurtre de ses parents adoptifs, Dave Rogers, un journaliste retraité du Ottawa Citizen âgé de 69 ans, et de Merrill Gleddie Rogers, une fonctionnaire de 63 ans, en novembre 2016.

Les deux corps ont été découverts à proximité d’une remise de l’arrière-cour du 1615, avenue Apeldoorn, dans le quartier Carleton Heights, à Ottawa.

Le 10 décembre dernier, Cameron Rogers a vu son procès avorter.

Des révélations troublantes sur de supposées agressions sexuelles sur sa personne, par son père, ont créé un effet domino menant à l’avortement de son procès.

Le tribunal devait depuis ce temps déterminer s’il poursuivait sans jury, ou s’il recommençait tout à zéro.

Cameron Rogers a avoué, mercredi, que les abus sexuels subis dans sa jeunesse étaient de fausses allégations. Il a plaidé coupable.

Meurtre en direct

Le frère cadet de la mère assassinée, Graham Gleddie, était toujours chamboulé par cette histoire, à sa sortie du palais de justice, mercredi.

Il a raconté le jour où il a discuté avec Cameron Rogers au téléphone, « pendant le meurtre ».

« Ma sœur m’avait demandé de l’appeler entre 14 h et 16 h, ce jour-là. Selon l’enquête, Cameron a entamé les exécutions vers 11 h. Selon la version de Cameron, donnée aux policiers, Merrill était encore en vie. Elle gémissait sur le plancher de la cuisine. Il lui a crevé l’œil droit. Elle avait reçu plusieurs coups de couteau. Elle souffrait énormément sur le sol. Je parlais au téléphone avec Cameron. Il me disait très calmement que tout était ‘OK’, et que, non, il ne viendrait pas (avec ses parents) au dîner familial prévu en soirée. Il était très calme. »

Graham Gleddie craint toujours son neveu, même s’il a écopé de la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 20 ans.

« Nous avons de la famille sur le Côte Est, et aux États-Unis. Ils ont tous peur pour nous, car il sera libéré, un jour. »

M. Gleddie craignait le jeune homme, même lorsque sa sœur et son beau-frère étaient vivants. 

« On essayait de leur parler de ce qui n’allait pas avec Cameron. On tentait de les avertir, mais on nous disait de nous taire. Dave aimait tellement Cameron. Ces parents ont tout donné à leur enfant. Ce que cet enfant a fait est sans cœur. Cameron prenait toujours avantage des choses, et des gens autour de lui. »

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LA DÉFENSE SATISFAITE, DANS LES CIRCONSTANCES

Dans les circonstances, l’avocat de Cameron Rogers est satisfait du dénouement de l’histoire.

À 24 ans, le jeune homme, qui vit avec le spectre de l’autisme a plaidé coupable du meurtre-non prémédité de ses parents, à Ottawa.

«Il est d’accord avec ce dénouement, dit Me Joseph Adelman. C’est la meilleure option disponible. On sait qu’il a fait des confessions aux policiers, lors de son arrestation. Il aurait pu recevoir deux sentences de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans, ce qui aurait pu l’obliger à attendre 50 ans avant de demander sa libération conditionnelle. Cela se fait maintenant ailleurs au Canada.»

En plaidant coupable de meurtre non prémédité, il purgera ses peines de façon concurrente, sans possibilité de libération conditionnelle avant 20 ans.

«Pour nous, c’est une bonne entente (avec la couronne).»

L’autisme, pas une excuse

L’inspecteur Chris Renwick, du Service de police d’Ottawa (SPO) s’est dit heureux pour la famille éplorée, qui pourra tourner la page sur ce triste chapitre.

« On ne saura jamais vraiment pourquoi Cameron a fait cela, a dit l’inspecteur, devant le palais de justice. Ses parents (Dave Rogers et Merrill Gleddie) l’ont toujours aidé. Ils lui ont tout donné.»

Le couple «était aimé et apprécié» de ses proches, soutient le policier.

L’état mental de Cameron Rogers n’explique pas une telle violence, selon l’inspecteur.

«Je ne crois pas que le fait que Cameron vive avec le spectre de l’autisme ait joué un rôle. Beaucoup de gens vivent avec ce spectre, et ne se retrouvent pas dans une telle situation. Le fait qu’il ait menti (en disant faussement avoir été abusé sexuellement par son père, pendant sa jeunesse) démontre son caractère, sa volonté d’échapper à son sort. Après le meurtre, il a fui la maison pendant une semaine, et tenté de se rendre aux États-Unis. Cela en dit beaucoup sur sa personnalité.»