Petite pelouse pourra devenir grande à La Pêche : à la suite d’une dispute avec deux citoyens, la municipalité compte supprimer l’un de ses règlements d’urbanisme jugé « obsolète et inapplicable », qui limite la taille de l’herbe à 15 centimètres.
Petite pelouse pourra devenir grande à La Pêche : à la suite d’une dispute avec deux citoyens, la municipalité compte supprimer l’un de ses règlements d’urbanisme jugé « obsolète et inapplicable », qui limite la taille de l’herbe à 15 centimètres.

Le gazon pourra pousser à La Pêche

Petite pelouse pourra devenir grande à La Pêche : à la suite d’une dispute avec deux citoyens, la municipalité compte supprimer l’un de ses règlements d’urbanisme jugé « obsolète et inapplicable », qui limite la taille de l’herbe à 15 centimètres.

Ce règlement date de 2003-2004. À la suite de l’adoption récente du schéma d’aménagement révisé de la MRC des Collines, la municipalité a jusqu’en 2022 pour en faire une révision globale, indique le maire de La Pêche, Guillaume Lamoureux. Le règlement des 15 centimètres « devra être supprimé lorsque nous procéderons à son examen ».

Une dispute entre la municipalité et deux citoyens est à l’origine de ce changement de cap. Sur le terrain de leur atelier situé dans le village de Masham, les designers d’intérieur Jazmine Maisonneuve et Samuel Cloutier ont préféré laisser pousser une « prairie » de fleurs, de longues herbes et d’espèces sauvages — leur parterre attire les insectes pollinisateurs, bien plus que la traditionnelle pelouse verte. L’an dernier, la municipalité a averti le couple que sa haute végétation était une « nuisance », et qu’une amende de 400 $ leur serait imposée s’ils ne la tondaient pas.

Récemment, le département d’urbanisme a récidivé : le duo a reçu un, puis deux appels en mai et en juin, les menaçant de les traîner en cour s’ils refusaient de se plier aux règles.


« L’effort qu’une amende exigerait autour de l’entretien des pelouses n’en vaut tout simplement pas la peine, et les lois et politiques provinciales concernant les plantes sont contradictoires. »
Guillaume Lamoureux

Selon Samuel Cloutier, la municipalité a indiqué qu’elle accepterait de faire une exception s’il lui envoyait une étude qui prouverait que tondre son terrain serait plus nocif pour l’environnement que de le maintenir. Pour 400 $, l’artisan a envoyé des photos de toutes les espèces de son terrain à faire analyser par une biologiste. Sa conclusion : la petite prairie devrait être maintenue. Mais le rapport a été refusé, parce que la biologiste n’avait pas pris les photos elle-même, et parce que son document ne contenait pas de carte indiquant l’emplacement des espèces sur le terrain, rapporte Samuel Cloutier.

Du côté de la municipalité, le maire de La Pêche indique que de telles évaluations sont généralement demandées aux citoyens pour identifier les rives et les zones humides dans les projets de construction, et nie qu’une telle évaluation ait été demandée au couple. « Néanmoins, le rapport reçu par l’inspecteur n’a pas permis de localiser sur un plan les différentes (aires) et zones d’intérêt que les propriétaires avaient l’intention de mettre en évidence, ce qui a ensuite été indiqué aux propriétaires », a détaillé Guillaume Lamoureux par courriel.

Le maire ajoute que personne à La Pêche n’a jamais reçu d’amende pour avoir une pelouse mal entretenue. « Nous préférons utiliser l’avis de courtoisie et trouver des accords entre les différentes parties, détaille-t-il. L’effort qu’une amende exigerait autour de l’entretien des pelouses n’en vaut tout simplement pas la peine, et les lois et politiques provinciales concernant les plantes sont contradictoires : il suffit de penser au défi de contrôler ou d’éradiquer les plantes allergènes ou envahissantes comme l’herbe à poux ou le panais sauvage tout en protégeant et en favorisant les pollinisateurs. Et cela vaut également pour la propriété au 51 Rue Principale, nous avons essayé de trouver un accord et n’avons pas infligé d’amende pour la pelouse mal entretenue. »

CBC a partagé l’histoire de Jazmine Maisonneuve et Samuel Cloutier mardi matin. Le couple s’était alors dit prêt à se battre pour ses fleurs. Dans la journée, les entrepreneurs ont reçu « beaucoup » de messages de la part d’avocats et de biologistes prêts à s’impliquer gratuitement si la cause devait aller plus loin.

Samuel Cloutier est catégorique : il ne sera question ni de faire un nouveau rapport, ni de sortir la tondeuse. Le couple a envoyé une lettre à la municipalité pour l’informer de sa décision. Mardi après-midi, aucune réponse n’avait été reçue.

« C’est une perte d’argent et de temps pour tout le monde, déplore M. Cloutier. On a beaucoup d’asclépiades en ce moment. Elles attirent les monarques, qui sont en voie d’extinction. On fait la part qu’on peut faire pour l’environnement, et je n’ai vraiment pas envie de couper une acre de prairie juste pour que ce soit beau à l’œil de nos voisins. »