Selon le dernier recensement, le poids démographique des francophones a chuté dans la région.

Le français en recul

Le poids démographique des francophones a chuté des deux côtés de la rivière des Outaouais, et ce de manière plus prononcée à Gatineau, révèlent les plus récentes données du Recensement 2016 sur la langue, la diversité et les familles, dévoilées mercredi par Statistique Canada.
Même si la population dont la langue maternelle est celle de Molière a augmenté depuis le dernier recensement datant de 2011, sa proportion, elle, a reculé respectivement de 2,7 et 0,5 point de pourcentage à Gatineau et Ottawa, selon l'organisme fédéral.
Les francophones représentent désormais 74,5 % de la population gatinoise, tandis qu'ils représentent 13,7 % dans la capitale fédérale. Au total, dans les deux villes voisines, un peu plus de 330 000 personnes ont affirmé lors du recensement avoir le français comme langue maternelle.
En ce qui a trait à la proportion d'anglophones, elle a gagné quasi un point de pourcentage à Gatineau depuis le dernier recensement datant de 2011, ayant passé de 11 % à 11,9 %. À l'inverse, du côté ottavien de la rivière, le poids démographique des gens dont la langue de Shakespeare a légèrement baissé, se chiffrant aujourd'hui à près de 61 %. 
Par ailleurs, autant à Gatineau qu'à Ottawa, la proportion de résidents dont la langue maternelle n'est pas l'une des deux langues officielles du pays s'est accrue, se chiffrant respectivement à 21,7 % et 9,3 %.
Dans la région de la capitale nationale, l'arabe, l'espagnol, le portugais et le mandarin sont parmi les autres langues les plus parlées au sein de la population.
Du côté gatinois, un peu plus de 235 000 personnes ont indiqué que le français était la langue parlée à la maison. Du nombre, 70 % des gens ont affirmé qu'il s'agissait de la seule et unique langue utilisée, alors que 18 % ont répondu que c'était souvent la langue parlée dans leur train-train quotidien.
À Ottawa, 172 500 personnes ont indiqué qu'ils parlaient français sous leur toit, mais du nombre, à peine plus de 23 % qu'il s'agissait de la seule et unique langue utilisée. Au total, 64 % ont affirmé avoir recours au français souvent ou régulièrement.
Toujours selon les données publiées mercredi, 244 555 personnes ont indiqué que le français était leur langue maternelle dans la portion québécoise de la région métropolitaine de recensement (RMR) d'Ottawa-Gatineau, qui inclut entre autres les municipalités de Cantley, Chelsea, L'Ange-Gardien et Val-des-Monts. Du côté ontarien, qui inclut les municipalités de Clarence-Rockland et Russell, on compte tout près de 150 000 francophones. 
Plus de 17 000 autres ont répondu que le français était aussi leur langue maternelle, avec l'anglais ou une autre langue.
Selon Statistique Canada, la langue maternelle est la première langue apprise à la maison durant l'enfance et encore comprise par la personne lorsque les statistiques sont recueillies.
Lors du recensement, la population totale de la RMR d'Ottawa-Gatineau se chiffrait à 1 323 783 personnes, ce qui lui conférait le cinquième rang derrière Toronto, Montréal, Vancouver et Calgary.
Langue maternelle dans la région
                       Français   Anglais   Autre langue (non-officielle)
Gatineau         74,5%        11,9%          9,3%
Ottawa            13,7%        60,9%         21,7%
pour les villes de Gatineau et Ottawa, selon le recensement 2016 de Statistique Canada
« C'est révoltant et enrageant »
La baisse de proportion de la population francophone un peu partout au pays y compris dans la région est un « évident constat d'échec des politiques linguistiques des gouvernements fédéral et provinciaux, incluant celui du Québec », s'exclame le président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault.
Jean-Paul Perreault, qui préside le mouvement Impératif français, s'inquiète des chiffres présentés dans le dernier recensement.
Selon lui, l'avancement de l'anglais et des autres langues se fait au détriment de la langue de Molière et le poids démographique des francophones continuera à reculer tant et aussi longtemps qu'une politique linguistique en faveur du français n'est pas adoptée par Ottawa.
« D'une certaine façon, le Canada est un mensonge, car on prétend avoir le français comme l'une des langues officielles, alors que quand on voit les statistiques, on voit bien que le pays agit comme un puissant moteur de défrancisation », lance-t-il, ajoutant au passage que c'est un grave problème que 25 000 Gatinois ne parlent pas un mot français.
Disant ne pas perdre espoir, il rappelle qu'au-delà des gouvernements, chaque citoyen a aussi son rôle à jouer.
« Si chaque francophone adhérait à la vision de parler sa langue en tout temps, on observerait un revirement de situation graduel, mais les chiffres nous démontrent le contraire. C'est révoltant et enrageant. Et on essaie de nous endormir en nous disant que le bilinguisme progresse, mais c'est de la foutaise. C'est l'anglicisation des francophones qui progresse », tonne M. Perreault.
Rester lucide
De son côté, le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Jean Johnson, affirme vouloir regarder les faits avec lucidité et ne pas céder à l'alarmisme mais avoue être préoccupé sur plusieurs aspects.
« Il n'y a pas de quoi être satisfait, loin de là. En 2017, nous ne sommes pas du tout là où nous devrions être. Un recul démographique du français dans des régions comme la péninsule acadienne ou l'Est ontarien, c'est inquiétant », a-t-il dit, signalant qu'un sérieux coup se doit d'être donné par les instances gouvernementales.