Le français en décroissance dans la capitale nationale

La Journée internationale de la francophonie sera célébrée aujourd'hui aux quatre coins du monde. Toutefois, l'utilisation, la compréhension et la présence du français continuent leur décroissance au pays. La région de la capitale nationale n'y échappe pas.
La proportion de citoyens de la région dont leur première langue officielle parlée est celle de Molière a connu un recul au cours des 30 dernières années.
Selon Statistique Canada, 35% des résidents de la capitale nationale, incluant ceux d'Ottawa et des cinq municipalités formant aujourd'hui Gatineau, faisaient partie de ce groupe en 1981.
Ce chiffre a dégringolé à 32% en 2011, année du dernier recensement.
C'est sans surprise que la plus grande concentration de francophones se trouve sur la rive québécoise.
Plus de 220000 citoyens gatinois, ou 83,6% de la population totale s'exprimaient en français en 2011 comparativement à 143045, ou 16,4%, à Ottawa. Cependant, dans les deux cas, le poids relatif du français a diminué au sein des deux villes pendant la période étudiée, plus précisément de 2 points de pourcentages sur la frontière québécoise, et de 3,2 de l'autre côté de la rivière.
«Quand nous regardons le portrait d'ensemble, il y a effectivement une baisse chez le groupe dont la première langue parlée est le français. Et le facteur le plus important est de loin l'immigration internationale», explique Jean-Pierre Corbeil, porte-parole chez Statistique Canada.
Il rappelle que l'anglais a gagné du terrain depuis trois décennies, passant de 64,2% à 67,4% dans la capitale nationale.
«L'immigration ne cesse de croître, tant à Ottawa qu'à Gatineau. On tend à attirer plus d'immigrants anglophones à Ottawa qu'à Gatineau, affirme M. Corbeil. De plus, les immigrants s'exprimant dans une autre langue et qui ne parlaient ni l'anglais, ni le français a triplé depuis 1981, de 31000 à 107000 personnes.»
Déclin du français
Le gouvernement de l'Ontario a cependant décidé de venir en aide au fait français le mois dernier. Le projet de loi 161, présenté en première lecture le 19 février à l'Assemblée législative, vise à conserver le poids démographique des francophones en province pour assurer que 5% des nouveaux immigrants s'expriment en français. Cette cible a été fixée par la province en 2012, mais très peu de mesures concrètes ont été élaborées pour l'heure.
Le réflexe d'utiliser la langue de Shakespeare dans le quotidien, notamment à la maison, s'avère un autre facteur qui contribue au déclin du français.
«Nous avons une responsabilité, en tant que francophones vivant en situation minoritaire, de promouvoir le français, de l'afficher, de le pratiquer et de le partager», estime Denis Vaillancourt, président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario.
Certains progrès quant à l'offre du français ont été observés du côté de la Ville d'Ottawa depuis un an.
«En 2013, 19 départements municipaux ont développé des plans opérationnels qui visent à améliorer l'offre active des services en français», soutient Renée Bertrand, gestionnaire de la Direction des services en français de la municipalité.
Reste que le maire Jim Watson refuse de désigner la capitale nationale comme ville officiellement bilingue. Il préfère endosser une politique de «bilinguisme pratique».