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Homosexualité: les «thérapies de réorientation» bien présentes au Québec

Même si elles ne sont pas appuyées par la science, les thérapies de conversion ou de réorientation sexuelle existent au Québec. L’Alliance Arc-en-ciel de Québec a dévoilé jeudi un mémoire qui fait la lumière sur ces pratiques qui promettent de «guérir» les homosexuels en les menant sur le chemin de l’hétérosexualité.

Rédigé par Alex Saulnier, étudiante au baccalauréat en anthropologie de l’Université Laval, le mémoire se base sur des entrevues réalisées avec sept personnes qui ont vécu une telle expérience, pour la plupart dans des communautés protestantes pentecôtistes ou évangéliques.

Trois fois

Le Montréalais Gabriel Nadeau, 24 ans, est l’une des personnes ayant été interviewées pour le mémoire. Il a vécu non pas une, ni deux, mais bien trois thérapies de reconversion. Celui dont la famille est pentecôtiste a d’abord demandé d’en subir une à 12 ans.

«Quatre personnes me tenaient physiquement pendant que le “prophète” me criait dans les oreilles pendant une demi-heure en demandant au démon de sortir, et qu’on me faisait boire de “l’huile d’olive sainte”», a-t-il raconté en conférence de presse. La procédure a coûté 300 $.

Quatre ans plus tard, il y retournait, toujours de son propre chef, convaincu que ses pulsions étaient un «démon». Il s’est même rendu en Ontario, à l’âge de 18 ans, pour faire partie d’un groupe de thérapie composé «d’ex-gais» qui promettait de le «guérir» de son homosexualité.

«Tout le monde dans mon entourage me disait qu’on pouvait changer mon orientation sexuelle. J’ai tout essayé... sans succès bien sûr. Le déclic s’est fait entre 18 et 19 ans... Maintenant, j’accepte mon orientation et je suis fier d’être gai», a expliqué Gabriel. 

Organisations religieuses

Et Gabriel n’est pas seul. Au Québec, plus particulièrement dans les régions de Montréal et en Outaouais, ces thérapies seraient offertes par des organisations religieuses, essentiellement protestantes évangéliques, pentecôtistes, baptistes ou parfois catholiques, par des thérapeutes et des organismes sans but lucratif.

Le plus connu des organismes québécois, Ta Vie Ton Choix, a été fondé par un ancien journaliste de TVA et de Radio-Canada, Michel Lizotte. L’organisme serait lié au mouvement chrétien évangélique même s’il se proclame non confessionnel et demanderait jusqu’à 12 000 $ pour une thérapie de reconversion.

Recommandations

Avec les données recueillies, les premières sur ce phénomène au Québec selon le directeur général de l’Alliance Arc-en-ciel, Louis-Filip Tremblay, l’organisme a émis neuf constats et recommandations à l’intention des ordres professionnels et du gouvernement.

Il demande d’abord de cesser de reconnaître les pratiques de réorientation sexuelle comme de la psychothérapie. «Présentement, il n’y a pas vraiment de loi qui interdise ces pratiques. En 2012, l’Ordre des psychologues a été plutôt mou en disant que ce n’était pas vraiment éthique, mais que c’était quand même de la psychothérapie», explique M. Tremblay.

L’Alliance voudrait aussi que l’Ordre et le Collège des médecins dénoncent tout thérapeute proclamé qui propose des thérapies de conversion et pratique sans permis.

Elle souhaite aussi que la Direction de la protection de la jeunesse se penche sur le cas des personnes mineures, qui constitueraient la majeure partie de la «clientèle» des thérapies de conversion et subiraient ainsi des abus et de la négligence dans des contextes religieux.

On demande aussi au gouvernement de n’octroyer aucun soutien aux organisations ou professionnels qui offrent ce genre de pratique, d’approfondir les connaissances sur ces thérapies et de déployer une campagne de sensibilisation ciblée tout en soutenant les personnes qui ont subi ces thérapies dans leurs démarches de reconstruction.

L’Alliance souhaite aussi qu’une attention particulière soit accordée aux cours d’éducation sexuelle dans les écoles à vocation religieuse afin de s’assurer qu’on n’y fasse pas la promotion des thérapies de réorientation sexuelle.

Les représentants des quatre partis politiques représentés à l’Assemblée nationale, dont la ministre de la Justice Stéphanie Vallée, ont promis de se pencher davantage sur cette question. «On reconnaît qu’il y a du travail qui doit se faire, surtout que rien n’avait été écrit sur cette question avant ce mémoire», a déclaré Mme Vallée en conférence de presse.

Science

Des probiotiques pour... les abeilles?

À vue de nez, tester des bactéries probiotiques sur des abeilles peut sembler aussi étrange que de jouer au basket avec un bâton de hockey. Mais le fait est que tous les animaux vivent dans une mer de bactéries depuis la nuit des temps : une équipe de l’Université Laval l’a essayé et elle vient, disons, de marquer un panier de trois points avec sa méthode. Ou un tour du chapeau, selon les préférences…

Les hivers sont longs pour les abeilles québécoises. «Pendant l’hivernage, les abeilles ne se débarrassent pas du contenu de leurs intestins, alors cela met leur microbiote intestinal à rude épreuve et ça se traduit par des épisodes de nosémose [maladie causée par un champignon microscopique], surtout dans des endroits où les hivers sont longs, comme ici», dit le biologiste Nicolas Derome, qui cosigne l’étude avec une dizaine d’autres chercheurs de l’UL et de France. L’article est paru jeudi dans la revue savante Frontiers in Ecology and Evolution.

La nosémose rend les abeilles moins coopératives et diminue leur résistance immunitaire, menant parfois à des pertes importantes. M. Derome et son équipe ont donc testé quatre probiotiques (des bactéries de souches spécifiques qui vivent dans l’intestin des abeilles) différents sur un total de 4000 abeilles gardées pendant 27 jours dans des cages (par groupe de 20) et qui étaient nourries avec un sirop de sucre. Toutes ont été infectées à la nosémose et, selon le groupe, le sirop était enrichi (ou non) de l’un ou l’autre des probiotiques — des souches de bactéries connues pour combattre le champignon qui cause la nosémose.

À point nommé

Résultat : dans les cages qui n’avaient pas de sirop enrichi avec de «bonnes bactéries», les abeilles ont commencé à mourir massivement après 14 jours, au point où seulement 20 à 25 % étaient toujours vivantes au bout de trois semaines. Mais chez celles qui avaient reçu le traitement probiotique, les taux de survie atteignaient de 45 à 55 %, selon le type de bactérie testé.

Ce succès ne surprend toutefois pas M. Derome outre mesure. Lui-même un spécialiste non pas des abeilles, mais des microbiotes dans l’élevage, il a déjà observé des effets bien plus spectaculaires. «Les tout premiers résultats qu’on avait obtenus, c’était en aquaculture avec l’omble de fontaine, et on avait eu une amélioration des taux de survie de 84 %. C’était assez exceptionnel, d’autres résultats qu’on avait obtenus pour le doré jaune, par exemple, tournaient plutôt autour de 20 à 30 %, et là on a jusqu’à 40 % pour l’abeille […mais] notre étude tombe vraiment à point nommé pour les apiculteurs. Le fabricant de l’antibiotique qui servait à combattre la nosémose a mis la clef sous la porte récemment. Ça a d’ailleurs créé tout un séisme dans l’apiculture canadienne et dans le nord des États-Unis, où la nosémose est plus fréquente.»

Combiné au fait que le champignon commençait à montrer une résistance audit antibiotique, il était en effet grand temps qu’une solution de rechange potentielle soit trouvée…

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Sommet du G7: vigilance accrue en amont de Québec

Il y aura beaucoup, beaucoup de policiers pour patrouiller les routes entre Québec, La Malbaie et Saguenay avant et pendant le Sommet du G7 des 8 et 9 juin. Mais saviez-vous que cette surveillance s’étendra jusqu’à… Montréal?

«Sur la route entre Québec et Mont­réal, il va y avoir plus de véhicules de patrouille; c’est certain qu’il va y en avoir plus pour surveiller», explique au Soleil le lieutenant Jason Allard, officier de la Sûreté du Québec responsable des communications pour le G7. 

Une présence accrue parce que des convois officiels pourraient circuler entre les deux villes, ajoute-t-il. Aussi pour que les forces de l’ordre voient qui roule vers l’est. Et pour éviter que la circulation soit freinée, par un accident par exemple.

Le gros de la circulation liée au Sommet du G7 sera malgré cela concentré sur la droite de Québec. Une partie voyagera en direction de la base de l’aviation de Bagotville; une autre part sillonnera la 170, la route rattachant Saguenay et La Malbaie en passant par Sagard et Saint-Siméon. 

C’est néanmoins surtout sur la 138, lien privilégié pour se rendre jusqu’au Manoir Richelieu, que le flot s’engouffrera.

«Les délégations vont se promener entre Québec et La Malbaie», a d’ailleurs souligné la directrice générale des programmes du Bureau de gestion des sommets d’Affaires mondiales Canada, Louise Léger, au cours d’une récente conférence de presse. «Il va y avoir beaucoup de trafic entre Québec et La Malbaie.» 

Des policiers aux 2 km?

Combien de policiers surveilleront le parcours? Il n’y aura pas une auto-patrouille stationnée chaque 2 kilomètres sur la route 138... mais il y en aura plusieurs. «Non, ce ne sera pas 2 km. Il n’y aura pas d’auto-patrouilles autant que ça», commente le lieutenant Jason Allard. Il convient cependant du même souffle que cette route sera particulièrement protégée. 

«Ne serait-ce qu’on ait une collision, on ne peut pas se permettre de bloquer, par exemple, la 138 pour trois heures, on s’entend», fait-il valoir. «Cela fait que oui, on va avoir des effectifs supplémentaires pour assurer la fluidité de la circulation, si on a des événements particuliers pouvoir répondre rapidement. […] C’est sûr qu’avec des convois, il faut s’assurer que ça circule bien.»

Il y aura, tout au long du parcours, des barrages «de courtoisie» où les policiers aiguilleront les conducteurs sur la «bonne» route. Et d’autres, appeler «points de blocage», où ils seront… bloqués.

«On peut s’attendre qu’il va y avoir, dans la région de La Malbaie, environ une dizaine de points de blocage qui vont être montés à des points différents. […] Plus on va se rapprocher du périmètre vert [périmètre restreint], plus les vérifications vont être poussées.»

Droit de manifester

Pas question, toutefois, d’arrêter d’éventuels groupes d’autocars remplis d’altermondialistes, assure M. Allard. Leur arrivée sera par contre annoncée à l’avance par les policiers postés le long du parcours.

Pourquoi? «Pour qu’on soit prêt à La Malbaie pour les recevoir.» Jason Allard évoque notamment la nécessité de préparer des espaces de stationnement. «On n’est pas là pour intercepter les 20 autobus, au contraire. Mais on veut que ça aille bien pour tout le monde. On n’empêchera pas les autobus d’arriver, on a un lieu qui est là pour manifester.»

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L'Agence des services frontaliers veut déployer des renforts à Roxham cet été

Ottawa souhaite déployer en renfort cet été au Québec des agents des services frontaliers d'un peu partout au pays, afin de faire face à une hausse appréhendée des demandeurs d'asile à Hemmingford.

L'Agence des services frontaliers du Canada a transmis des notes de service à ses employés au pays pour annoncer que des agents seront déployés au Québec du 28 mai au 16 septembre. L'Agence prévoit un afflux de demandeurs qui passeraient de façon irrégulière, comme l'été dernier, par le chemin Roxham, pas très loin du poste-frontière officiel de Lacolle, entre le Québec et l'État de New York.

Le Syndicat des douanes et de l'immigration craint que cette mesure exceptionnelle ne se traduise par une pénurie d'agents — et des délais supplémentaires — aux grands aéroports comme Montréal, Toronto et Vancouver, et à des postes-frontières terrestres comme Windsor et Niagara Falls. Le président national du syndicat, Jean-Pierre Fortin, craint aussi une baisse de la sécurité aux postes-frontières.

La Gendarmerie royale du Canada a intercepté 7300 demandeurs d'asile au chemin Roxham en plein hiver cette année — entre janvier et avril —, et les autorités s'attendent à une augmentation importante avec le retour du beau temps. L'an dernier, 19 000 demandeurs d'asile étaient arrivés par le chemin Roxham.

Ottawa met en place des unités d'hébergement temporaire à Saint-Bernard-de-Lacolle, près du chemin Roxham. Ces infrastructures doivent permettre de réduire la pression sur les ressources québécoises, alors que les gouvernements élaborent un mécanisme de triage pour déployer rapidement les demandeurs d'asile qui souhaiteraient s'établir ailleurs qu'à Montréal — et surtout en Ontario, en fait.

M. Fortin rappelle que les postes-frontières sont déjà très achalandés durant l'été, justement, et il souhaite que le gouvernement fédéral embauche davantage d'agents plutôt que de redéployer ceux qui sont déjà en poste. Le syndicat soutient que la moitié des postes d'agents qui ont été supprimés par attrition depuis un an n'ont jamais été remplacés depuis.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a soutenu jeudi que la note de service de l'Agence ne visait qu'à savoir si des agents seraient volontaires pour une assignation à l'extérieur pendant l'été, ou s'ils seraient prêts à faire des heures supplémentaires. Il assure que le nombre d'agents redéployés sera minime, et que l'Agence des services frontaliers du Canada saura veiller à ce que les postes-frontières demeurent adéquatement pourvus.

Après une vague de demandeurs haïtiens l'an dernier, ce serait maintenant au tour de Nigérians de franchir de façon irrégulière la frontière canadienne au chemin Roxham. Ces Nigérians posséderaient un visa de séjour aux États-Unis en bonne et due forme, mais Ottawa croit qu'ils auraient obtenu ce visa dans le seul but de demander le statut de réfugié au Canada.