Lors d’une visite au Zoo de Falardeau, la plaignante Valérie Lesage rapporte avoir été témoin d’une bagarre entre loups où l’un d’eux a été sérieusement blessé.
Lors d’une visite au Zoo de Falardeau, la plaignante Valérie Lesage rapporte avoir été témoin d’une bagarre entre loups où l’un d’eux a été sérieusement blessé.

Zoo de Falardeau: une plainte dès 2015

L’état du Zoo de Falardeau inquiétait des visiteurs depuis plusieurs années. Le 20 juillet 2015, Valérie Lesage a déposé une plainte au Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) après une visite en famille. «Je ne sais pas combien de plaintes il y a eu, mais il y en a eu au moins une où ils auraient pu agir», déplore Valérie Lesage alors que d’ex-employées de ce zoo accusent maintenant le propriétaire, Daniel Gagnon, de cruauté envers les animaux.

Valérie Lesage avait d’abord adressé sa plainte à la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Saguenay. «La SPCA m’avait rappelée pour me dire que ça ne relevait pas d’eux», raconte Valérie Lesage, ancienne journaliste au Soleil. «Ils m’avaient suggéré d’aller vers le ministère de la Faune. Ce que j’ai donc fait.» 

Un employé du MFFP l’a ensuite contactée. «Ce n’était pas clair que le ministère avait un pouvoir d’intervention là-dessus», avait alors compris la plaignante. «Honnêtement, ça me fait bizarre de lire aujourd’hui que dans le fond, ils sont censés faire des inspections.»

En 2015, l’employé du MFFP qui lui avait répondu aurait évoqué la possibilité que cela relève du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Il avait conclu la conversation en disant qu’il ferait les vérifications nécessaires. La plaignante n’a plus eu de nouvelles par la suite.

Blessures et insalubrité

«Comme visiteur, je pouvais voir des choses, mais les employés en voyaient beaucoup plus que nous», commente Valérie Lesage après avoir pris connaissance des dénonciations des ex-employées. D’ailleurs, les situations qu’elle décrit dans sa plainte de 2015 peuvent ressembler à celles rapportées par les ex-employées au journal Le Quotidien.

Dans sa plainte de 2015 qu’elle a fait parvenir au Soleil, Valérie Lesage mentionne le cas d’une jeune tigresse âgée d’un mois et demi. «La pauvre petite, après des heures à être touchée sans répit, est tombée de fatigue sur une table à pique-nique où les gens continuaient de la toucher», retrouve-t-on dans la plainte. L’exploitation malsaine des bébés animaux fait partie des dénonciations des anciennes employées. 

Avec sa famille, Valérie Lesage a été témoin d’une bagarre entre loups au terme de laquelle un des loups était «sérieusement blessé», rapporte-t-elle. Elle s’était alors informée auprès d’une jeune employée des soins que recevrait le loup blessé. L’employée aurait répondu : «Ça se passe comme ça en nature aussi, c’est le comportement de la meute. Si on retire l’oméga, ils vont se trouver un autre souffre-douleur», rapporte-t-elle dans sa plainte. Dans leur témoignage, les ex-employées allèguent que des animaux avec des blessures mineures n’étaient pas soignés immédiatement. Des bêtes blessées seraient restées dans leur enclos, «laissant la nature» faire son travail. 

Comme les ex-employées, Valérie Lesage avait remarqué l’insalubrité de certains enclos. «Un animal ne pouvait pas se coucher là-dedans. C’était vraiment dégueulasse», se rappelle-t-elle. 

«Je ne comprends pas, mais vraiment pas, que les autorités aient laissé ça aller pendant autant d’années», déplore Valérie Lesage.

Changement de réglementation

Le MFFP a effectivement le mandat de faire des inspections, en plus de délivrer le permis nécessaire à l’opération d’un zoo ou d’un aquarium au Québec. Depuis que d’ex-employées du Zoo de Falardeau ont dénoncé le traitement déficient des animaux de ce zoo, une enquête menée par la Sûreté du Québec et le MFFP est en cours.

Questionné sur ce qui était advenu de la plainte de Valérie Lesage en 2015, le relationniste du ministère, Sylvain Carrier, a répondu qu’avant le 6 septembre 2018, «la réglementation ne permettait pas aux agents de protection de la faune d’intervenir au niveau de la manipulation des animaux par le public autre que par l’entremise d’une sensibilisation aux risques associés à cette pratique». Il ajoute que la définition d’un mauvais soin auprès d’un animal ainsi que les modalités de garde en captivité n’étaient pas clairement définies dans cette ancienne réglementation, ce qui limitait l’action de leurs agents. Il assure que les balises sont maintenant mieux définies et les agents mieux outillés. Toutefois, dans sa réponse envoyée au Soleil, il n’y a aucune nouvelle du traitement qu’avait reçu la plainte de Valérie Lesage à l’époque.

Les plaintes mal dirigées

Claudia Côté, directrice de la SPCA de Saguenay, confirme que les personnes comme Valérie Lesage qui viennent les voir pour se plaindre du Zoo de Falardeau sont dirigées vers le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). «On a un mandat d’inspection, mais c’est avec le MAPAQ pour les animaux domestiques», précise-t-elle.

La directrice de la SPCA de Saguenay n’est pas en mesure de calculer combien de personnes les ont contactés concernant le Zoo de Falardeau. «Je n’en ai pas reçu énormément», note-t-elle toutefois. «Généralement, je ne serai pas au courant parce que la réceptionniste va les référer au MFFP», explique-t-elle.

L’organisme Aquariums et zoos accrédités du Canada (AZAC) reçoit aussi des plaintes mal dirigées concernant le Zoo de Falardeau, confirme Rachel Léger, directrice générale par intérim de l’AZAC. «On reçoit toutes sortes de plaintes ou de commentaires», remarque la directrice.

En plus de détenir un permis, les zoos peuvent se prémunir de l’accréditation de l’AZAC. Cette accréditation est un gage de qualité supplémentaire. Au Canada, une trentaine d’établissements détiennent le sceau de qualité de l’AZAC. Plus de 200 ne l’ont pas. «Quand ce n’est pas une institution qui est accréditée par nous, il n’y a pas grand-chose qu’on puisse faire», explique Rachel Léger.

Les personnes qui viennent les voir avec une plainte que l’AZAC n’a pas la juridiction de traiter sont redirigées «vers les ministères qui ont émis les permis», informe la directrice. «Présentement, au Québec, c’est une juridiction provinciale, mais la municipalité peut ajouter un niveau», précise-t-elle.

Les municipalités peuvent intervenir sur leur territoire concernant la gestion des animaux, dont ceux des zoos. «Comme la Ville de Mont­réal qui a décidé qu’il n’y aurait pas de pitbull sur son territoire, les municipalités peuvent avoir aussi des règlements. Une municipalité peut décider qu’il n’y a pas de mammifères marins, par exemple. Il peut y avoir un autre palier de restrictions», explique Rachel Léger.