Une récente volte-face du DGEQ permettra notamment aux pensionnaires du centre de traitement des dépendances L’Envolée, qui héberge 120 personnes, de se prévaloir de leur droit de vote le 1er octobre.

Vote en centre de thérapie: le DGEQ fait volte-face

La Coalition des organismes communautaires en dépendance (COCD) a remporté la première manche d’une bataille de longue haleine. Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) permettra finalement aux pensionnaires de centres de thérapie de voter le 1er octobre. Ceux qui souhaitent s’en prévaloir ont jusqu’au 17 septembre pour faire une demande auprès du directeur du scrutin de la localité de l’établissement qui les héberge.

Il s’agit d’une demi-victoire pour le président de la COCD, Nicolas Bédard. « On est très satisfaits que le DGE ait fait marche arrière. L’opinion des gens en centres de traitement des dépendances compte autant que celles de tous les autres citoyens partout au Québec. Par contre, ce qui m’inquiète est le fait que nos électeurs aient à appeler eux-mêmes pour s’inscrire sur la liste électorale. Ça rend les choses complexes », a indiqué en entrevue celui qui dirige également le centre L’Envolée de Shefford, qui compte 120 pensionnaires.

La Voix de l’Est rapportait samedi que le DGEQ faisait la sourde oreille, depuis plusieurs années, aux demandes répétées de la COCD concernant le vote en centre de thérapie, prétextant qu’il s’agit d’un gîte temporaire. Le président de l’organisation dénonçait par ailleurs la disparité entre Ottawa et Québec à ce chapitre. Selon Nicolas Bédard, les gens hébergés à L’Envolée ont pu voter directement à l’établissement lors des deux dernières élections fédérales.

Interpellé par La Voix de l’Est dans le dossier, le DGEQ avait démontré une certaine ouverture à corriger le tir. « Il n’y a pas de mesure prévue expressément pour permettre aux gens de voter dans des centres de désintoxication. La Loi électorale n’a pas été modifiée à cet égard [la plus récente mouture date de 2012]. Notre mandat est de l’appliquer. On travaille concrètement à trouver une solution », a indiqué la relationniste du DGEQ, Julie St-Arnaud.

Disposition spéciale

Le DGEQ a finalement trouvé une voie de sortie à cet épineux dossier. « À l’issue de l’analyse, le [DGE] prend une décision spéciale pour qu’une équipe se déplace dans les centres de thérapie pour permettre aux électeurs de voter s’ils en font la demande », a fait valoir Mme St-Arnaud. Le DGEQ s’appuie donc sur l’article 490 de la Loi électorale permettant une certaine latitude dans des « conditions exceptionnelles ». Or, pourquoi avoir tardé autant avant de choisir cette voie temporaire, mais existante ? La porte-parole n’était pas en mesure de répondre à cette question.

L’obligation pour les électeurs en centres de traitement des dépendances de faire une demande en bonne et due forme auprès du directeur de scrutin local est toutefois incontournable, a indiqué la relationniste. « Chaque circonscription a son équipe et sa propre liste électorale. Et on présume que les électeurs en centres de thérapie viennent de plusieurs circonscriptions différentes. Ça fait en sorte qu’il faut organiser le travail différemment. Il faut s’assurer que les gens ne puissent pas voter deux fois. »

Ainsi, le DGEQ a recensé 85 centres de traitement des dépendances, répartis dans 52 circonscriptions à travers le Québec. Cela constitue un potentiel de près de 3000 électeurs. 

Nicolas Bédard souhaite pour sa part que l’adoption de cette mesure temporaire soit la prémisse d’une modification de la Loi électorale. « On souhaite un engagement formel du DGE à soumettre un ajustement de la Loi d’ici à la campagne de 2022. On ne voudrait pas vivre la même situation une quatrième fois. » Une « volonté » que partage le DGEQ, a fait valoir Julie St-Arnaud.