Gisèle Poitras-Dallaire affirme qu’après plusieurs heures d’interrogatoire en juillet dernier, elle était fatiguée et avait mal à la tête.

Vols dans une résidence pour aînés: les aveux d'une grand-mère... qui n’en sont plus

Laquelle des deux Gisèle Poitras-Dallaire dit la vérité? Celle qui admettait aux policiers avoir fait des vols dans sa résidence pour aînés? Ou celle qui affirme aux jurés avoir confessé des crimes pour enfin rentrer chez elle?

La grand-mère de 70 ans, accusée d’introduction par effraction et de vol chez 12 de ses ex-voisines de la résidence le Mieux-Vivre à Lévis, témoignait hier pour sa défense.

Bien droite à la barre des témoins, Gisèle Poitras-Dallaire commence par raconter sa vie à la résidence, les multiples tâches qu’elle et son mari ont choisi de faire, pour aider leurs voisins.

La gestionnaire de la résidence lui faisait confiance, note-t-elle; Gisèle Poitras-Dallaire avait accès aux clefs passe-partout, mais jamais pour plus de 15 minutes. Aucun serrurier ne se trouve à proximité de la résidence et l’accusée ne conduit plus depuis plusieurs années après un accident, lui a fait préciser son avocat, Me Sébastien Saint-Laurent.

À l’été 2017, les rumeurs grondent à la résidence le Mieux-Vivre, après plusieurs vols d’argent et de bijoux. Gisèle Poitras-Dallaire entend son nom être prononcé comme celui de la suspecte. 

Courroucée, elle dit avoir remis ses clefs au conseil d’administration.

Le 13 juillet, les policiers de Lévis débarquent à la résidence pour perquisitionner. Ils amènent Gisèle Poitras-Dallaire en interrogatoire.

La septuagénaire commence par tout nier. Puis, après quelques heures, elle admettra avoir commis des vols pour faire des cadeaux et aussi jouer au bingo et à la loterie. L’accusée convient avoir signé la déclaration prise par écrit par l’enquêteur Christian Bédard.

Devant le jury, la dame soutient n’avoir aucun souvenir de la relecture que lui aurait fait l’enquêteur avant qu’elle n’appose sa signature. «Il manque des mots, affirme Gisèle Poitras-Dallaire. Je n’ai rien touché à ces personnes-là, non, je ne l’ai pas fait.»

L’accusée affirme qu’après plusieurs heures d’interrogatoire, elle était fatiguée et avait mal à la tête. «Ils [les enquêteurs] ne m’ont pas lâchée, explique-t-elle. J’avais tellement hâte de rentrer chez nous.»

Plus tard dans son témoignage, Gisèle Poitras-Dallaire expliquera qu’elle a pris soin de ses beaux-parents jusqu’à leur mort, en 2007 et 2009. «Les personnes âgées, je ne touche pas à ça.»

Antécédents de fraude et de vol

Les 12 jurés ont pu apprendre hier que l’accusée avait trois condamnations distinctes pour des fraudes et des vols de moins de 5000 $ en 2013 et 2016. Ces informations ne doivent servir qu’à soupeser la crédibilité de l’accusée qui témoigne, a averti le juge Raymond W. Pronovost de la Cour supérieure. Non comme preuve de propension.

Gisèle Poitras-Dallaire dit avoir développé un trouble de jeu compulsif à l’âge de 59 ans lorsque, diagnostiquée avec la maladie de Parkinson, elle a commencé à prendre un médicament appelé Mirapex.

Le jeu lui a fait perdre sa maison dans une faillite en plus de l’amener au bord du suicide, témoigne-t-elle, d’une voix chevrotante. 

Comme plusieurs autres malades, Gisèle Poitras-Dallaire a reçu plusieurs milliers de dollars dans le cadre d’un recours collectif intenté contre le fabricant du médicament.

Depuis, c’est sa fille ou son conjoint qui gèrent l’argent, affirme Mme Poitras-Dallaire.

L’accusée assure qu’elle n’a plus de problème de jeu compulsif depuis décembre 2015. En contre-interrogatoire, la procureure de la Couronne Me Caroline Munger lui a toutefois rappelé que, lors de sa dernière condamnation, elle admettait avoir joué l’argent de son voisin le 4 janvier 2016. Par la suite, la dame a fait une thérapie pour joueur compulsif.