La procureure de la Couronne, Me Marie-Chistine Savard

Violente raclée pour un tatouage

Steven Gaudreault, qui faisait face à des chefs d’accusation de voies de fait armées, de voies de fait causant des lésions, de séquestration et de vols, a été acquitté de la majeure partie des charges retenues contre lui, mardi, après deux jours de procès au Palais de justice de Chicoutimi. S’il a été acquitté des accusations les plus lourdes, l’individu, qui a un passé criminel assez chargé, a toutefois admis son implication dans une violente agression survenue il y a près de deux ans, dans une maison de chambres de Jonquière. Il a donc a été reconnu coupable de voies de fait simples, pour avoir brutalisé la victime au dossier.

Tatoueur à ses heures, le plaignant dans cette affaire devait réaliser un tatouage au dos de l’accusé, Steven Gaudreault, au printemps 2018. La présumée victime lui avait demandé de le payer en drogue, soit en méthamphétamine.

La victime au dossier prétendait que Gaudreault était entré dans sa chambre un après-midi du mois d’avril 2018, accompagné d’autres individus, pour le battre et lui voler ses biens, en guise de représailles pour le tatouage jamais réalisé.

Il a également raconté avoir été drogué par ses assaillants et battu à coups de chaise. À son réveil, il avait été embarré dans sa chambre et un cadenas avait été installé à l’extérieur de la porte. Il s’était sauvé par la fenêtre pour se rendre à l’hôpital. Il avait subi plusieurs blessures, dont une fracture du nez.

Steven Gaudreault n’était pas le seul à avoir été arrêté pour cette altercation musclée. Une femme a plaidé coupable de vol et un homme de voie de fait causant des lésions. Cet homme, qui avait avoué avoir assené deux violents coups de poing sur la tempe de la victime, a d’ailleurs témoigné au procès de Gaudreault, affirmant notamment que l’accusé avait bel et bien séquestré la victime, puisque c’est lui qui avait la clé du cadenas en sa possession.

De son côté, Steven Gaudreault, qui sortait à peine du pénitencier pour des événements de violence remontant à 2015, affirmait avoir simplement « brassé » la victime dans son lit. Il niait catégoriquement avoir installé le cadenas et avoir frappé la victime à coups de chaise, d’où le chef d’accusation de voies de fait armées. Après avoir brutalisé la victime dans son lit, l’accusé a affirmé être resté à la maison de chambres pour batifoler avec une locataire.

Pas « tout à lui »

Durant son témoignage, le plaignant a admis qu’il n’était pas « tout à lui » à cette époque, puisqu’il consommait en moyenne cinq à quinze comprimés de métamphétamine par jour et qu’il n’avait pas dormi depuis quatre mois. Ces informations ne sont évidemment pas tombées dans l’oreille d’un sourd pour l’avocat de Steven Gaudreault, Me Jean-François Têtu, qui l’a longuement questionné sur l’implication réelle de son client dans cette histoire.

« Dans le fond, vous étiez comme dans un rêve. Vous ne vous en souvenez pas vraiment », a affirmé Me Têtu.

L’avocat de la défense, Me Jean-François Têtu

« Je m’en souviens full pin », a rétorqué le plaignant.

Les trous de mémoire de la victime, mais aussi ceux de certains témoins appelés à la barre, ont été évoqués plus d’une fois par le criminaliste.

Étant donné que toute cette histoire s’est passée dans un climat de consommation et impliquait des gens criminalisés, plusieurs contradictions ont été soulevées durant le procès.

Abandon de chefs d’accusation

Durant le procès, la Couronne, représentée par Me Marie-Christine Savard, a d’ailleurs abandonné certains chefs d’accusation, notamment ceux de vols, faute de preuve. Les chefs de voies de fait lésion et de voies de fait armées avaient été remplacés par un chef de voie de fait simple, également en raison du manque de preuve.

Il ne restait que le chef de séquestration, qui aurait valu à l’accusé une lourde peine, en raison de ses antécédents judiciaires, notamment.

Après avoir pris la question en délibéré durant quelques heures, le juge Pierre Simard, de la Cour du Québec, a été en mesure de rendre sa décision. Il n’a pu conclure hors de tout doute raisonnable que Gaudreault était bien l’auteur de la séquestration, puisque le témoin et l’accusé avaient des versions contradictions et que le témoin semait des doutes dans son esprit. De plus, aucune autre preuve ne venait corroborer les dires du témoin. Le juge a toutefois déclaré coupable l’accusé de voie de fait simple, étant donné que le principal intéressé avait lui-même admis les gestes.

Rapport présentenciel

La défense a demandé la confection d’un rapport présentenciel en prévision de la peine, puisque Me Jean-François Têtu compte plaidé une sentence de 50 heures de travaux communautaires pour son client, alors que la Couronne demande six mois de détention.

Les parties seront de retour en cour le 11 mai pour débattre de la question.

Steven Gaudreault est connu, notamment, pour avoir ouvert le feu à l’ancienne maison de chambres du 21, rue Price, en 2015. Armés d’un fusil à plomb, lui et un complice avaient tiré une centaine de projectiles sur une personne qui s’était rendue à l’immeuble à logements afin d’offrir un emploi à un locataire.

Steven Gaudreault avait écopé de 30 mois de pénitencier pour cette histoire.