Karl-Emmanuel Villeneuve a été arrêté une dizaine de jours après la découverte du corps d'Alexandre Larouche.

Villeneuve accusé de meurtre

Le Chicoutimien Karl-Emmanuel Villeneuve, présumé assassin d’Alexandre Larouche, fait maintenant face à l’accusation la plus importante du Code criminel canadien, celle de meurtre au premier degré. L’accusation tombe deux mois après les événements et serait basée, selon la défense, sur une preuve uniquement circonstancielle.

Me Mélanie Paré, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), a déposé les accusations sous le coup de 11 h, au Palais de justice de Chicoutimi, devant le juge Paul Guimond, de la Cour du Québec.

« Il n’est pas très heureux, évidemment. La Couronne m’avait avisé de ne pas me préparer pour l’enquête de remise en liberté pour aujourd’hui, car il y aurait des accusations nouvelles. J’avais préparé mon client à l’effet que l’accusation de meurtre pourrait être déposée. Mon client est déçu et surpris. Il ne s’attendait pas à cette accusation », a mentionné Me Jean-Marc Fradette.

L’accusation de meurtre au premier degré entraîne, pour l’accusé reconnu coupable, une peine d’emprisonnement à perpétuité sans possibilité d’une libération conditionnelle avant 25 ans. Villeneuve, âgé de 20 ans, est aussi accusé de trafic de stupéfiants et de possession d’une arme prohibée (,12). 

Mais la Couronne a retiré les accusations de possession illégale d’un revolver et d’un silencieux, étant donné qu’il s’agissait de faux objets.

À bout portant

Vers le 29 ou le 30 juillet, Alexandre Larouche, 22 ans, aurait été tiré à bout portant dans une maison de Chicoutimi-Nord. Il semble qu’au moins deux balles l’auraient atteint.

Des informations circulent voulant que la victime ait été éliminée en raison d’une dette de drogue envers le crime organisé. Certains disent qu’Alexandre Larouche devait une somme variant de 27 000 $ à 32 000 $.

Quelques jours après la découverte du corps du jeune homme, les soupçons se sont tournés vers Villeneuve, qui a été interrogé et arrêté. 

Il a ensuite été accusé de possession d’une arme à feu sans posséder les permis nécessaires et de trafic de stupéfiants.

Depuis quelques semaines, la Couronne laissait entendre qu’une accusation de meurtre pourrait être déposée, mais cela ne s’était pas encore concrétisé. Jusqu’à vendredi matin.

« Une preuve hors de tout doute »

« Concernant Karl-Emmanuel Villeneuve, nous avons déposé l’accusation de meurtre au premier degré, parce que la poursuite considère, à ce stade-ci, avoir une preuve hors de tout doute raisonnable concernant les éléments constitutifs de cette infraction. Si nous avons pris un certain temps pour déposer l’accusation, c’est que nous avions besoin de ce temps-là pour analyser la preuve », mentionne Me Mélanie Paré.

Le ministère public a aussi remis une partie de la preuve sur support informatique, environ 70 pour cent, à la défense. Le reste devrait suivre dans les jours à venir.

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LA PREUVE N'IMPRESSIONNE PAS LA DÉFENSE

Même si l’importante accusation a été déposée de façon officielle, Me Jean-Marc Fradette s’interroge sur la solidité de la preuve.

« La preuve est fragmentaire. On m’a donné une partie de la preuve (70 pour cent). Mais je ne suis pas très impressionné par ce que j’ai trouvé, mis à part des allégations circonstancielles. Je n’ai rien vu de très probant. J’ai bien hâte de voir le 30 pour cent manquant », précise Me Fradette.

Pour en arriver à déposer les accusations, la Couronne estime posséder la preuve que l’arme ayant servi au meurtre appartient à l’accusé et que celui-ci s’en serait servi pour perpétrer l’infraction.

« La Couronne allègue que l’arme retrouvée chez mon client ou à un endroit où pouvait vivre mon client serait la même qui aurait servi au meurtre de M. Larouche. On allègue aussi que l’arme lui appartient. Mais ça ne crée pas une preuve de meurtre d’être en possession d’une arme. Je peux vous donner une arme qui a servi à un meurtre, et vous n’en serez pas le meurtrier pour autant. La Couronne allègue que c’est l’arme (qui a servi au meurtre), mais je n’ai rien vu qui lie mon client. C’est pour ça que je dis que je ne suis pas très impressionné », laisse voir le criminaliste.

Ce dernier espère que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ne s’est pas dépêché de déposer cette accusation afin d’empêcher la tenue de l’enquête de remise en liberté.

« J’espère qu’elle ne veut pas empêcher mon client de reprendre sa liberté, car cela aurait pu faire perdre la face à la police, qui a annoncé un peu trop vite qu’elle avait arrêté le coupable », poursuit Me Fradette.

Par ailleurs, l’avocat en défense s’inquiète de l’état d’esprit dans lequel son client pourrait se retrouver et sur sa capacité à comparaître à la cour.

Il faut savoir que Karl-Emmanuel Villeneuve avait été déclaré inapte à comparaître au départ. Mais à la suite d’un passage à l’hôpital, les médecins ont démontré qu’il était maintenant apte à faire face à la justice.

Villeneuve a quitté l’aile psychiatrique de l’hôpital de Chicoutimi et est maintenant incarcéré à la prison de Roberval depuis environ une semaine. 

Enfin, son avocat évalue la possibilité de demander une enquête préliminaire.