Quelque 12 municipalités régionales et une grande ville ont récemment adopté 13 politiques d’égalité entre les femmes et les hommes.
Quelque 12 municipalités régionales et une grande ville ont récemment adopté 13 politiques d’égalité entre les femmes et les hommes.

Vers l'égalité hommes-femmes au sein des conseils municipaux

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Quelque 12 municipalités régionales et une grande ville ont récemment adopté 13 politiques d’égalité entre les femmes et les hommes. Il s’agit du début d’un changement de culture au palier municipal au Québec, se réjouit la politologue Gaétane Corriveau.

Quatre régions du Québec ont fait un pas en avant. Elles travaillent sur le Défi Parité depuis près de trois ans et demi.

«Quand on dit le début d’un changement de culture, d’abord c’était de déconstruire le premier mythe par rapport à l’égalité entre les hommes et les femmes qui serait atteinte au niveau municipal. L’égalité, dans les faits, n’est pas atteinte. De nombreuses inégalités persistent au sein de la société. On partait de là, et on essayait de viser un changement, dans l’élaboration de politiques et de plans d’action», explique Mme Corriveau.

La politologue et formatrice est aussi chargée de projet pour le Groupe Femmes, Politique et Démocratie, qui a coordonné le Défi Parité.

Chaque MRC et ville ont été invitée à y participer, il s’agissait d’un grand investissement de temps, avec la création de comités mixtes formés d’élus, de fonctionnaires ou de bénévoles du milieu, ainsi que de plusieurs rencontres et conversations.

Les groupes partenaires sur le terrain, dans chaque région, ont supervisé les démarches. Finalement, les régions participantes sont la Capitale-Nationale (la MRC de Charlevoix et celle de Côte-de-Beaupré), l’Outaouais (la MRC des Collines-de-l’Outaouais, la MRC de Papineau, la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau ainsi que la Ville de Gatineau), l’Estrie (la MRC de Memphrémagog, la MRC du Val-SaintFrançois et la MRC de Coaticook) et la Montérégie (la MRC de la Vallée-du-Richelieu, la MRC du HautRichelieu, la MRC de Marguerite D’Youville et la MRC des Jardins-de-Napierville).

«C’est une volonté politique à mettre tout en place. Le train est parti. On souhaite que ça fasse boule de neige, un effet d’entraînement, et que d’autres emboîtent le pas. On invite les MRC à le faire, ce sont à elles de décider. On respecte la décision des préfets en place, on n’insiste pas. On attend que d’autres lèvent la main. Mais on espère assurément pérenniser le projet», ajoute Mme Corriveau.

Elle se dit toutefois satisfaite du nombre de régions participantes et du travail réalisé au cours des dernières années. Les groupes partenaires ont maintenant une expertise solide pour appuyer d’autres MRC dans l’élaboration de ces politiques d’égalité.

«Les résultats obtenus démontrent que des changements sont possibles lorsqu’il y a une réelle volonté d’égalité de fait entre les femmes et les hommes, et ce, pour une démocratie plus inclusive.»

Le projet est d’ailleurs appuyé par la Fédération québécoise des municipalités et financé par le ministère des Femmes et de l’Égalité des genres du Canada.


« Les résultats obtenus démontrent que des changements sont possibles lorsqu’il y a une réelle volonté d’égalité de fait entre les femmes et les hommes »
Gaétane Corriveau, politologue

Changements

Les nouvelles politiques couvrent de grands axes communs, mais sont créées à partir de besoins spécifiques pour chaque région. Elles sont basées sur la gouvernance, la MRC comme employeur par rapport à l’embauche et l’autre par rapport à l’offre de service, ainsi que sur la communication, qui touche la rédaction épicène ou la rédaction inclusive, par exemple.

«À certains endroits, où les obstacles systémiques et la culture plus masculine sont plus grands, c’est certain qu’on rencontre des résistances. Dans ce cas, on a un argumentaire et on reprend la démonstration, chiffres à l’appui. Et on espère que l’idée fasse son chemin», estime Mme Corriveau.

La politologue rappelle que la sous-représentation des femmes dans l’espace public remonte à l’Antiquité, et que les femmes ont le droit de voter depuis seulement 1940.

«On avance. On essaie de contrer les inégalités et on comprend les causes, les racines sont très loin, ce sont des obstacles systémiques. C’est reconnu et documenté. Parmi ces obstacles, beaucoup de biais sont inconscients. Beaucoup d’hommes sont alliés et souhaitent la présence de femmes… Inconsciemment, la différence dans les rôles des hommes et des femmes demeure toujours. Il devient difficile de se défaire de cette culture qui a imprégné nos esprits», ajoute-t-elle.

La politologue et formatrice Gaétane Corriveau

Plus de femmes en politique?

Gaétane Corriveau offre de la formation aux femmes qui désirent se lancer en politique. Elles doivent être préparées, et pas de la même manière que les hommes pour des raisons évidentes.

«Ce n’est pas vrai que les filles ne s’intéressent pas à la politique. Elles n’attendent que de prendre leur place. Il faut leur donner l’opportunité de le faire. La politique a été faite par et pour les hommes, je le répète souvent. Il faut déconstruire tout ça. Un pas à la fois. Je pense qu’on est dans la bonne direction.»

L’un des objectifs du Défi Parité est de voir plus de femmes sur les bulletins de vote, que leur présence soit accrue au sein des conseils municipaux. Mme Corriveau note qu’à ce jour, dans la province, 34 % des postes de conseillers sont occupés par les femmes, et 18 % sont des mairesses.

«Elle est là, la sous-représentation. On y travaille très fort. Les autres groupes de femmes y travaillent aussi, ils veulent recruter plus de candidates.»

Il est à noter que Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et préfet de la MRC de Memphrémagog, est le premier à adopter sa première politique d’égalité, en janvier 2019. Il a donné le ton au projet de grande envergure.

Tout au long du processus menant à l’adoption de politiques d’égalité entre les femmes et les hommes, l’approche préconisée a été celle de l’analyse comparative selon les sexes et intersectionnelle (ACS+).