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L’Institut national de la recherche scientifique à Québec  
L’Institut national de la recherche scientifique à Québec  

Vagues de chaleur: un nouveau système d’alerte développé pour le Québec

Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
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Alors que des vagues de chaleur extrême risquent d’être plus fréquentes, un nouveau système d’alerte - plus précis et adapté aux changements du climat - a été développé pour le Québec, afin d’aider la Santé publique à prendre des décisions pour éviter des décès et des hospitalisations.

Il est le fruit du travail de chercheurs de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), en collaboration avec ceux de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui espèrent le mettre à l’essai très bientôt.

Ces alertes météo sont typiquement déclenchées lorsqu’il est prévu qu’un seuil de chaleur soit atteint et se poursuive pour quelques jours.

Elles permettent aux autorités sanitaires d’aviser la population, mais aussi de gérer le personnel et les lits d’hôpitaux et de prendre une série de décisions comme allonger les heures d’ouverture des piscines, des bibliothèques et des centres commerciaux climatisés afin que les gens vulnérables puissent y trouver un peu de répit.

Un tel système d’alerte est en place au Québec depuis 2010. Pourquoi le modifier?

Parce que selon les projections climatiques actuelles, les périodes de chaleur vont continuer à s’étendre au-delà de la saison estivale au cours des prochaines années et décennies. La gestion des vagues de chaleur sera de plus en plus complexe, notamment en raison de l’augmentation de leur fréquence et de leur intensité, note l’INRS.

Et aussi parce que dans le système d’alerte actuel, le seuil de température est le même toute l’année, peu importe le mois, souligne le professeur en statistiques appliquées à l’environnement auprès de l’INRS Fateh Chebana, qui a d’ailleurs participé à la conception du système d’alerte original. Or, 32°C en avril n’a pas le même effet sur le corps qu’en juillet, explique-t-il, lorsqu’il est plus habitué au temps chaud. «Aux changements de saisons, c’est là qu’il peut y avoir des problèmes. Les gens ne s’y attendent pas.»

Le nouveau modèle d’alerte qu’il a conçu avec ses collègues en tient donc compte: en avril, par exemple, le seuil est moins élevé que celui du mois de juillet: 23°C par rapport à 32°C.

«On veut être le plus réaliste possible. Un modèle, c’est une simplification de la réalité, mais il ne faut pas qu’on simplifie trop pour rester collé à la réalité.» Et puis, on cherche toujours à s’améliorer, a-t-il ajouté.

Bien qu’une température de 23°C en avril puisse réjouir la majorité des gens en santé, elle peut être néfaste pour des populations vulnérables, comme des personnes âgées ou d’autres souffrant d’asthme, si elle dure plusieurs jours, a-t-il précisé. Et il y a eu dans le passé de la mortalité en avril associée à la chaleur, indique M. Chebana.

Le professeur en statistiques appliquées à l’environnement Fateh Chebana

«Le but, c’est la prévention.»

Les seuils de température ont été déterminés en se basant sur les données des hospitalisations et des décès causés par la chaleur.

«Ce système adaptatif a le potentiel de prévenir la mortalité liée à la chaleur, en dehors des périodes typiques des vagues de chaleur», souligne-t-il.

De plus, comme les périodes de chaleur arrivent plus tôt et plus tard dans la saison, les chercheurs ont ajouté deux mois au système d’alerte, soit ceux d’avril et d’octobre. Le système actuel est actif du 15 mai au 30 septembre pour le Québec.

On se rappelle que tout récemment, en avril dernier, le mercure a dépassé 24°C à Montréal, alors que la moyenne de ce mois est de 12°C. Une canicule a aussi été enregistrée en mai dans le sud du Québec, lorsque des températures de plus de 30°C ont été enregistrées lors de trois jours consécutifs.

Le nouveau modèle de système d’alerte a aussi l’avantage d’être conçu spécifiquement pour la réalité du Québec.

Il a d’abord été mis au point pour la ville de Montréal, «une zone de relative petite taille, homogène et avec beaucoup de données», mais sera adapté aux autres régions québécoises. Et la méthodologie peut être appliquée aux provinces canadiennes et même pour d’autres pays nordiques, assure le professeur Chebana.

Environnement Canada possède aussi un système d’alerte de chaleur, mais il est «général», estime le chercheur, car il est conçu pour toutes sortes d’usages - le transport, le tourisme, les travailleurs en plein air - et n’est pas «spécifique à la santé» comme le leur. Les prévisions météo d’Environnement Canada alimentent toutefois leur système d’alerte.

Différents pays ont créé des systèmes d’alerte de chaleur après la canicule européenne d’août 2003 qui a fait des dizaines de milliers de morts, a rappelé le chercheur.

Au Québec, en 2018, une vague de chaleur a été la cause de 66 morts uniquement dans la métropole, avait alors signalé la Direction régionale de santé publique de Montréal.

Les résultats des travaux des chercheurs seront publiés dans la revue scientifique BMC Public Health : https://bmcpublichealth.biomedcentral.com/.

Quant à la faisabilité d’intégrer les résultats de la recherche au système de vigie sanitaire pour la chaleur au Québec, elle sera analysée par la santé publique au cours des prochains mois.