Selon le père Claude Grou, s'il y a une leçon à tirer, «c'est de prendre conscience de la force de la solidarité qui peut exister entre les gens».

Une semaine après son agression, le père Grou célèbre la messe à l'oratoire

MONTRÉAL — Exactement une semaine après avoir été victime d'une agression à l'arme blanche alors qu'il célébrait la messe à l'oratoire Saint-Joseph, le père Claude Grou était de retour pour transmettre la Bonne Nouvelle aux fidèles, vendredi matin.

Environ une centaine de personnes étaient présentes au moment où le recteur de l'oratoire est entré dans la crypte sous les applaudissements.

Selon lui, s'il y a une leçon à tirer, «c'est de prendre conscience de la force de la solidarité qui peut exister entre les gens». «Un événement comme ça nous aide à être plus soudés entre nous», a-t-il ajouté. L'accueil que lui a réservé le public de fidèles l'a profondément touché et rassuré.

«Je rends grâce à Dieu de m'avoir protégé lors de cette récente agression, du même coup, je remercie les pèlerins qui sont montés spontanément et courageusement à mes côtés pour me protéger et éviter le pire», a déclaré le père Grou pour inaugurer la célébration.

L'homme de 77 ans dit s'être bien remis physiquement et ne pas conserver de traumatisme du drame.

Dans son homélie, le père Grou a parlé de l'importance de revenir à l'essentiel. Un message qu'il reconnaît être inspiré de l'attaque dont il a été victime.

«Quand on revient après sur un événement comme celui-là, on se dit: qu'est-ce qui est important? Qu'est-ce qui est essentiel dans ce qu'on vit? La vie, c'est un don précieux et un don qui peut disparaître. Pour un très court moment, j'ai pensé que c'était peut-être la fin pour moi», a-t-il confié en conférence de presse après sa première messe.

Il espère que cette épreuve l'aidera à communiquer encore mieux avec les fidèles. Qu'il puisse mettre davantage de ferveur dans son message.

En rencontrant les journalistes, vendredi matin, le père Claude Grou espérait voir cet épisode se conclure et mettre tout cela derrière lui. Il n'entretient aucun mauvais sentiment envers son agresseur.

«Je n'ai aucune rancoeur envers cette personne-là et même, je la porte dans ma prière parce que je crois que c'est une personne qui a besoin de soutien et de prière», a partagé l'ecclésiastique.

Il s'est dit ouvert à l'éventualité d'une rencontre et d'un pardon, mais peut-être pas dans l'immédiat. «Le pardon est un long processus entre deux personnes. On est au tout début du processus», a-t-il dit.

Récit des événements

Vendredi dernier, peu après le début de la cérémonie de 8h30, au moment où le prêtre s'apprêtait à lire l'Évangile, un homme identifié comme étant Vlad Christian Eremia, âgé de 26 ans, s'est dirigé d'un pas rapide et déterminé derrière l'autel.

Selon son propre souvenir des événements, le père Grou se rappelle avoir vu l'homme s'approcher, mais il ne s'inquiétait pas puisqu'il arrive souvent que des gens viennent prier près de la statue de la vierge, a-t-il décrit.

«Quand j'ai vu qu'il entrait directement dans le sanctuaire et qu'il s'approchait de l'autel, je me suis un peu inquiété, mais encore plus quand il a sorti un couteau», a relaté celui qui s'en est remis à son instinct.

«Si je reste assis à ma place, il peut m'attaquer. Si j'essaie de me sauver, il peut m'attaquer dans le dos. Alors, le plus simple était de faire face à la personne et je me suis avancé vers lui», s'est dit l'homme d'Église qui n'a véritablement réalisé la témérité de sa réaction qu'en visionnant la vidéo un peu plus tard.

Sur le coup, le père Grou croyait même pouvoir poursuivre sa messe une fois l'agitation passée.

«Quand la personne m'a frappé, j'ai senti un coup, mais je ne me croyais pas blessé. Ça peut paraître étrange, mais c'est là qu'on voit la force de l'adrénaline. Je me disais tout va se calmer, je vais pouvoir continuer la messe.»

L'agresseur a porté au moins deux coups contre le prêtre. L'attaque a semé une onde de choc et de stupeur non seulement au sein de la cinquantaine de fidèles sur place, mais aussi chez des internautes qui regardaient la diffusion de la messe en direct en ligne.

Le prévenu a été accusé samedi de tentative de meurtre et de voies de fait armées. Il se trouverait présentement à l'Institut Philippe-Pinel pour subir une évaluation de son état mental.

Sécurité révisée

En tant que recteur de l'oratoire, le père Grou a voulu rassurer les visiteurs sur l'aspect sécuritaire de l'endroit. Son équipe mise sur une bonne collaboration avec le Service de police de la Ville de Montréal et au moins un agent de sécurité est présent en tout temps sur les lieux.

«Un événement comme ça nous oblige à nous resituer. À regarder l'importance qu'est ce lieu, sa mission. C'est un lieu de recueillement, d'accueil et cela doit rester au coeur de notre mission comme c'était au coeur de la mission de Saint-Frère André», a souligné le recteur de l'oratoire.

Pour le prêtre, il est primordial de conserver un équilibre entre ouverture et sécurité.