Le maire de Bolton-Ouest, Jacques Drolet, a déposé une résolution en faveur des médias locaux et régionaux, mardi soir au conseil des maires de la MRC Brome-Missisquoi.

Une résolution pour ramener les avis publics dans les journaux

L’annonce des difficultés financières de Groupe Capitales Médias, qui s’est placé lundi sous la protection de la Loi sur l’insolvabilité et la faillite, ébranle les communautés. Le maire de Bolton-Ouest, Jacques Drolet, a pris le taureau par les cornes pour faire bouger ses collègues de Brome-Missisquoi, dont ceux qui ont retiré les avis publics des médias imprimés.

Certaines municipalités de Brome-Missisquoi se sont prévalues des libertés données par la Loi 122 pour retirer leurs avis publics des médias locaux dans la dernière année et demie. C’est notamment le cas de Farnham, Bromont et Sutton. La MRC Brome-Missisquoi elle-même avait voté en ce sens, mais continuait de publier ses avis publics dans les hebdomadaires Le Guide et L’Avenir et des rivières et ses publicités dans La Voix de l’Est, soutient son directeur général, Robert Desmarais.

M. Drolet a proposé une résolution d’appui aux médias traditionnels locaux et régionaux, mardi soir, lors de la réunion mensuelle du conseil des maires de la MRC.

En préambule, la résolution reconnait le travail journalistique pour informer la population et met noir sur blanc que les médias sociaux retirent des avantages pécuniaires en relayant les informations produites par des entreprises de presse, au détriment de celles-ci.

Il a été résolu de signifier l’appui des villes aux médias locaux, de demander aux municipalités et aux entreprises de Brome-Missisquoi d’appuyer les médias locaux, et de demander aux gouvernements du Canada et du Québec de taxer les revenus publicitaires des opérateurs de médias sociaux tout en créant un fonds spécial avec ces sommes pour aider les médias locaux.

La résolution demande également à la Fédération des municipalités du Québec et à l’Union des municipalités du Québec d’inciter leurs membres à adopter une telle résolution.

À l’unanimité

« La résolution a été entérinée par tous les maires, souligne Jacques Drolet en entrevue. On demande aux municipalités de reconsidérer leur façon de faire pour tous les avis publics. »

Il explique qu’une plus grande proportion de la population consulte les avis publics lorsqu’ils sont publiés dans un journal que dans une section d’un site web municipal.

Si l’avenue numérique pour la publication de tels avis permet de sauver des sous aux municipalités, elle nuit d’un autre côté aux journaux qui voient une partie de leur budget amputé.

« Ce qui est arrivé entre autres avec votre journal (La Voix de l’Est), on peut appeler ça un wake up call. [Le quotidien] est important pour protéger la démocratie. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. J’en parle déjà dans ma municipalité depuis longtemps. On n’a pas arrêté de faire nos avis publics pour justement protéger nos journaux locaux qui sont très fragiles. »

Bolton-Ouest publie ses avis dans des hebdomadaires, mais se tourne vers La Voix de l’Est lorsque l’annonce est de plus grande portée, ajoute M. Drolet. Il souligne par ailleurs l’importance des médias pour couvrir des initiatives locales, comme le projet collectif de revitalisation de l’agriculture.

Débat

La résolution « a donné lieu à un long débat sur la nécessité d’aider les journaux de la région, évoque Robert Desmarais, de sauvegarder absolument le travail journalistique professionnel. » Les façons de faire ont aussi fait l’objet de discussions.

Les élus ont par exemple discuté de la direction à prendre auprès des municipalités et des entreprises. Finalement, ils ont décidé de laisser libre cours à ces dernières pour choisir la voie à suivre.

Selon M. Desmarais, plusieurs étaient d’accord pour ramener les avis publics dans les journaux, tandis que d’autres n’étaient pas à l’aise d’exiger aux municipalités de revenir à leurs anciennes pratiques. « Chacune a la responsabilité de trouver une façon d’appuyer les médias », relève-t-il.

Étudier les options

Les villes de Bromont et de Farnham ont décidé de retirer les avis publics des journaux locaux et régionaux, en 2018. Leurs maires ont tout de même voté en faveur de la résolution du maire Drolet.

« J’ai appuyé la résolution et je voudrais que la Ville de Bromont fasse sa part », confirme le maire de Bromont, Louis Villeneuve, qui soumettra la résolution à ses collègues du conseil sous peu afin de trancher au sujet des avis publics.

« L’enjeu est de permettre aux journalistes professionnels de faire leur travail et d’informer la population à partir de faits. On vit une crise. On a une occasion de ne pas l’échapper. Si on passe à côté de ça, c’est dangereux pour notre démocratie. C’est un dossier très important. »

Il n’est cependant pas assuré que ces municipalités reviennent en arrière puisque l’ensemble du conseil municipal doit statuer sur le sujet.

« Quand on a retiré [les avis], on a décidé de continuer à prendre des pages publicitaires avec les journaux locaux, indique le maire de Farnham, Patrick Melchior. Avec ce qui s’est dit, c’est sûr et certain que ça va être sur la table parce que j’y crois. J’ai défendu ardemment les médias locaux, je pense que c’est notre porte-voix pour les municipalités. »

« Ce ne sont pas les médias nationaux qui vont venir quand on va avoir des choses à dire. Hier (mardi), je parlais beaucoup d’interdépendance entre les journaux et les villes. Je pense qu’il faut se pencher sur la question. Maintenant, la décision qui sera prise, je ne le sais pas. Mais je peux vous dire qu’on est concerné par la question. Fort est à parier qu’on va vouloir faire partie de la solution. »

M. Melchior plaide que l’avenir des médias est l’affaire de tous et que tous les paliers gouvernementaux, les entreprises et les citoyens doivent participer pour assurer la survie des journaux. « C’est la responsabilité des municipalités, mais aussi des entreprises et des gouvernements. Il ne faudrait pas que ça devienne l’histoire de personne, ça serait dramatique. »

« Je suis très heureux que, dans la résolution, on ait interpellé les gouvernements supérieurs pour qu’ils aillent chercher de l’argent dans les poches des Facebook et Google de ce monde », ajoute pour sa part M. Villeneuve.

Le maire de Sutton, troisième municipalité à avoir retiré les avis publics des journaux, cette année, n’était pas disponible pour commenter mercredi.