Une présumée victime de violence conjugale raconte son enfer

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Un autre dossier majeur de violence conjugale et sexuelle se retrouve au cœur d’un procès qui a commencé cette semaine au palais de justice de Trois-Rivières.

Pendant près de 19 ans, une femme soutient avoir vécu un enfer auprès de son conjoint et père de ses cinq enfants. Dans un témoignage très émotif rendu mardi, elle a raconté avoir été menacée, dénigrée, battue, violée, sodomisée, et ce, alors qu’elle était encore mineure.

Le suspect, dont on doit taire l’identité pour protéger celle de la victime en vertu d’une ordonnance de non-publication, subit présentement son procès en lien avec une série d’accusations. On lui reproche des agressions sexuelles et des attouchements sexuels sur la présumée victime alors qu’elle avait moins de 14 ans, une agression sexuelle armée alors qu’elle avait 15 ans, des voies de fait, des voies de fait armées d’un couteau, d’une arme à feu et d’un bâton de baseball, des voies de fait causant des lésions corporelles, d’avoir vécu des produits de la prostitution de cette jeune femme et enfin, de menaces. Tous ces événements seraient survenus entre 1998 et 2019 à Montréal, Shawinigan, Trois-Rivières et Louiseville. Enfin, il doit répondre à des accusations de menaces de mort visant ses quatre enfants et de voies de fait causant des lésions corporelles à l’un d’eux, sans compter des bris d’engagement.

Dans le cadre de son témoignage, la plaignante a raconté avoir rencontré cet homme alors qu’elle n’avait que 12 ans à Montréal. Il en avait alors 18 ans. Dès leur deuxième rencontre, il aurait eu une relation sexuelle complète avec elle alors qu’elle n’était pas consentante.

Le même scénario se serait reproduit lors d’une troisième rencontre, bien qu’il aurait pris la peine cette fois-là de mettre un condom. «Je me suis sentie trahie encore une fois. Je m’en voulais car j’étais retournée vers lui. J’avais de la peine», a-t-elle précisé. À cette époque, la plaignante était particulièrement vulnérable. Elle a avoué vivre une relation difficile avec sa mère et avoir été abusée par le conjoint de celle-ci. Son père n’était pas très présent, elle avait des mauvaises fréquentations et elle consommait de la drogue.

Bien malgré elle, elle a été placée dans un centre d’accueil et a commencé à avoir des idées suicidaires. Toujours selon elle, le suspect lui aurait donc proposé d’aller demeurer chez lui tout en promettant de l’aider. «J’étais mêlée, surtout qu’il m’avait agressée. Mais, je vivais l’horreur au centre d’accueil. Je voulais sortir de là. J’avais l’espoir qu’un jour, il m’aimerait et serait gentil avec moi.»

Elle a donc fait une première fugue pour aller le rejoindre, n’apportant rien avec elle. «C’est là que le cauchemar a commencé», a-t-elle ensuite déclaré en pleurant.

À la lumière de son témoignage, les années qui ont suivi ont été marquées par la manipulation, la domination et la jalousie, toutes amplifiées par la consommation de drogue et d’alcool du suspect. Elle a raconté avoir été dénigrée et avoir subi de la violence physique presque tous les jours. Colérique, le suspect lui aurait lancé des objets, lui aurait tiré les cheveux, l’aurait brûlée avec une cigarette et l’aurait étouffée avec ses mains au point qu’elle fasse pipi dans sa culotte. «Je me disais toujours que j’étais mieux avec lui qu’en famille d’accueil, qu’il finirait par m’aimer et que ça irait mieux», a-t-elle mentionné.

L’adolescente se serait donc retrouvée sous l’emprise de cet homme, croyant toujours qu’il allait changer et que c’était la faute de l’alcool. À plusieurs reprises, il l’aurait aussi agressée sexuellement. «Je le laissais faire car après il était plus calme, des fois longtemps, d’autres fois moins longtemps», a-t-elle ajouté.

Elle a aussi relaté un événement où il l’aurait frappée avec un bâton de baseball. Il a aussi été question d’un épisode où le suspect l’aurait sodomisée tout en braquant un revolver derrière sa tête et la menaçant de mort. Selon elle, il aurait «crinqué» l’arme à plusieurs reprises sans qu’elle sache qu’elle n’était pas chargée.

C’est dans ce contexte qu’à 15 ans, elle est tombée enceinte de son premier enfant et qu’elle a décidé de le garder.

Son témoignage va se poursuivre mercredi.

Rappelons que le prévenu avait été arrêté en juillet 2019 pour la violence conjugale qui aurait été commise contre cette femme. Le tribunal avait alors accepté qu’il reprenne sa liberté mais avec des engagements qu’il aurait finalement enfreints. Le 14 janvier, la Sûreté du Québec avait d’ailleurs lancé un appel à tous pour le retracer en vertu d’un mandat émis contre lui pour les présumés bris d’engagement.

Deux jours plus tard, il avait finalement été arrêté par le Service de police de la Ville de Montréal. La procureure de la Couronne qui pilote ce dossier, Me Marie-Ève Paquet, avait demandé la révocation de son engagement afin qu’il puisse demeurer détenu cette fois-ci, ce qui lui avait été accordé par le tribunal. Notons que le prévenu a également été reconnu coupable dans le passé d’autres gestes de violence à l’encontre de cette même femme.

Dans le cadre de son procès, le suspect est représenté par Me Matthieu Poliquin, assisté de Me Pénélope Provencher. Les audiences doivent durer huit jours.