Le premier homme sage-femme du Québec, Louis Maltais, recevait mercredi des félicitations de sa préceptrice, Karine Dubon.

Une passion pour le premier homme sage-femme

Trois-Rivières — Trente personnes ont reçu, mercredi, un diplôme du programme sages-femmes de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Parmi le groupe, un seul homme, Louis Maltais, originaire de Saguenay, qui devient le tout premier représentant de la gent masculine au Québec à décrocher le titre de sage-femme, une appellation professionnelle qu’il ne voudrait jamais, pour tout l’or au monde, voir être modifiée pour devenir sage-homme.

Au terme d’une émouvante cérémonie au cours de laquelle 11 femmes recevaient un certificat du programme d’appoint, 19 autres recevaient leur diplôme de baccalauréat, dont une qui arrivait du Nord-du-Québec et plus précisément d’Inukjuak. Mary Nastapokaa, ne parle pourtant que l’innu et l’anglais. Grâce à une clause grand-mère adoptée lors de la reconnaissance de la profession, cette femme autochtone a pu suivre ses cours en anglais. Il existe déjà une quinzaine de sages-femmes dans sa région, dit-elle. «En suivant cette formation, je voulais me surpasser», raconte cette ancienne éducatrice scolaire qui était accompagnée de toute sa famille durant la cérémonie de diplomation.

Les étudiantes qui recevaient un diplôme d’appoint étaient principalement des Néo-Canadiennes résidentes du Québec d’origines iranienne, tunisienne, française, ivoirienne, libanaise, péruvienne et algérienne, comme c’est le cas pour Soheir Ghellaï qui a amorcé ses études d’appoint en pratique sage-femme avant même d’avoir obtenu sa citoyenneté, en février dernier.

Mme Ghellaï était déjà sage-femme depuis 1991, dans son pays d’origine.

Pour cette nouvelle diplômée de l’UQTR, la différence entre la pratique en Algérie et celle qui se fait au Québec est majeure.

En Algérie, «les sages-femmes ne travaillent pas en maison de naissance. Il y a très peu d’accouchements à domicile. On travaille uniquement en centre hospitalier ou en centre de planification familiale où l’on fait de la contraception, de la vaccination. La pratique est totalement différente», dit-elle.

Ce que Mme Ghellaï dit apprécier ici, «c’est la continuité des soins», ce qui est beaucoup plus stimulant, explique-t-elle. «En Algérie, je faisais un suivi de grossesse, mais à l’accouchement, je n’étais pas présente», illustre-t-elle.

Juste après une cérémonie au cours de laquelle chacune des nouvelles sages-femmes faisait bénir ses mains et son coeur par le biais d’une cérémonie de la plume, Karine Dubon, sage-femme à la Maison des naissances de Mont-Joli, a serré bien fort dans ses bras Louis Maltais auprès de qui elle a joué le rôle de préceptrice, au cours de ses études. Cet ancien artiste de cirque a fait l’objet d’un documentaire de Martine Asselin qui fut présenté au cinéma Tapis rouge de Trois-Rivières les 23 et 24 octobre. «J’ai eu la chance d’être bien entouré», dit-il, au fil de ce parcours atypique. Devenir sage-femme n’était pas un rêve d’enfance, précise le jeune homme. «Quand je me suis inscrit au bac en pratique sage-femme, je n’ai même pas pensé à appliquer sur autre chose», dit-il. «J’étais intéressé par l’ostéopathie, l’acupuncture. J’ai été gymnaste et acrobate professionnel. J’étais attiré par les approches alternatives», explique-t-il. Pourquoi la maternité? Le jeune homme ne peut l’expliquer, mais assure qu’il se sent dans son élément. «C’est vraiment au niveau de l’expérience humaine», croit-il, que la profession le passionne tant.

Lucie Hamelin, directrice du programme, était présente à cette cérémonie, mercredi, pour la diplomation de la 19e cohorte de baccalauréat et la 3e du programme d’appoint dans l’histoire de ce programme exclusif de l’UQTR au Québec. Toutes ces nouvelles venues dans la profession sont bien loin de combler les besoins en sages-femmes au Québec, dit-elle. La Mauricie et le Centre-du-Québec n’y échappent pas. «On ne comble pas du tout les besoins. La demande est là», dit-elle, mais la capacité de l’équipe à offrir des services sécuritaires n’est pas au rendez-vous. Il manque de sages-femmes. Au Québec, on couvre 3 à 4 % des suivis de femmes enceintes et la volonté ministérielle est plutôt d’offrir au moins 10 % des services sages-femmes pour toute la population», dit-elle. Il y a donc encore de la place pour le développement de services, fait-elle valoir.

L’an prochain, le programme et l’ordre professionnel des sages-femmes célébreront leur 20e anniversaire. Malgré cette maturité de la profession, il existe encore des secteurs, comme à Québec, où l’on n’arrive pas à obtenir des stages en milieu hospitalier pour les étudiantes de troisième année. Il n’y a jamais eu d’ouverture ou de possible collaboration», déplore la professeure Hamelin.