Un Subway de Chicoutimi fraudé de 168 000 $

L’ex-gérante du restaurant Subway de Place du Royaume de Chicoutimi a été condamnée mercredi par un juge de la cour civile à payer plus de 168 000 $ à son employeur pour avoir volé du temps et pour avoir omis de facturer des sandwichs vendus sur une période de dix ans.

Selon la décision de 28 pages rendue publique mercredi, Suzanne Bouchard a sévi entre 2005 et 2016, moment où les propriétaires du restaurant ont découvert l’ampleur des dégâts. La gérante a été congédiée le 13 juin 2016. 

Durant cette période, Suzanne Bouchard aurait volé, seulement en temps, l’équivalent de 103 562,56 $. 

La preuve démontre qu’en visionnant l’équivalent de neuf semaines de contenu vidéo provenant des caméras de surveillance, Mme Bouchard était absente plus de 12 heures par semaine comparativement à ce qu’elle indiquait sur les horaires de travail — des horaires qu’elle autorisait elle-même, faut-il préciser.

Témoignages incriminants

Plusieurs témoignages d’employés relatés dans le jugement ont démontré que l’ex-gérante n’arrivait que rarement à l’heure prévue sur son lieu de travail, et qu’elle ne restait jamais plus tard que 13 h 30 au restaurant. 

Les employés avaient même reçu la directive de taire son absence lorsque quelqu’un appelait et demandait à parler à Mme Bouchard.

« Les employés n’ont jamais osé parler par peur de représailles », explique l’avocat des propriétaires, Me Éric Lebel.

L’ex-gérante Suzanne Bouchard n’a pas témoigné durant le procès, mais lors d’un interrogatoire admis en preuve et mené par Me Lebel le 2 juin 2017, la défenderesse a nié en bloc toutes les accusations, disant n’avoir « jamais volé personne. »

Le juge Carl Thibault s’est ainsi rangé derrière les prétentions des demandeurs. En plus des quelque 103 000 $ en temps volé, Suzanne Bouchard est condamnée à payer une somme  de 22 341,27 $ pour des remboursements non justifiés et 14 798,79 $ pour des ajustements de factures non justifiés. Un autre montant de 10 000 $ doit être payé en dommages punitifs.

Entre autres stratagèmes, elle omettait d’enregistrer les retours de commandes de clients mécontents et obligeait ses employés à mettre moins de viande dans les sandwichs.

Les propriétaires ont aussi obtenu un remboursement des bonis de performance totalisant plus de 13 000 $ que la fraudeuse a encaissé entre 2006 et 2010 pour avoir réduit les coûts d’opération de manière significative, au point où le restaurant de Place du Royaume présentait la meilleure performance à ce chapitre. 

La preuve démontre toutefois que Suzanne Bouchard trichait et modifiait les dates de péremption des produits, ou qu’elle revendait par exemple des biscuits ou des pains de la veille qui auraient pourtant dû être jetés. 

Le mari impliqué

Afin de justifier ses absences au travail, Mme Bouchard a tenté de faire croire que son mari effectuait des travaux pour le compte des propriétaires et que ses heures prétendument travaillées lui donnaient droit à des heures de congé à elle. 

Le Tribunal n’a accordé aucune crédibilité à cette version décrite comme « invraisemblable » par le juge Thibault. 

Suzanne Bouchard avait aussi déposé une contre-poursuite de 100 000 $ pour procédures judiciaires abusives contre les demandeurs, mais le Tribunal a vertement rejeté la demande vu l’absence de comportement abusif des propriétaires.

Les propriétaires du restaurant, Isabelle Boucher et Gilles Villeneuve, réclamaient initialement 227 912,07 $. L’ex-gérante a maintenant 30 jours pour porter appel de cette décision. 

Dans le cas contraire, les propriétaires franchisés pourront exercer des moyens de recouvrement auprès de l’ex-gérante, selon sa solvabilité.

Des procédures sont également en cours contre la fille de Suzanne Bouchard, Stéphanie St-Gelais, qui était superviseure jusqu’en 2016 de l’ensemble des restaurants possédés à Saguenay par Mme Boucher et son conjoint.