Un réserviste de l’armée canadienne apparemment lié à un groupe néonazi relevé de ses fonctions

OTTAWA - L’armée canadienne a finalement décidé de relever de ses fonctions un réserviste du Manitoba soupçonné de faire partie d’un groupe néonazi. Le traitement de sa demande de quitter les forces armées sera par ailleurs accéléré.

Le ministère de la Défense nationale a indiqué mercredi que le caporal-chef Patrik Mathews ne participera plus aux activités militaires et quittera officiellement les Forces dans les prochaines semaines. Dans une déclaration, le ministère affirme que ces mesures ont été rendues nécessaires «compte tenu de la gravité des allégations et des risques pour le moral et la cohésion de son unité». Le réserviste Mathews a aussi remis son uniforme.

Patrik Mathews avait déjà fait une demande pour quitter les forces armées en avril. Il a fait les manchettes la semaine dernière lorsqu’un article du «Winnipeg Free Press» a lié le sapeur de combat du 38e Groupe-Brigade du Canada, basé à Winnipeg, à un groupe néonazi appelé «la Base».

Cette nouvelle n’a rien fait pour apaiser les inquiétudes persistantes quant à la présence de groupes haineux et d’extrême droite au sein des forces armées. Le chef d’état-major de la défense, le général Jonathan Vance, a soutenu la semaine dernière que Patrik Mathews faisait déjà l’objet d’une enquête de ses supérieurs hiérarchiques depuis le mois d’avril.

Peu de temps après, M. Mathews a demandé à quitter volontairement les forces armées, alors même que des officiers du renseignement militaire ouvraient une enquête officielle à son sujet, a déclaré le général Vance.

Bien que la libération du réserviste Mathews soit maintenant accélérée, la porte-parole du ministère de la Défense, Jessica Lamirande, a déclaré mercredi à La Presse canadienne que l’enquête de l’armée était toujours en cours.

«Il incombe à nos dirigeants de connaître leurs soldats et de prendre des mesures lorsqu’ils ont agi d’une manière qui ne correspond pas à nos croyances et à notre culture de respect de tous les peuples», a-t-elle expliqué dans un courriel. «Nous avons pris des mesures déterminantes et nous continuerons à faire preuve de toute notre énergie pour éliminer de nos rangs ceux qui soutiennent des idéologies extrémistes.»

La Gendarmerie royale du Canada aurait aussi mené sa propre enquête, mais la police fédérale a seulement déclaré avoir perquisitionné une résidence à Beauséjour, au Manitoba, la semaine dernière, où elle a saisi un certain nombre d’armes. M. Mathews n’a pas été arrêté ni accusé dans cette affaire.

Il y a deux semaines, le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, demandait à l’ombudsman militaire du Canada de mener une enquête sur le racisme au sein des forces armées, à la suite de plusieurs incidents très médiatisés et d’un rapport établissant un lien entre des militaires et des groupes haineux et d’extrême droite.

Des marins associés aux «Proud Boys», un groupe qui se décrit comme «gardien de l’héritage européen en Amérique», avaient ainsi perturbé une cérémonie mi’kmaq à Halifax en 2017. Des médias ont aussi affirmé que certains militaires étaient liés à des groupes néonazis comme la «Division Atomwaffen».

Selon un rapport du renseignement militaire déposé l’année dernière, l’état-major était au courant que 30 militaires du service actif faisaient partie de groupes haineux ou avaient fait des déclarations racistes ou discriminatoires.