Selon l’ordonnance d’un juge de la cour supérieure, les syndiqués en lock-out doivent laisser passer tous les véhicules qui entrent et sortent de l’usine.

Un premier week-end sur les lignes de piquetage

Trois-Rivières — Les syndiqués de l’usine ABI en lock-out depuis le 11 janvier luttaient contre le froid comme ils le pouvaient dimanche. Même si les travailleurs désormais interdits dans l’usine affirment garder le moral, ils se demandent toujours pourquoi Alcoa a décidé d’imposer un lock-out.

Les travailleurs se demandent en effet toujours pourquoi la direction a décrété un lock-out, alors qu’ils affirment «être prêts à négocier». «C’est l’usine la plus payante d’Alcoa en Amérique. C’est clair, net et précis», soutient un des travailleurs. «Ça sort dans les nouvelles qu’on est une vieille usine, mais ce n’est pas le cas.»

Ce même travailleur, qui a préféré garder l’anonymat, estime que ce conflit de travail serait possiblement «un levier pour Alcoa de renégocier son contrat avec Hydro-Québec». Rappelons que l’électricité, dont les tarifs sont bas au Québec, est une ressource essentielle pour les alumineries.

Alors que les températures froides étaient de retour dimanche, des roulottes de chantiers, des abris et des feux ont été installés à quatre endroits autour de l’aluminerie de Bécancour pour permettre aux syndiqués de se tenir au chaud. Les travailleurs se relaient sur ces lignes de piquetage afin d’assurer une présence continuelle.

Depuis le dépôt d’une ordonnance vendredi soir par un juge de la cour supérieure, les syndiqués ne peuvent être plus de 15 par ligne de piquetage. De plus, ils ne peuvent empêcher les cadres, les sous-traitants ou les fournisseurs d’avoir accès à l’usine. Il s’agit globalement de la même ordonnance que lors de la grève de 2004.

Cette mesure concerne surtout dans les faits l’entrée principale de l’usine, empruntée continuellement par des véhicules. Lors du passage de l’équipe du Nouvelliste dimanche, les syndiqués affirmaient se plier de bon cœur aux directives de l’ordonnance. D’ailleurs, ceux-ci étaient étroitement surveillés par des agents de sécurité embauchés spécialement pour le conflit de travail. Des patrouilleurs de la Sûreté du Québec observaient également la scène de loin.

«Dès que nous parlons un peu trop à une personne qui vient à l’usine, même si cette personne veut nous parler, des agents de sécurité viennent nous voir», affirmait un des travailleurs en lock-out qui préférait conserver l’anonymat.

Les travailleurs en lock-out de l’ABI se sont relayés sur les quatre lignes de piquetage pour le premier week-end du conflit de travail.

D’ailleurs, tous les syndiqués avec qui nous nous sommes entretenus préféraient ne pas accorder d’entrevue formelle.

Certains travailleurs se disaient également préoccupés d’avoir aperçu un hélicoptère faire des allers-retours en matinée. N’ayant aucune réponse à leur question, ils craignent que l’entreprise ait recours à des travailleurs illégaux.

Le conflit de travail repose essentiellement sur deux points. Les négociations achoppent sur le régime de retraite et le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre, alors qu’une importante vague d’embauches est à prévoir au sein de l’usine.

«Il n’y a aucun gagnant dans tout ça»
Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, observe impuissant le conflit qui touche le principal employeur de sa municipalité. Rappelons que pour Bécancour, les taxes payées par ABI représentent 20 % des revenus de la Ville.

«Nous avons dépassé le point de rupture la semaine passée. Et maintenant, tout ce qui reste à faire c’est attendre», affirme le premier magistrat de Bécancour. Il n’y a aucun doute, selon Jean-Guy Dubois, que le conflit de travail aura des impacts sur l’économie de la région, alors que la production de l’usine est au ralenti. «C’est un demi-milliard de dollars en retombées économiques par année. J’ai rencontré un entrepreneur d’usinage qui me disait que c’était la moitié de son chiffre d’affaires. Il va alors devoir remercier la moitié de sa trentaine d’employés», note le maire de Bécancour.

Jean-Guy Dubois estime qu’il a tout fait ce qui était en son pouvoir la semaine passée pour dénouer l’impasse et «rétablir le courant».

«Je constate que ça n’a pas été un succès. Le conciliateur est venu et il n’y a personne qui voulait avancer ni d’un côté ni de l’autre. Je ne peux plus rien y faire», soutient le maire de Bécancour. «Il me reste à attendre que la nature fasse son rôle... que ça se règle. Je suis dans une position de neutralité.»

Malgré cette position de neutralité entre les deux parties, le maire de Bécancour sait qu’un conflit de travail entraîne des conséquences importantes sur l’économie de la région. «J’ai fait beaucoup d’entrevues la semaine dernière sur cette question et j’ai eu l’impression d’être le seul à mesurer véritablement l’ampleur de toute cette histoire», ajoute M. Dubois.