Les travaux en cours sur la graisse brune doivent être revus grâce aux découvertes menées au Centre de recherche du CHUS, où l’on possède d’ailleurs une grande expertise en imagerie.
Les travaux en cours sur la graisse brune doivent être revus grâce aux découvertes menées au Centre de recherche du CHUS, où l’on possède d’ailleurs une grande expertise en imagerie.

Un pas important dans la lutte au diabète de type 2 et à l’obésité

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Une équipe de chercheurs de Sherbrooke a fait un pas important pour comprendre quel serait le meilleur mécanisme pour activer la graisse brune chez l’humain. Cette percée scientifique pourrait éventuellement permettre d’améliorer le traitement du diabète de type 2 et de l’obésité et de prévenir leurs complications.

La graisse brune est un tissu adipeux responsable de brûler en calories le sucre et le gras en surplus dans l’organisme.

Plusieurs équipes de chercheurs dans le monde travaillent pour trouver une façon d’activer la graisse brune. Aux États-Unis, des projets de recherche sont en cours avec une aide pharmacologique, c’est-à-dire un médicament pour traiter la vessie hyperactive qui agit sur le récepteur bêta-3 agoniste.

« Ce médicament est testé pour voir s’il active la graisse brune chez l’humain. Ça fonctionne bien chez l’animal. Mais à notre grande surprise, le médicament n’active pas la graisse brune chez l’humain, à moins que ce soit à des doses très fortes », explique le Dr André Carpentier, professeur-chercheur au Centre de recherche du CHUS du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, qui mène la recherche avec son collègue le Dr Denis Blondin.

C’est avec notamment une équipe de Copenhague, au Danemark, que les chercheurs sherbrookois ont finalement découvert que la nouvelle cible devrait être le récepteur bêta-2, que l’on retrouve pour le moment dans les pompes qui sont utilisées pour traiter l’asthme.

« Notre découverte est extrêmement importante parce qu’elle permet de complètement recadrer la recherche qui se fait sur la graisse brune dans le monde », assure le Dr Carpentier.

Les résultats de cette première phase de recherche viennent tout juste d’être publiés dans la prestigieuse revue scientifique Cell Metabolism.

Le Dr André Carpentier

Les travaux en cours sur la graisse brune doivent donc être revus grâce aux découvertes menées au Centre de recherche du CHUS. Est-ce que cela doit être perçu comme une mauvaise nouvelle, comme un revers pour la science?

« À mes yeux, non, c’est même le contraire. Le résultat de notre recherche prouve l’importance de la recherche, d’examiner et de réexaminer ce qu’on fait. En recherche, on a tort la moitié du temps quand on lance une hypothèse au départ, d’où l’importance de la recherche », insiste-t-il.

« Normalement, les gens qui développent des médicaments le font sur des modèles animaux, ensuite font des essais cliniques sur les humains. Nous ce qu’on a fait, c’est différent, ce n’est pas ce qui se fait normalement : on est allés vérifier le mécanisme derrière ça. Ça prouve qu’on ne peut pas tout prédire à partir du modèle animal, et c’est un aspect de la recherche qui est important pour moi », insiste le Dr Carpentier.

Une seconde phase de la recherche, qui débutera à l’automne, tentera de valider l’effet que cette nouvelle façon d’activer la graisse brune avec une aide pharmacologique peut avoir sur la dépense d’énergie du corps humain. Suivront ensuite les essais cliniques, qui dureront quelques années, afin d’évaluer les bienfaits à plus long terme sur le diabète.

La stimulation de cette graisse est d’un grand intérêt afin d’éliminer le sucre et le gras en excès chez certaines personnes.

Rappelons qu’au Canada, 8 % de la population souffre de cette maladie. 

La recherche est effectuée sous la supervision des Drs André Carpentier et Denis Blondin, professeurs-chercheurs au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, et de la Dre Camilla Schéele du Novo Nordisk Foundation Center for Basic Metabolic Research de l’Université de Copenhague (Danemark).

Plusieurs autres chercheurs ont collaboré à l’étude, dont certains de l’Université de Leiden (Pays-Bas), du Centre for Physical Activity Research at Rigshospitale (Danemark), de l’Université d’Ottawa, de l’Université Laval et de l’Université de Sherbrooke.