Un octogénaire aurait subi de graves lésions qui mettent sa vie en danger, vendredi, au CHSLD Roland-Leclerc où il a était hébergé.

Un octogénaire aurait été poussé par un gardien en CHSLD, selon sa famille

TROIS-RIVIÈRES — Un homme de 82 ans atteint d’Alzheimer repose entre la vie et la mort, après un incident survenu vendredi au Centre d’hébergement de longue durée (CHSLD) Roland-Leclerc de Trois-Rivières. Selon sa famille, Guy Bastien aurait été poussé par un gardien de sécurité de l’établissement au cours d’une altercation, causant sa chute et d’importantes lésions.

«Je suis allé le visiter de 15 h à 17 h, vendredi, et il allait très bien, il riait de nos blagues, il en faisait aussi. Ma mère m’a appelé vers 20 h 30 pour me dire qu’il y avait eu une altercation entre mon père et un gardien, âgé d’une soixantaine d’années, qu’il avait saigné du nez et vomi. Le médecin du centre qui l’a appelée lui a dit qu’il n’appellerait pas d’ambulance pour éviter de le déplacer et de le rendre confus. Mais quand je suis retourné le voir, il était seul dans sa chambre et il y avait du sang et du vomi partout», raconte Marc Bastien.

Ce dernier a contacté le 911 et son père a été transféré au Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières (CHAUR). C’est là que les médecins lui ont annoncé que son père avait eu le crâne fracturé et une hémorragie cérébrale.

«On nous a dit qu’il ne passerait fort probablement pas la fin de semaine et que même s’il s’en sort, il ne reviendrait pas comme avant», indique M. Bastien. Son père a d’ailleurs été transféré dans l’unité de soins palliatifs du CHAUR.

Le médecin du Centre Coland-Leclerc aurait également dit à l'épouse de Guy Bastien que son mari aurait été agressif toute la journée, vendredi, et aurait voulu bousculer le gardien. Selon la famille, le gardien aurait alors poussé l’octogénaire et il serait tombé sur le dos. Sa famille croit que le gardien a probablement brusqué l’octogénaire en voulant le raccompagner dans sa chambre, puisqu’il fait de l’errance. Il venait d’être relocalisé dans une autre section du Centre Roland-Leclerc, notamment parce son problème d’errance avait diminué.

«Il allait très bien et tous les préposés étaient en amour avec», souligne sa fille, France Bastien.

France Bastien, devant l'hôpital où se trouve maintenant son père.

Intervention policière

Des policiers se sont rendus vendredi soir au Centre Roland-Leclerc, à la demande de Marc Bastien, mais aussi d’employés du Centre Roland-Leclerc. Ces derniers ont contacté les autorités, puisqu’une autre altercation se serait produite entre Marc Bastien, qui est conseiller municipal à Saint-Étienne-des-Grès, et le gardien de sécurité qui s’en serait pris à son père et les deux hommes en seraient venus aux coups. Le gardien aurait porté plainte pour voies de fait contre M. Bastien, qui devra comparaître en janvier, rapporte ce dernier.

La Direction de la police de Trois-Rivières confirme pour sa part être intervenue vers 21 h au Centre Roland-Leclerc, vendredi, en raison d’une altercation survenue entre un gardien de sécurité et le parent d’un patient. Celui-ci a été arrêté, puis libéré sous promesse de comparaître.

M. Bastien indique avoir porté plainte samedi à la police de Trois-Rivières, pour les lésions subies par son père.

Il critique par ailleurs l’attitude des employés du CHSLD, qui n’ont pas cru bon de l’amener à l’hôpital. «Que des professionnels  de la santé comme eux n’aient pas voulu l’amener à l’hôpital alors qu’il vomissait et qu’il saignait, ce n’est pas normal», affirme Marc Bastien. D’après la famille, le Centre Roland-Leclerc aurait par ailleurs changé sa version des faits au moment où les policiers se sont présentés sur place. L’employée qu’ils ont rencontrée leur aurait affirmé que selon les dires du gardien de sécurité, son patient était tombé tout seul.  

Le CHSLD Roland-Leclerc, où s'est produit l'incident, vendredi soir.

Aucun geste inadéquat

De son côté, le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec confirme qu’un incident s’est produit vendredi soir au Centre Roland-Leclerc. Selon Fanny Houle, chef de service aux communications internes du CIUSSS, une analyse interne de la situation a été menée, mais rien n’indique qu’un employé du Centre ait agi de manière incorrecte. Elle indique que les protocoles en cas de chute, notamment de soins et de suivis de l’état de santé du patient, ont été appliqués à la lettre.

«La situation est prise au sérieux. Mais à première vue, l’analyse démontre que tous les protocoles cliniques ont été bien appliqués et qu’aucun intervenant n’a posé de geste inadéquat», rapporte-t-elle.

Mme Houle confirme également que le patient en question «faisait l’objet d’une surveillance par un gardien». Quant à savoir si ce dernier a poussé le patient et causé sa chute, elle assure qu’il n’en est rien.

«Dans l’analyse, il n’y a rien qui peut corroborer ça. On rappelle que nos intervenants et les gardiens ont à coeur la sécurité de nos résidents», assure Mme Houle.

Cette dernière soutient également que tous les employés du CIUSSS, même ceux provenant de firmes externes, comme c’est le cas pour la sécurité, sont formés pour travailler auprès de personnes désorientées, qui font de l’errance et qui peuvent être violentes.

Du côté de la famille, on se questionne à savoir si les gardiens qui oeuvrent dans un environnement où se trouvent des personnes atteintes de démence sont formés pour faire face à cette réalité. «On veut que ces gens-là soient formés adéquatement. Les personnes Alzheimer, il ne faut surtout pas les brusquer», soutient Marc Bastien.

Celui-ci soupçonne d’ailleurs que le gardien qui aurait poussé son père était nouvellement arrivé au CHSLD et ne connaissait pas bien la réalité de ce milieu.

Quant à savoir si sa famille ou lui porteront plainte au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, M. Bastien indique qu’il «n’en est pas encore là», alors qu’il s’attend à passer avec lui les dernières heures de son père.